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Moines de Tibhirine

A TIBHIRINE:Levée du secret-défense sur 105 documents

Publié le 21/11/2009 à 11:16 par hogra

REBONDISSEMENT DANS «L’AFFAIRE» DE TIBHIRINE
Levée du secret-défense sur 105 documents

Que cherche la France à travers cette affaire aux relents douteux?

«L’affaire» de l’assassinat des moines de Tibhirine refait surface. Pour cause, l’Elysée et Matignon ont donné leur feu vert à la levée du secret-défense en allant bien entendu dans le sens des avis de la Commission consultative de la défense nationale (Ccsdn). L’affaire a rebondi suite aux accusations fondées sur de simples délires et allégations contre l’Armée algérienne par l’ex-attaché de de défense de l’ambassade de France à Alger, le général Buchwalter. Dans ces avis parus hier au Journal officiel, la Ccsdn a proposé et émis un avis favorable à la large déclassification de 105 documents sur 109 au total, classés secret-défense soumis à son examen par les trois départements de la Défense, des Affaires étrangères et del’Intérieur. Après cette campagne contre l’Algérie qui ne dit pas son nom, la justice française avait requis l’été dernier la levée du secret-défense sur les documents détenus par les ministères de la Défense, des Affaires étrangères et de l’Intérieur. L’enquête judiciaire n’a été ouverte en France qu’en 2004, soit huit ans après les faits. En juillet dernier, le président français Nicolas Sarkozy avait souhaité que le secret-défense soit levé dans cette l’affaire. Néanmoins, les allégations de l’ancien attaché militaire de l’ambassade de France à Alger sont battues en brèche par les témoignages des responsables et des diplomates français de l’époque. Charles Pasqua a accusé, sans détour, le Premier ministre de l’époque, Alain Juppé, «d’avoir fait capoter une tentative de libération des moines trappistes enlevés et faits otages par le GIA». Charles Millon, ministre de la Défense à l’époque des faits, déclarait à L’Express n’avoir jamais eu un quelconque rapport du général Buchwalter. «On ne m’a jamais parlé d’une ´´bavure´´ de l’Armée algérienne. Jen’ai jamais été informé de l’existence d’une note de l’attaché militaire de l’ambassade de France à Alger concernant le sort des moines», avait-il assuré. «Je ne connais pas le général Buchwalter, dont le nom même m’est inconnu. S’il a fait un rapport, il n’est jamais remonté jusqu’à moi», avait-il certifié. De son côté, le ministère français des Affaires étrangères a transmis 26 documents au juge chargé de l’enquête sur la mort de sept moines français à Médéa en 1996. Aucun des 26 documents transmis ne concernait le rapport de l’ex- général en retraite. Le juge d’instruction Marc Trévidic, avait saisi, pour sa part, les ministères des Affaires étrangères, de la Défense et de l’Intérieur afin qu’ils remettent les documents secrets au juge d’instruction compétent. En début de novembre dernier, ladite commission s’était réunie pour examiner les 109 documents existants sur l’assassinat des moines. Cependant, les avis de la commission ne précisent pas le contenu des documents déclassés. Pour rappel, les sept moines français avaient été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 dans leur monastère isolé Notre-Dame à Médéa.
Leurs têtes avaient été retrouvées, deux mois plus tard, le 4 juin 1996. Pour le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, Noureddine Yazid Zerhouni, qui était le premier officiel à réagir, tout cela s’apparente à «du théâtre japonais, le kabuki, dont la scène se déroule à Paris». Autrement dit, le dossier des moines de Tibhirine est une affaire «franco-française».

Mohamed BOUFATAH



MOINES DE TIBHIRINE:Pour qui roule la justice française?

Publié le 11/11/2009 à 00:05 par hogra

«AFFAIRE» DES MOINES DE TIBHIRINE
Pour qui roule la justice française?

Cette «affaire» actionnée par les nostalgiques de la colonisation n’a été finalement qu’un pétard mouillé.

La France s’obstine dans sa politique du deux poids, deux mesures. Alors qu’elle s’est dévoilée dans l’affaire Ben Barka quand le parquet de Paris a suspendu la diffusion de l’émission de mandats d’arrêt lancés contre quatre hauts responsables marocains, voilà qu’elle remet au goût du jour l’affaire des moines de Tibhirine. Pour qui roule alors la justice française? Le ministère français des Affaires étrangères a transmis, lundi dernier, des documents internes au juge d’instruction chargé de l’enquête sur la mort des sept moines de Tibhirine en 1996 en Algérie, a indiqué hier, son porte-parole, Bernard Valero. Le Quai d’Orsay «a transmis le 9 novembre au juge d’instruction compétent, en réponse à la demande de ce dernier, des documents émis par les services de ce ministère et qui sont susceptibles d’être utiles à la recherche de la vérité sur le dossier des moines de Tibhirine», a déclaré le porte-parole. «Cette transmission est intervenue immédiatement après l’avis rendu le 5 novembre par la commission consultative du secret de la Défense nationale concernant les documents qui lui avaient été transmis par le ministère des Affaires étrangères», a expliqué M.Valero. La levée du secret-défense devrait permettre au juge d’instruction d’accéder, notamment aux notes et rapports que le général François Buchwalter affirme avoir transmis au gouvernement français à l’époque des faits et dans lesquels il évoquait la thèse d’une «bavure de l’armée algérienne». Cette «affaire» que certains nostalgiques de la colonisation ont tenté de monter en sérieux emballement, n’a été finalement qu’un pétard mouillé qui s’échangeait entre des responsables politiques français. Il convient de relever qu’elle a été remise au goût du jour au moment où des responsables français tentent de mettre la pression sur Alger, notamment au sujet de la loi de finances complémentaire qui aurait sérieusement bousculé les intérêts de la France. Mais puisqu’on est à la levée du secret-défense, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout? Pourquoi ne pas lever le secret-défense sur les crimes contre l’humanité commis par la France coloniale en Algérie, pendant 132 ans? Qu’en est-il des enfumades du Dahra, des massacres de Sétif, Guelma, Kherrata, de l’utilisation du napalm contre des civils, des essais nucléaires...La liste est loin d’êre exhaustive.
La justice avait requis cet été la levée du secret-défense sur les documents détenus par les ministères de la Défense, des Affaires étrangères et de l’Intérieur. La demande des juges antiterroristes, Marc Trévidic et Yves Jannier, à Hervé Morin (Défense), Bernard Kouchner (Affaires étrangères) et Brice Hortefeux (Intérieur), visait notamment le rapport de l’attaché de Défense français à Alger à l’époque des faits, le général François Buchwalter.

Nabil BELBEY

 

Levée du secret-défense dans .. des moines de Tibhirine

Publié le 07/11/2009 à 13:16 par hogra
Levée du secret-défense dans l’affaire des moines de Tibhirine
La décision sera connue dans le JO français sauf…

La Commission consultative du secret de la défense nationale (CCSDN) s'est réunie jeudi matin pour se prononcer sur la demande de levée du secret-défense dans l’affaire des moines de Tibhirine. La décision doit être publiée au JO d'ici deux semaines. Toutefois, un des ministères concernés peut en donner teneur lorsqu'il aura reçu notification.
Il s'agit des ministères de l'Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères.

Pourquoi craindre la levée ..dans l'affaire des moines ?

Publié le 07/11/2009 à 11:38 par hogra

Pourquoi craindre la levée du secret-défense dans l'affaire des moines ?

 

par Kharroubi Habib

L'affaire des moines de Tibhirine déterrée en début d'été par le propos fracassant du général à la retraite français François Buchwalter, selon lequel la mort de ces religieux serait due à une «bavure» de l'armée algérienne, rebondit avec la demande de la levée du «secret-défense» entourant le dossier, formulée officiellement par le juge d'instruction en charge de celui-ci.

 Des confrères chez nous se sont aussitôt empressés de voir dans l'initiative du magistrat français une instrumentalisation de la justice hexagonale visant à remettre au goût du jour la question du «qui tue qui» en Algérie et entraver ainsi la normalisation des relations algéro-françaises. Ils qualifient sa demande d'acharnement alors qu'elle a été rendue indispensable et par la précipitation du président Nicolas Sarkozy à exiger que «toute la vérité soit faite» sur cette affaire des moines, et par les témoignages de hautes personnalités françaises ayant occupé des postes sensibles à l'époque des faits, qui ont démenti la version avancée par le général à la retraite.

 Pourquoi du côté algérien serait-on contre la levée du secret-défense demandée par le magistrat français ? Du moment que l'on est certain que l'assertion du général n'est qu'affabulation dénoncée en tant que telle par les hautes personnalités françaises précitées, l'on devrait au contraire s'en réjouir. Les Algériens ont tout intérêt à ce que les autorités françaises accèdent à la requête du juge d'instruction Marc Trevidic et devraient même exiger qu'elle soit faite sans laisser de «zone d'ombre» planer sur le contenu du dossier. Ce que précisément ne veulent pas certains milieux politiques français parce que la lumière qui en jaillirait ainsi confirmera que tout le «tapage» orchestré cet été autour de l'affaire des moines de Tibhirine ressort d'une opération de règlement de compte franco-français.

 Ce que tend d'ailleurs à confirmer l'intrusion dans la polémique qui a ressurgi en France à l'occasion de la demande formulée par le magistrat, du sulfureux Charles Pasqua, ancien ministre de l'Intérieur français. Lequel d'ailleurs confirme implicitement la fausseté de la thèse impliquant la responsabilité de l'armée algérienne dans la mort des religieux en laissant sous-entendre que les preneurs d'otages ont pu aller à cette extrémité «parce qu'ils ont considéré avoir été menés en bateau ou bafoués par le gouvernement français», et d'incriminer Alain Juppé, alors Premier ministre à l'époque, d'avoir été le responsable de la calamiteuse gestion qui a mené à l'exécution des moines par les terroristes qui les détenaient.

 Il est on ne peut plus clair que la levée du secret-défense éclaboussera plus l'establishment politico-sécuritaire français que l'armée et les officiels algériens. D'ailleurs, le juge auteur de la demande semble être convaincu que l'enquête judiciaire dont il a hérité n'a été ouverte en 2004 que suite à des «pressions politiques», ce qui confirme à ses yeux sa nature de règlement de compte entre responsables présents et passés de l'appareil d'Etat français.

 Enfin, puisque Nicolas Sarkozy a doctement pontifié que les «relations entre les nations ne se bâtissent pas sur le mensonge», les opinions publiques, aussi bien française qu'algérienne, doivent mettre au pied du mur l'Etat français en exigeant que la levée du secret-défense se fasse dans la transparence et sans manipulation des informations que contiendrait le dossier en cause.

Vingt documents secrets retrouvés par la Défense française

Publié le 07/11/2009 à 11:36 par hogra
Rebondissement dans l’affaire des sept moines trappistes assassinés à Tibhirine en 1996.  Le ministère de la Défense français a retrouvé une vingtaine de documents classés secrets liés à l’assassinat des moines à Médéa, après avoir, au début de l’été, infirmé l’existence de rapports du général Buchwalter. Ce dernier, qui était au moment des faits attaché de défense à l’ambassade de France à Alger, est pour rappel, à l’origine de la réouverture de l’enquête sur l’assassinat des trappistes en lançant en juin dernier devant le juge d’instruction, Marc Trévidic, la thèse d’une bavure de l’armée algérienne. Les documents dépoussiérés par la Défense française concernent des rapports établis par la DGSE sur l’enlèvement puis l’assassinat des moines et dont seules les têtes ont été retrouvées et ensevelies. Les rapports en question ont été remis, selon le journal français le Figaro, à la commission consultative du secret de la Défense nationale qui aura deux mois pour se prononcer sur leur déclassification.

Même si le président français Nicolas Sarkozy avait assuré qu’« il n’y aura pas de secret-défense sur cette affaire », il faut savoir que l’avis de cette commission est systématiquement suivi par les autorités concernées. Le ministre de la Défense devra donc attendre les délibérations de la CCSDN, pour transmettre les documents au juge Trévidic. Ce dernier affirme avoir établi des pistes de travail, à commencer par l’analyse des rapports du médecin militaire ayant vu les têtes des moines, ainsi que ceux de la DGSE et sur l’éventuelle utilisation d’hélicoptère par l’armée algérienne pour traquer les terroristes. Outre le ministère de la Défense, le juge Marc Trévidic a aussi rendu destinataires de la même demande de déclassification de rapports, les ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères français. On ignore encore si ces derniers ont fait suite à cette demande comme leur collègue de la Défense.



Par N. B.

 

La tragédie de Tibhirine Une œuvre de Caïn pérenne !

Publié le 07/11/2009 à 11:24 par hogra

Une œuvre de Caïn pérenne !

Treize ans après le drame des sept moines de Tibhirine, un général retraité des services secrets français y revient : « Une bavure de l’armée algérienne (l’ANP) que les autorités françaises avaient décidé de taire, pour ne pas nuire aux relations entre leur pays et l’Algérie », dit-il témoigner.

 Le sommet de la hiérarchie française est de suite alerté, c’est le branle-bas de combat. Son chef accuse l’Etat algérien de mensonge et proclame son accord pour la levée du secret-défense... Les médias sont mobilisés pour interviewer les tragédiens. Quelle mouche a donc piqué tout ce monde du navire « l’Hexagone »(1) alors que des religieux assassinés le deuil a été fait il y a belle lurette ? Rappel. L’archevêque d’Alger, Mgr Henri Teissier, a plusieurs fois répété : « Il faut le dire, les amis de Sant’Egidio sont ceux qui nous ont tués ». Le responsable de l’ordre des Cisterciens, père Armand Veilleux — qui a identifié les têtes des trappistes décapitées — a, pour sa part, évoqué la ressemblance avec un vrai-faux enlèvement, deux années précédant le drame. Sa conclusion est sans équivoque : « Une histoire tout à fait montée visant à démontrer, d’un même coup, le danger que représentait le GIA, l’efficacité des services algériens et la fidélité de l’Algérie à la France ». Enfin, l’ancien chef du service de lutte antiterroriste du parquet de Paris, Alain Marsaud, a abouti au constat amer : « Il y avait une volonté de ne pas investiguer ! »(2). Au vu des rapports de la France à son ancienne colonie (pour oser leur coup d’éclat de 1992, les janviéristes avaient reçu la bénédiction de François Mitterrand(3) et donc une collusion de facto fut établie entre eux et l’Etat français), les initiatives d’Andrea Riccardi et son groupe (Sant’Egidio) entravaient la cuisine de pacification revancharde avec toute sa panoplie de collaboration, retournement, félonie… règlements de compte, assassinats, massacres de masses, travail de sape…). De ce fait, les propos du général ne sont pas des divagations : l’omerta couvrait bien le lobbying consécutif au coup de force ! Doit-on alors, hormis tout cela, comprendre que par sa tapageuse sortie le général brigue des confessions sur les dérives des protagonistes de l’affaire (les services algéro-français !), des barbouzeries qui se sont soldées par « la condamnation des moines » ?

S’agit-il d’une fausse sortie (de stratèges plutôt défiés qu’assaillis) dont il faut alors mesurer les enjeux ? Selon la thèse la plus en vogue dans l’Hexagone, entre le pouvoir en exercice et l’opposition (dont le chef de file est l’ancien premier ministre Dominique de Villepin), c’est une guéguerre. Les hostilités ont commencé en 2004, inaugurées par « l’affaire EADS-Clearstream » (scandale des frégates de Taïwan) toujours en cours, et qui n’arrête pas de faire des vagues. Tous les coups sont permis. La dernière manœuvre d’abordage, l’apparition du document baptisé Nautilus, relança l’enquête sur l’attentat de Karachi de 2002 où onze ingénieurs français de la direction des constructions navales (DCN) ont perdu la vie. Le segment incluant Nicolas Sarkozy, l’Association pour la réforme d’Edouard Balladur(4) est incriminé. Le locataire de l’Elysée traitera de « fable et d’allégations grotesques » les nouvelles informations : « On est dans un monde où la notion de secret d’Etat n’existe plus ». A la suite de cette annonce, un scandale à l’allure d’affaire d’Etat, est ressuscité : le dossier des moines de Tibhirine. Trois médias français proches de leur président, L’express, Le Figaro et le site d’information Mediapart ont illico édité la déposition. Mais alors qu’il ne commente pas les complicités au sein de l’armée pakistanaise dans l’attentat de Karachi, d’Italie, à l’occasion d’une conférence de presse, en présence du dirigeant brésilien Inacio Lula da Silva, ami de Abdelaziz Bouteflika, Nicolas Sarkozy, agressif, charge l’Etat algérien : « On ne peut pas dire que l’amitié entre les peuples et entre les pays peut résister aux mensonges. Il faut faire la lumière, il n’y a rien à cacher. En tout cas, de mon point de vue, je suis vraiment déterminé à ce que la lumière soit faite ». Si livrer les tenants et les aboutissants du dossier de l’assassinat des moines de Tibhirine ou de l’enquête sur l’attentat de Karachi ont tout du déballage du linge sale dans l’intention de mouiller ses adversaires, des affaires franco-françaises qui ont pour toile de fond la rivalité politique entre deux clans ou encore une guerre entre services de renseignement français, sur quelle ardoise inscrire la différence entre les propos virulents à l’égard d’Alger et l’option melliflue envers Islamabad ? S’agit-il d’un artifice diplomatique ? D’une simple « réponse du berger à la bergère » ? Les gradés de l’ANP, accusés de crimes de guerre, de génocide… un moment interdits de l’étranger (l’un d’eux ne fut-il pas évacué d’urgence et en secret ?) circulent aujourd’hui librement et en toute assurance partout, Guantanamo, les centres de torture de la CIA… ayant largement entamé la crédibilité du TPI(5). Faut-il douter un instant que le général français à la retraite ignore que son action (la dénonciation d’une « bavure » de l’armée algérienne) est un coup d’épée dans l’eau ?

La sortie contre l’ANP et le battage qui s’en est suivi, même s’ils semblent résulter du fracas de la note Nautilus, n’interviennent pas pour le moins dans un timing particulier : l’instant où l’Algérie fête le 47e anniversaire de son indépendance et où à l’Aquila en Italie se tient le sommet 2009 du G8 réunissant les grands décideurs de la planète. Or, des médias algériens ont publié qu’au siège du ministère de la Défense nationale où il s’était rendu à l’occasion pour présider la cérémonie de remise des grades, le chef de l’Etat Abdelaziz Bouteflika, chef suprême des forces armées, était bien énervé : aux généraux qu’il décorait, il accrochait des galons à l’envers ! Parmi les causes de son agacement et de son irritation, l’institution militaire rechignerait à lui fournir la liste de ses éléments à mettre à la retraite. Dans le cadre des restructurations et la centralisation des services de sécurité, tous corps confondus, un mouvement du personnel militaro-sécuritaire est attendu, avec des limogeages à la clé. A la tête du Super ministère qui en serait issu trônerait l’actuel ministre de l’Intérieur, un proche du président. Exit donc les coprésidents (le quart complémentaire du président trois quarts) ! La résistance des galonnés serait-elle finalement à l’origine de cette combine algéro-française ? Avec la mise en cause de l’ANP, du moins de responsables en poste à cette période de grands troubles et qui sont toujours présents à son état-major, et le battage médiatique entretenu par des officiels politico-sécuritaires français avec à leur tête le locataire de l’Elysée en personne, il ne subsiste plus de doute sur la mission de l’émissaire, rompu aux coups tordus et à l’intox : prêter la main à la purge dans l’institution militaire algérienne. L’exhumation du dossier des moines serait-il finalement l’œuvre conjuguée de l’Elysée et d’El Mouradia ? En l’occurrence, Nicolas Sarkozy en découd avec ses rivaux et Abdelaziz Bouteflika peut avoir les coudées franches….

Cela fait déjà un bon bout de temps depuis que le président algérien a déclaré avoir son idée sur son successeur. A la suite de la révision de la Constitution et son corollaire, le troisième mandat, puis dernièrement le ballon-sonde lancé, la création d’un parti par son frère Saïd, le fait du prince se précise : via la restructuration des services de sécurité, le chef de l’Etat pourra donner un coup d’accélérateur à ce chantier à l’enjeu crucial. En mettant à profit la tenue du sommet du G8 2009, Nicolas Sarkozy interfère bruyamment, mais subtilement sur les événements qui sont en train de se dérouler en Algérie. Le moment venu, l’ascenseur lui sera renvoyé, assurément. Evidemment, au-delà de cette vision simple, il est à redouter que la situation soit plus complexe. Dans la nouvelle donne distribuée par le nouvel ordre mondial, la carte relative au gel des colonies israéliennes pourrait déteindre sur les autres. Que la sortie du général français soit l’œuvre de think-tanks franco-israéliens, cela n’étonnerait guère(6). Maintenant, tout ceci peut n’être que rumeurs et supputations sans consistance. Seulement, la marque d’intérêt des Français pour l’Algérie, elle, est concrète. Le résultat de la gestion catastrophique du dossier des moines de Tibhirine par les services algéro-français, recette du lobbysme pratiqué par la camorra formée dans le giron du coup de force de 1992 est tangible. Nous subissons les affres de la gouvernance françalgérique : administrée par le code de l’indigénat, régentée par un gouvernement délégué par 13% de la population, minée par les fléaux que sont la corruption, l’amoralité, l’injustice… notre société est en totale déliquescence. Le peu de scrupules dont les officiels français font preuve en exploitant le drame des moines montre jusqu’où la France est capable d’aller pour affirmer sa mainmise sur ses ex-colonies ! Son immigration choisie — transcription chafouine de « la valise ou le cercueil » destinée à dévoyer les cadres aliénés dans leur pays d’origine —, l’Union pour la méditerranée — mur qui prolonge celui de la honte de Palestine … l’activité interlope de ses services et leur collusion avec les extrémismes de tous bords qui sont à l’origine du drame des religieux, de l’attentat de Karachi… font de la France orpheline des signataires du « manifeste des 121+1 », des « porteurs de valise » un pays ennemi des libertés(7). Comment déjouer le terrible deal entre les judas et les Ponce Pilate au cours duquel on crucifie l’humble après lui avoir fait porter sa croix qui le tire inexorablement toujours vers le bas ? Si la France ne se lasse pas d’attaquer l’Iran pour sa soi-disant menace nucléaire, ou le Soudan sur sa gestion de la crise du Darfour… comment ne pas rabrouer les duplicités et impostures de l’Etat nostalgique de son passé colonial, agissant à l’instar de « la sentinelle postée devant la Loi qui empêche Joseph K. d’y pénétrer »(8) ? (Dans le cas de l’Africain, la Loi serait le bunker abritant les dossiers de l’horreur de la pacification qui, déclassifiés, le libéreraient du mal intérieur, lui permettraient enfin de s’émanciper). Dans le pays du « yes, we can », la communauté afro-américaine assume de mieux en mieux ses responsabilités, elle est affranchie. Préservé de la mauvaise fréquentation du « mauvais élève » (le colonialisme), l’Africain pourra assurément « entrer suffisamment dans l’Histoire » (la Loi spéculaire). Que les USA, dont les standards sont la locomotive de la planète, remplissent leur devoir moral envers l’humanité, toute l’humanité, comme ils s’en sont acquittés durant et au décours de la Seconde Guerre mondiale en s’impliquant dans la lutte contre le terrorisme dont le secret-défense constitue pour les Africains (anciennes colonies en premier) un mal beaucoup plus pernicieux que la menace du nucléaire que les petits Etats veulent maîtriser pour assurer leur survie ! Et ce n’est pas remplacer l’immixtion de la France par celle des USA !

Notes de renvoi :

1) « Certaines dispositions furent prises qu’on aurait pu appeler « le branle-bas de combat » du Nautilus ». Jules verne, Vingt Mille Lieues sous les mers.

2) Cette attitude méprisante n’est pas nouvelle : en 1986, le premier policier de France, Charles Pasqua, avait décidé d’étouffer l’affaire Mecili.

3) L’officier des services secrets français et bras droit du ministre de l’Intérieur Charles Pasqua, Jean-Charles Marchiani, a avoué en novembre 2005 sur la chaîne El Jazeera dans l’émission « Ziara khassa (visite privée) que le président Mitterrand a donné son feu vert aux militaires algériens pour stopper le processus électoral en janvier 1992. D’où le terme janviéristes pour désigner ces putschistes.

4) D’après cette note, le mobile de l’attentat de Karachi serait lié à un arrêt des versements de commissions de la France au Pakistan, dans le cadre de la vente de sous-marins.

5) La nouvelle administration américaine remet les pendules à l’heure : chassez le naturel, il revient au galop !

6) Voir le parcours du général François Buchwalter dressé, entre autres, par le journaliste italien Valerio Pellizzari de La Stampa.

7) Paul Girot de Langlade (un préfet), tient ce 31 juillet 2009 ces propos racistes : « On se croirait en Afrique » et « il n’y a que des noirs ici »...

8) Franz Kafka, Le Procès.



Par Mourad Merzagui

 

La responsabilité du GIA est clairement ...des moines

Publié le 07/11/2009 à 11:18 par hogra

« La responsabilité du GIA est clairement engagée dans l'affaire des moines »

Rina Sherman. Auteur du livre le Huitième mort de Tibhirine

Témoignage d’une auteure Rina Sherman est une ethnologue et cinéaste sud-africaine. Elle était la compagne du journaliste Didier Contant, mort en 2004 dans des conditions tragiques. Il enquêtait notamment sur l’affaire des sept moines de Tibhirine et avait établi que c’est le GIA qui les avait enlevés et assassinés, ce qui lui attira les foudres des « qui-tue-quistes » parisiens au point de le pousser au suicide. Pour honorer sa mémoire, Rina Sherman a écrit un livre poignant : le Huitième mort de Tibhirine (dont la version algérienne est sortie aux éditions Lazhari Labter) et réalisé un film : Paris de mes exils. Dans cet entretien, elle réagit aux derniers développements de l’affaire des moines.


-  Vous avez certainement suivi les derniers rebondissements de l’affaire des moines de Tibéhirine. Quel commentaire vous inspirent les « révélations » du général Buchwalter, où il met en cause la responsabilité de l’armée algérienne dans l’assassinat des moines trappistes ?

Le général Buchwalter a-t-il eu une pensée pour les familles des moines tout au long de treize années durant lesquelles il a gardé son secret ? A-t-il pensé, ne serait-ce qu’un instant, combien son « secret d’Etat » aurait pu aider ces familles à comprendre ce qui s’est passé et à surmonter la douleur qui était la leur ? A-t-il réfléchi sur l’effet qu’un tel « scoop » pourrait avoir aujourd’hui sur ces familles ? A ma connaissance, et selon une proche des moines, un membre d’une seule famille avait accepté de se constituer partie civile en 2003 avec maître Baudoin et le père Veuilleux. Le ouï-dire, quelle valeur a-t-il aux yeux de la justice française ? Car les propos du général Buchwalter sont avant tout des ouï-dire d’un officier algérien sans nom qui répète ce que son frère lui a dit. Le général, l’officier et le frère de ce dernier, ça fait un beau trio ! Un hélicoptère, survolant un terrain accidenté, tire sur un bivouac, puis atterrit sur un terrain infesté d’éléments du GIA pour vérifier sur qui ils ont tiré. Comme par hasard, seules les têtes sont présentables car pas criblées de balles comme les corps. Donc, on ne montre que les têtes… Cela fait penser à la version que faisait circuler le groupe de pression « Qui tue qui ? » au moment de la mort de Didier Contant ; une version de Abdelkader Tigha selon laquelle un haut dirigeant du GIA serait arrivé à la caserne de Blida, au vu de tous, avec deux 4x4 banalisés pleins de moines ! D’ailleurs, quelques jours avant son départ pour l’Algérie à Noël 2003, Didier Contant avait contesté cette version auprès de Me Baudoin dans un entretien téléphonique avec ce dernier. L’avocat avait fini par concéder que cette version des choses manquait de crédibilité. Jusqu’à maintenant, le groupe de pression « Qui tue qui ? » tentait par tous les moyens de nous faire croire que les moines de Tibéhirine avaient été tués par les services secrets algériens. Maintenant au moins ils nous rassurent – au prix de se tirer une balle dans le pied – qu’il n’en est rien. Il s’agit d’un accident de guerre. Voyons ! Ce qui est proprement choquant dans cette énième version, que le groupe de pression « qui tue qui ? » nous sert, est l’emballement de la presse française : quelque 300 articles en l’espace de trois jours pour affirmer sur la base d’un ouï-dire que les moines ont été tués suite à une bavure de l’armée algérienne. Ils ont la mémoire courte, ces journalistes. Que font-ils des versions précédentes des faits servies par le « Qui-tue-qui ? ». S’ils appellent cela de l’information, ce qui constitue leur métier, alors disons-le clairement : il s’agit de désinformation. Cela rappelle également le comportement de plusieurs journalistes au moment de la mort de Didier Contant : aucun d’entre eux n’a vérifié les « informations » que leur donnait Jean-Baptiste Rivoire au sujet de la personne de Didier Contant.

-  Dans votre livre le Huitième mort de Tibhirine, vous vous attachez à défendre la mémoire de votre compagnon, le journaliste Didier Contant, qui avait longuement enquêté sur l’affaire des moines et avait établi que c’est bel et bien le GIA qui les avait enlevés et assassinés, ce qui lui valut une campagne de calomnies de la part du camp du « Qui-tue-qui ? » en France. Les accusations du général Buchwalter remettent-elles en cause, selon vous, le travail de Didier ?

Les propos du général Buchwalter n’affectent en rien le travail de Didier Contant. Avec les éléments dont nous disposons aujourd’hui, il me semble que la version de l’ancien dirigeant repenti du GIA est la plus fiable, c’est-à-dire que des membres du GIA ont enlevé les sept moines du monastère de Tibéhirine à Médéa. Rappelez-vous que Didier avait longuement interviewé le jardinier qui était présent au moment des faits et avait confirmé avoir reconnu des membres du GIA. Rappelez-vous également qu’il y avait neuf moines présents à Tibéhirine au moment de l’enlèvement de sept des moines ; les deux autres ont également confirmé qu’il s’agissait du GIA.La responsabilité du GIA est clairement engagée et, qui plus est, revendiquée dans cette affaire. Les islamo-gauchistes français devraient cesser de jouer dans leur camp. D’ailleurs, pourquoi les démocrates algériens trouvent-ils si peu de soutien auprès de la gauche française et des forces démocratiques des pays occidentaux ? Y a-t-il au sein des forces progressistes des relents de néo-colonialisme, de racisme et de nostalgie pour une Algérie perdue ?

-  Lors de vos investigations pour connaître la vérité sur les dessous de l’affaire de Tibéhirine, avez-vous eu vent de cette hypothèse selon laquelle un hélicoptère de l’armée algérienne aurait bombardé un bivouac où les moines étaient retenus en otages ?

Tout comme les versions précédentes du groupe de pression « Qui tue qui ? », jamais des personnes que j’ai pu interroger ou des documents que j’ai pu consulter n’ont fait état d’un tel événement, sauf, bien entendu, des documents et autres « ouï-dire » du groupe de pression « Qui tue qui ? ».

-  Vous estimez que le camp du « Qui-tue-qui ? » est un puissant lobby dans les milieux médiatiques français. On se plaît à dire que les propos du général français relancent à nouveau le « qui-tue-qui ? » et ses thèses que vous avez régulièrement combattues. N’avez-vous pas crainte que ces nouvelles révélations ne viennent conforter ce lobby ?

Le « Qui-tue-qui ? » reste un groupe de pression bien organisé, surtout ses relais dans la presse. Cependant, ces gens ont perdu du terrain ces dernières années, surtout avec leurs déclarations sensationnalistes à répétition, lesquelles s’effritent au bout de quelques jours. Il s’agit d’un journalisme de communication et de petite opinion, et guère d’un journalisme d’analyse et d’information.

-  En février dernier, le journaliste de Canal +, Jean-Baptiste Rivoire, que vous accusez d’avoir orchestré, avec d’autres, la campagne de calomnies contre votre défunt compagnon au point de le pousser au suicide, a été inquiété par la justice suite à une plainte de votre part. Où en est le « bras de fer » qui vous oppose à Rivoire ?

En février 2009, Jean-Baptiste Rivoire a été renvoyé devant le tribunal correctionnel sous le chef de violences volontaires préméditées contre la personne de Didier Contant. Je crois qu’avec cela tout est dit.



Par Mustapha Benfodil

 

Affaire des moines de Tibhirine : bombe ou pétard mouillé ?

Publié le 07/11/2009 à 11:15 par hogra
Bombe ou pétard mouillé, ces révélations relancent aujourd’hui l’affaire des moines des Tibhirine, assassinés en mai 1996 ? Une chose est sûre, le juge chargé du dossier, Marc Trévidic, entend aller jusqu’au bout de l’instruction.  La semaine dernière, celui-ci a adressé une demande aux ministères français de la Défense, des Affaires étrangères et de l’Intérieur pour réclamer la levée du secret-défense. Ce qui ne saurait tarder... En juillet dernier, peu de temps après la déposition faite par le général François Buchwalter, ex-attaché militaire à l’ambassade de France en Algérie entre 1995 et 1998, faisant état d’une prétendue implication de l’armée algérienne dans la mort des moines, Nicolas Sarkozy s’est prononcé en faveur de la levée du secret-défense. L’affaire devra connaître un sérieux emballement dans les prochaines semaines. Décryprtage.

Pourquoi l’instruction a-t-elle rebondi ?

En juillet 1996, Alain Marsaud, ancien chef du Service central de lutte antiterroriste du parquet de Paris, reçoit la visite d’un inconnu se présentant comme membre des services de renseignements algériens. Ce visiteur explique à Marsaud que l’affaire des moines était une opération montée par les services algériens ou par l’armée algérienne. Marsaud demande alors au ministre français de la Justice, Jacques Toubon, d’ouvrir une enquête. Toubon dit niet. L’affaire en restera là. Décembre 2003, des proches des victimes des moines portent plainte et se constituent partie civile. Début 2004, le dossier atterrit chez le juge Jean Louis Bruygière. Ce dernier auditionne l’ancien ambassadeur en Algérie Michel Levèque, le général Rondot, l’ex-patron de la DGSE, Jacques Dewatre et l’ex-directeur du cabinet du ministre des Affaires étrangères, Hubert Colin de Verdière et dépêche même une commission rogatoire en Algérie. Mais l’enquête avance à pas de tortue... En mai 2007, Bruygière, parti pour une carrière politique au sein de l’UMP, est remplacé par Marc Trévidic. Ce dernier passera de longs mois à éplucher les dossiers laissés par son prédécesseur. Parmi ceux-ci, figure l’affaire Tibhirine.

Qui est Marc Trévédic ?

Arrivé en 2006 au pôle antiterroriste, Marc Trévidic, 43 ans, hérite de dossiers sensibles, notamment l’attentat de la synagogue de la rue Copernic à Paris qui avait tué quatre personnes en 1980, les massacres au Rwanda en 1994, l’attentat de Karachi qui a coûté la vie à 14 Français en mai 2002 et bien sûr l’assassinat des trappistes. Gros travailleur, méthodique, fin connaisseur des groupes islamistes, ceux qui ont approché ce jeune magistrat ne tarissent pas d’éloges sur ses qualités. Trévidic est un fonceur qui n’a pas peur de mouiller la chemise, dit-on. Lorsque Sarkozy annonce en janvier 2009 la suppression de la fonction de juge d’instruction, magistrat indépendant par son statut, pour confier les enquêtes aux procureurs, nommés sur décret du président de la République, Trevidic s’est opposé publiquement à la réforme du président français. Bref, c’est un juge déterminé à reprendre à zéro l’instruction sur la mort des moines, quitte à soulever une tempête politique entre Paris et Alger.

Qu’a dit de nouveau Buchwalter ?

Entendu le 25 juin 2009, ce général affirme qu’un officier algérien lui a fait part d’une confidence recueillie auprès de son frère qui commandait l’une des deux escadrilles d’hélicoptères affectées à la 1re Région Militaire de Blida. Buchwalter explique que les trappistes ont été victimes d’une bavure de l’armée qui a bombardé par méprise un campement du GIA dans lequel se trouvaient les sept trappistes. Jusque-là, la version officielle des autorités algériennes est claire : ils ont été enlevés et tués par le GIA. Le communiqué n° 44 du groupe armé en fait foi. n Pourquoi ce général a-t-il décidé de parler maintenant ? Juillet 2008. Le journal italien La Stampa publie une enquête sur la mort des moines. Sous le sceau de l’anonymat, « un haut fonctionnaire occidental » révèle que les trappistes ont été abattus par erreur par l’armée algérienne. Qui est ce fonctionnaire ? Convaincu que celui-ci n’est autre que François Buchwalter, Armand Veilleux s’ouvre à Me Patrick Baudouin, avocat des proches des victimes. Buchwalter lui avait tenu des propos similaires quelques années plus tôt. La suite ? Baudouin demande au juge Trévidic d’entendre le témoignage de Buchwalter. Pourquoi a-t-il parlé alors ? Pour soulager sa conscience ? Possible. Mais pas que ça ! Depuis la mise à mort des moines, l’homme s’est engagé à garder le silence à la demande des officiels français.



Par Samy Ousi-Ali

 

13 ans après, Tibhirine n'est plus synonyme de..

Publié le 07/11/2009 à 11:08 par hogra

13 ans après, Tibhirine n'est plus synonyme de « malédiction »

Le site de Tibhirine, devenu synonyme d’insécurité et de terrorisme durant les années 1990, après l’assassinat des sept moines du monastère, semble renaître de ses cendres. Treize ans après cette tragédie, le mois de mai de 1996 n’est plus semblable à celui de mai 2009.

 Le site, endroit magnifique situé sur les hauteurs de la ville de Médéa, n’est donc plus déserté par la population, comme c’était le cas auparavant. Lieu de villégiature par excellence, plusieurs familles y font des tours avec leur progéniture, en quête de fraîcheur et de sérénité, surtout en ces journées caniculaires. Au cours d’une tournée sur les hauteurs de Médéa, à quelques encablures sur le chemin de la forêt récréative de Tibhirine, nous avons rencontré des promeneurs, enfants, jeunes ou moins jeunes, en train de prospecter le site fabuleux pour profiter de l’ombre de la dense forêt. Cette destination, qui a été désertée autrefois, a recouvré sa sécurité et sa quiétude. La population de la localité est connue par son hospitalité, son sens de partage et sa tolérance. Elle a toujours tissé des amitiés avec les différentes communautés qui se sont succédé au niveau du monastère de Tibhirine. Un poste de la garde communale a été implanté dans cette zone dans le massif forestier qui surplombe toute la Mitidja, pour mieux sécuriser l’endroit et veiller à la tranquillité des visiteurs et des touristes. Un habitué parmi d’autres qui se ravitaillait en eau limpide et fraîche de Tibhrine, se dit enchanté par le paysage féerique de la région qui relève purement et simplement d’une « bénédiction divine ». Plusieurs espèces de la flore et de la faune sont omniprésentes. Cette région recèle aussid’importants vergers d’arbres fruitiers, en particulier le cerisier. Au niveau de la Conservation des forêts, M. Salem, chef du service communication, a fait part de son souhait de voir, très bientôt, la reprise des travaux d’aménagement de la forêt qui ont été abandonnés en 1993. Actuellement, il y a une pépinière d’environ 30 hectares, dont une partie est cédée en concession et qui emploie une dizaine de personnes. L’on relève également l’entretien et le traitement des forêts environnantes du site, créant ainsi 900 postes d’emploi par an. Un autre projet est en discussion, selon notre source d’information, il s’agit d’un hôpital pour les enfants cancéreux. Tout semble bouger dans le bon sens pour faire sortir ces lieux de leur léthargie et de leur « malédiction », en les rendant plus attractifs et accueillants, particulièrement en cette saison estivale.



Par A.Teta

 

M.T:Le pardon de Christian n'est pas.. un appel à la paix.»

Publié le 07/11/2009 à 11:04 par hogra

«Le pardon de Christian n'est pas un achèvement, mais un nouveau départ : un appel à la paix.»

PAR HUBERT DE CHERGÉ
15/10/2007 | Mise à jour : 10:13
| le figaro

J'ai une pensée toute particulière pour le Noël vécu par mon frère Christian et les moines de Tibhirine, trois ans avant leur enlèvement. C'était par un crépuscule d'hiver, dans un climat de violence, le pays était partagé entre les frères de la montagne - les islamistes, particulièrement le GIA -, et les frères de la plaine - l'armée régulière algérienne. A la tête d'un commando, le chef islamiste Sayah Attia était venu cogner à la porte du monastère, demandant à parler au «pape» du lieu. Il avait du sang sur les mains : quelques jours auparavant, à quatre kilomètres à vol d'oiseau de Tibhirine, il avait égorgé douze Croates chrétiens. Il prétendait soumettre les moines à un certain nombre d'exigences. Christian expliqua d'emblée que le monastère était un lieu de paix et que nul n'y entrerait en armes. Le chef du commando choisit de parlementer à l'extérieur. Sur un ton menaçant, il réclama l'envoi du médecin, le frère Luc, dans les montagnes afin de soigner ses combattants. Il exigea un certain nombre d'autres avantages, particulièrement de l'argent. Christian refusa tout : l'argent bien sûr, car le monastère était pauvre mais surtout parce qu'il ne saurait financer des armes. Quant au médecin, pas question. Les combattants seraient soignés au monastère, au nom de la charité et de la fraternité que l'on doit à tout être humain. Le «non» déterminé et doux opposé chaque fois à Sayah Attia a énervé ce dernier. Il s'exclame soudain : «Tu n'as pas le choix !» Christian répond : «Si, j'ai le choix.» Celui de sacrifier sa vie.

Sayah Attia en est impressionné. Il avertit : «Nous reviendrons !» Christian : «Ce soir, nous allons fêter Noël. C'est la naissance du prince de la paix...» Jésus est l'un des prophètes des musulmans. Le chef du commando recule : «Excuse-moi. Je ne savais pas.» Il ne reviendra jamais. Blessé dans un combat avec l'armée algérienne, il agonisera dans des souffrances terribles durant une dizaine de jours, sans faire appeler le médecin, dans les montagnes. Et Christian, essayant d'imaginer l'arrivée de Sayah Attia au paradis, plaidait les circonstances atténuantes, disant : «Je demande à Dieu de lui pardonner.»

Fin mars 1996, il disparaît, enlevé avec ses compagnons de Tibhirine. Notre angoisse durera cinquante-six jours pendant lesquels le GIA exercera un chantage à la libération de leurs combattants détenus à Alger. Fin mai, les têtes des sept moines seront retrouvées dans des sacs suspendus aux branches d'un arbre, à l'entrée de la ville de Médéa. «S'il m'arrivait un jour - et ça pourrait être aujourd'hui - d'être victime du terrorisme, écrivait Christian dans son testament (1), j'aimerais que ma communauté, mon Eglise, ma famille se souviennent que ma vie était donnée à Dieu et à ce pays.» Il se désolait par avance que les Algériens soient indistinctement accusés de son meurtre : «C'est trop cher payé ce qu'on appellera, peut-être, la ''grâce du martyre'', que de la devoir à un Algérien, quel qu'il soit, surtout s'il dit agir en fidélité à ce qu'il croit être l'islam.» Cette phrase le situe, lui et ses frères cisterciens, non pas comme des martyrs de la foi, mais de la fraternité et de la charité, à jamais solidaires d'un peuple souffrant. «Ma vie, disait-il, n'a pas plus de prix qu'une autre. Elle n'en a pas moins non plus. En tout cas, elle n'a pas l'innocence de l'enfance. J'ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde, et même de celui-là qui me frapperait aveuglément.» C'est ainsi qu'il absout son futur assassin, «l'ami de la dernière minute» qui n'aura pas su ce qu'il faisait. «Qu'il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux en paradis, s'il plaît à Dieu, notre Père à tous deux...»

Ecrit à la première personne du singulier, le testament de Christian doit se lire au pluriel, car le don de sa vie est devenu celui des sept moines de Tibhirine. Pour lui et ses frères, cette mort ne saurait être dissociée de «tant d'autres, aussi violentes, laissées dans l'indifférence de l'anonymat».

Lorsque nous avons pris connaissance de ce texte - ma mère fut la première à le lire, et puis l'ensemble de la fratrie -, nous en avons débattu en famille : son message était lumineux. Nous étions dans la peine, mais il nous montrait le chemin : lorsque au lieu de la haine et de la vengeance, le pardon vient s'implanter dans le terreau de la mémoire, il y fait pousser quelque chose de nouveau, et ce qui aurait risqué d'être un poison se transforme en sève. Le pardon est une conversion au sens premier du terme. Il n'est pas un achèvement, mais un nouveau départ. Il a déterminé chez moi un engagement humble, sans doute, mais ardemment militant, pour le rapprochement et la compréhension entre chrétiens et musulmans. Dans ce cheminement pour la paix, je côtoie aussi juifs et incroyants... J'ai vu, par exemple, au cours de mes rencontres de ces dix dernières années, des gens de confessions différentes découvrir que certains mots de leurs textes fondateurs leur étaient communs. Il ne s'agit pas ici de prôner un quelconque syncrétisme, mais de partager les expériences et de découvrir dans nos différences des sources d'approfondissement. Dans un contexte dominé souvent par d'autres intérêts, l'homme doit être placé au centre du dispositif, pour une alliance entre les bonnes volontés. C'est ainsi qu'en cette veille de Noël résonnent en moi les mots de Christian adressés à Sayah Attia : «C'est la naissance du prince de la paix.»

(1) Sur le testament de Christian de Chergé, cf. l'ouvrage de Guillemette de Sairigné : Mille pardons. Des histoires vécues. Une exigence universelle. Editions Robert Laffont, 299 p., 20 euros

 



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