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Date de création : 22.07.2008
Dernière mise à jour :
23.11.2009
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En solidarité avec leur collègue, ils observent un sit-in suivi d’un arrêt de travail
Un étudiant menace de mort un enseignant d’espagnol
De nombreux enseignants universitaires ont organisé, hier, une action de protestation suivie d’un arrêt de travail à l’institut des langues étrangères, section espagnole, pour dénoncer les menaces de mort et l’agression verbale dont a été victime leur collègue, K.Z., enseignante de littérature espagnole. Celle-ci, soulignons-le, avait été agressée verbalement par l’un des ses étudiants de troisième année de licence et qui l’aurait également menacée de mort. Cet étudiant a été arrêté par les services de la 19ème sûreté urbaine.
Entendue par les éléments de la police judiciaire, la victime a déclaré: «Mon agresseur devait refaire la troisième année et m’a sollicitée pour lui attribuer illégalement 09 points supplémentaires afin d’obtenir la moyenne requise au passage et passer ainsi en quatrième année. Refusant, de toute évidence, cette pratique illégale et formellement interdite de surcroît, le mis en cause adoptera un comportement agressif et insolent à mon égard et ne manquera pas de me menacer publiquement de me tuer.» Puis ajoutera: «Il ne se contentera pas de me harceler, mais il me traquera là où j’allais et s’en prendra aussi à ma fille, qui est désormais terrorisée par son comportement.»
Plusieurs enseignants de l’université, se sont montrés solidaires de la victime et ont dénoncé les agressions récurrentes dont sont victimes les enseignants: «Nous avons adressé plusieurs écrits au rectorat de l’université et nous l’avons mis en garde contre l’ampleur de la violence à laquelle étaient soumis les enseignants en milieu universitaire.
Concernant cet étudiant, nous avons informé la tutelle de son comportement, jugé inadmissible dans les salles de conférence, vu qu’il assistait, souvent ivre, aux cours.»
Pour sa part, le président de la section de littérature espagnole, dira: «Nous dénonçons la violence dans les milieux universitaires dans toutes ses formes et nous appelons le recteur de l’université à intervenir afin que ce phénomène soit combattu, et ce, bien avant qu’il ne soit trop tard. Nous ne voulons pas que le cas du défunt Benchehida Mohamed, poignardé à mort par son étudiant à l’université de Mostaganem, ne se reproduise à Oran.»
Les enseignants de l’université sont donc unanimes quant à dénoncer la violence en milieux universitaires et qui a tendance à prendre une ampleur grave.
Nous aurions souhaité approcher le mis en cause dans cette affaire pour connaître sa version des faits, mais cela nous a été impossible, vu qu’il a été arrêté par les services de police.
Redouane Boualia
DES ÉMEUTES ÉCLATENT DANS PLUSIEURS RÉGIONS DU PAYS
Cette colère qui fait peur
Les élus tournent le dos au peuple, le gouvernement brille par son immobilisme et la classe politique indifférente devant l’absence d’enjeux électoraux très proches.
Flambée des prix, chômage, baisse du pouvoir d’achat, à ces ingrédients l’on ajoutera le stress des foyers qui doivent faire face à une rentrée sociale très particulière marquée par trois événements principaux: Ramadhan, Aïd et rentrée scolaire. Sans oublier, bien évidemment, la déception de milliers de citoyens demandeurs de crédits de consommation après la décision du gouvernement de supprimer cette formule. D’autres sont rongés par la crainte de perdre leur poste d’emploi suite aux nouvelles mesures prises dans le cadre de la loi de finances complémentaire 2009. L’on fera l’impasse sur les soucisquotidiens du citoyen algérien, illustrés notamment par la hogra et la bureaucratie. Un cocktail explosif qui menace la paix sociale chère aux autorités publiques. La rue bouillonne et les signes d’une explosion se manifestent chaque jour que Dieu fait. Parfois, il suffit de rien ou même d’un banal tournoi régional de football pour que le pire se produise. C’est le cas des échauffourées qui ont eu lieu au village Ighil Ouantar à Seddouk (Béjaïa). Alors que deux équipes jouaient les dernières minutes de la rencontre, un individu pénètre sur le terrain. Cela a suffi pour mettre le feu aux poudres. Une bagarre généralisée s’ensuivit. Les supporters des deux équipes en arrivent rapidement aux mains après un moment d’échanges verbaux acerbes. Dans la foulée, on s’en prend au siège de la commune et à la Maison des jeunes. Hier encore, les citoyens de Tirmitine ont organisé un grand rassemblement devant le tribunal de la ville de Tizi Ouzou. (Ndrl lire le papier de Kamel Boudjadi). Mais en Algérie, la révolte est souvent liée à des problèmes de fond ancrés comme une fatalité dans la société et qui se reproduisent chaque année face à une incroyable impuissance des autorités publiques à leur trouver des solutions. C’est le cas de l’éternel problème du logement. Le scénario est le même: l’APC affiche la liste, et le déluge s’ensuit. Pas plus tard que la semaine dernière, des mécontents ayant été écartés, selon leurs dires, de la liste des bénéficiaires de logement dans le cadre de l’évacuation des habitants du site du Bardo, ont protesté devant une école primaire située sur le même site, qui abritait l’opération des recours, en présence du chef de daïra. Les citoyens ont accusé les élus locaux de pistonner leurs connaissances et d’écarter de la liste des bénéficiaires, les personnes qui sont véritablement dans le besoin.
Les élus tournent le dos au peuple qui les a confortablement placés dans leurs sièges. Absence de communication et d’interlocuteur, rupture de contact et surtout grand désarroi poussent jeunes et vieux dans la rue, notamment pour contester, comme ce fut le cas à Khenchela après l’arrêt des travaux de la construction d’un nouvel hôpital.
Les jeunes se sentant exclus et marginalisés en raison de l’absence de toute prise en charge de leurs préoccupations, investissent les rues, saccagent les commerces et bâtiments administratifs. Mais ces messages de la rue peinent à trouver une oreille attentive. La classe politique doit assumer une grande part de responsabilité dans cette situation. Face à l’absence d’enjeux électoraux très proches, les partis se murent dans un silence et n’affichent aucun intérêt pour les préoccupations des citoyens.
Quant aux réponses apportées par le gouvernement, lorsque toutefois il décide de réagir, elles sont en général évasives ne répondant souvent à aucune logique. En Algérie, il y a un mouvement social qui se développe en dehors des partis politiques et des syndicats traditionnels. Ce n’est pas le schéma idéal d’un Etat de droit qui aspire à la paix et à la démocratie.
Achira MAMMERI
Cette jeunesse là a grandi en apprenant à manifester de l’agressivité envers ses semblables pour conjurer sa propre peur de l’inconnue.
Ah ! Si jeunesse savait et si vieillesse pouvait, dit l’adage très connu du monde entier. Sauf qu’en Algérie, en sus de cette maxime, notre jeunesse est confrontée à une multitude de problèmes d’ordre psycho-social et affectif qui l’empêche de voir clair dans sa tête et tourne en rond au lieu de voler de ses propres ailes comme cela est le cas ailleurs dans ce même monde que nous partageons tous, certes, mais pas de manière égale, hélas !
J’ai, presque, envie de dire que, quelque part, ceux à qui incombent la responsabilité de leur éducation, les parents au premier chef, les surprotègent au point de les étouffer pour certains faisant d’eux des éternels assistés pendant que d’autres les délaissent totalement. Soit par négligence caractérisée ou non; soit pour des raisons économiques évidentes faisant d’eux des laissés pour compte, livrés à eux même et face à une société qui ne pardonne guère « Ma Terhamch » pour reprendre une vilaine expression bien de chez nous celle-là.
Du coup toute une succession de mésaventures lui tombent sur la tête du jeune algérien. A commencer par l’échec scolaire qui va l’amener à s’initier au « Hitisme» autre expression de notre Fellag national qui traite – avec son humour corrosif qu’on lui connait – ces murs de centres culturels. Et de culture, il y en a point, bien évidemment, aux yeux de l’artiste. C’est plutôt la tchatche habituelle de la rue qui apprend bien des vices et autres calamités à ces jeunes désœuvrés. De la drogue en passant par le vol à la tire, le suicide, autrephénomène qui a pris de l’ampleur…jusqu’à la « Harga», tout y passe. A côté de la responsabilité engagée des parents, le jeune Algérien de 20 ans, est né, si vous faites rapidement vos comptes, en 1989, soit à la veille d’une époque sombre de l’histoire de notre pays que d’aucuns qualifient de noir ou rouge, c’est selon.
En d’autres termes, cette jeunesse là a grandi dans la violence terrifiante, aveugle, et sanguinaire. Cette jeunesse là a grandi en apprenant à se méfier de tout et de rien à la fois. Cette jeunesse là a grandi en apprenant à manifester de l’agressivité envers ses semblables pour conjurer sa propre peur de l’inconnue.
La génération net
Cette jeunesse là ne connait pas ce que c’est d’aller voir un film au cinoche, encore moins lire un ouvrage à même de nourrir son esprit. Sauf, peut-être, à tirer profit d’une aubaine – si on peut vraiment qualifier ainsi la chose – qu’était l’avènement de la parabole et du net. Ah là ! Pour avoir surfé, tchatché, dragué sur le net, ils l’ont fait nos jeunots. Pour avoir vu énormément de films de tous genres – et généralement de violence et de sexe – via la parabole, ils l’ont fait nos jeunots. Autant dire qu’ils se sont fait violence, une nouvelle fois, en consommant sans modération de tas d’images bombardantes tout en assouvissant, il est vrai, leur frustrations de toute nature, de l’amour plus particulièrement qui demeure un sujet tabou qu’on aborde rarement en famille.
Quel gâchis ! Et aujourd’hui ? Ben ! Ils continuent à profiter des autres opportunités que les NTIC leur offrent notamment la téléphonie mobile dont le marché a explosé très rapidement en Algérie et de bien d’autres gadgets qu’il est inutile d’énumérer, ici. Ils sont, de toutes les manières, connus de toutes et tous. Bien sûr ! Une minorité de jeunes a pu acquérir un savoir pluridisciplinaire grâce aux conditions rarement favorables au sein du cocon familial qui se saigne, le plus souvent, pour le bien de ses rejetons. Mais pour la majorité écrasante de nos jeunots, point de connaissances, ne serait-ce qu’élémentaires, de leur pays. Leur référent culturel se résume à la notion de « Houma » ou quartier, au repli sur soi, au rejet de l’autre parce que différent, bref au communautarisme d’un autre âge et qu’on retrouve, du reste, même au sein de la diaspora Algérienne établie un peu partout dans le monde. Quant à voyager puisqu’on y est, autant ne pas y penser au vu des conditions drastiques imposées pour l’octroi des visas.
Qu’il est dur d’avoir 20 ans en Algérie tout comme il l’est, tout autant, pour ceux âgés de 30, 40, 50, et 60 ans…Le développement socio-économique du pays étant ce qu’il est, d’autres problèmes s’amoncellent les uns sur les autres à l’image du logis, ce « luxe » pas à la portée de toutes et tous, le chômage…et le recul net de l’âge du mariage. L’heure est grave car l’ignorance surtout l’ignorance de cette taille là qu’accuse notre jeunesse, d’aujourd’hui, ne va pas sans se répercuter durablement dans le temps si l’on ne prend pas les mesures adéquates à même d’arrêter cette déperdition humaine pour éviter aux futures générations d’en payer le prix fort.
Ne dit-on pas que les mêmes causes produisent les mêmes effets ?
Rabah DOUIK
INSULTE, INJURE ET...BLASPHÈME
Armes d’agression massive en Algérie
Tout le monde s’insulte, depuis l’enfance dans les cours de récréation, dans la rue...partout.
Expressions brutales et agressives, colorées d’une spontanéité avérée, telles sont les insultes proférées contre autrui. Elles précédent souvent une confrontation physique qui advient alors comme pour affirmer «sur le terrain» les insultes des uns et des autres.
La violence verbale revêt quelque part le burnous de la «langue libérée». Celle-ci reste contenue et retenue dans le propre de l’homme par respect à la société civile et familiale qui nous interdit de franchir les «lignes rouges» que nous souhaitons, intimement tous, outrepasser. Toutes les cultures universelles en sont imprégnées. Les insultes reflètent notre «ego» ni plus ni moins. Elles évoluent avec le verbe et les mutations sociales selon les civilisations, ou tout au moins, selon les comportements nouveaux que véhicule la nouvelle société en ce bas monde. C’est l’image des frustrations et des maux qui gangrènent la vie de tous les jours.
Chez nous, la violence demeure hélas l’un des reflets du manque d’aptitude des décideurs qui n’arrivent pas à contenir et maîtriser l’afflux des enfants dans le monde magique de la scolarité. La rue s’en charge et fait des enfants mal éduqués, des victimes. D’autre part, l’absence des parents, préoccupés par d’autres tâches de survie au vu des difficultés de la vie au coût sans cesse croissant, fait le reste.
Hélas, de nos jours l’insulte est devenue si grossière, si obscène, si choquante...qu’il est difficile de circuler en famille, avec son père, sa mère ou son épouse, sans être agressé, dans le sens propre du terme, par une insanité vomie au passage d’un voyou. Cela reste impuni par la loi bien sûr, qui a certainement d’autres maux à traiter et à surveiller comme le vol ou l’agressivité physique.
Ailleurs, dans les pays dits «civilisés», l’insulte ne touche guère le propre de l’homme. C’est une forme de violence certes, mais qui constitue un «tampon efficace» entre l’agression verbale et celle physique.
La hargne contre l’autre, plus riche ou plus instruit ou simplement plus chanceux, s’exprime chez nous à travers l’insulte, ultime agression qui crache son venin sur la différence d’autrui. Un jeune homme qui marche la main dans la main avec sa dulcinée, ou pis encore, au volant d’une voiture top, avec une belle compagne de surcroît...déclenche tout de go, chez des jeunes ou moins jeunes en groupe, une avalanche d’insultes maladroitement assimilées à des taquineries au style précieux et presque «recherché» dirions-nous, pour épater les témoins, les faire sourire ou les indigner...
En fait, ces réactions ne font qu’exprimer les misères, sexuelle ou sociale, et les conflits de générations qui ne cessent de s’éloigner les unes des autres. Le tout parsemé d’événements sociaux, culturels et aussi politiques pour les deux dernières générations en Algérie. Jugez-en vous-même: une guerre mondiale, une guerre populaire de libération, un (long) passage à travers une expérience dite «socialiste», une «tragédie nationale», trois week-ends différents...le tout avec une tentative d’entrée, dans le monde des nantis, comprendre celui des pays avancés. Autant d’événements phares qui ont modelé au fur et à mesure un nouveau profil de l’Algérien lambda qui n’est pas encore tout à fait à l’abri d’autres changements qui peuvent s’avérer tout aussi cruciaux et déformants les uns que les autres.
Dans tout cela, la femme reste le nombril, ou le point focal dirions-nous, de ces transformations socioculturelles. Les formes d’insultes qu’elles profèrent entre elles sont, par pudeur, indicibles pour les hommes.
Les femmes se trouvent en effet déchirées dans leur âme par la supériorité affichée du mâle par excellence dans une société phallocrate à outrance. Leurs insultes s’adressent aux hommes de leur vie: époux, frères, père, fils, amants...lesquels n’ont de cesse d’afficher leur virilité physique et intellectuelle lorsqu’elle n’est pas économique dans nombre de situations.
Les insultes qui semblent toucher le plus l’encaisseur masculin sont celles liées à la femme-mère, soeur ou épouse, ou une parente, voire une voisine. Cet aspect reflète le caractère matrimonial profond de notre société-mâle empreinte de valeurs traditionnelles, et ce, malgré l’approche citée plus haut et ressentie seulement par les femmes. Injurier un homme en faisant allusion ou référence à un aspect physique ou moral «intime» de sa mère, soeur ou épouse, père et ancêtres, soit les intouchables de la famille, est le comble de l’agression massive.
Elle peut conduire facilement au meurtre qualifié avec quelque fierté mal placée de «crime d’honneur» que certaines communautés musulmanes continuent à respecter de par le monde, parfois en dehors et contre la justice locale établie.
En effet, le crime dit «d’honneur» est érigé en action «glorieuse» dans nombre de communautés musulmanes à travers la planète. Tout ceci pour dire combien l’insulte est «riche et variée» chez nous et chez tous les peuples maghrébins. Elle peut être presque anodine comme «dinyamak» ou «dinbabak», contractions qui portent une coloration religieuse signifiant «Dieu maudisse la religion de ta mère ou de ton père», donc une connotation presque abstraite dans le temps et l’espace. Elle prend une autre tournure lorsqu’il s’agit de quelque chose de concret qui diabolise un côté physique surtout du parent féminin visé apparenté à une humiliation destructrice de l’égo.
Traiter par exemple un homme d’homosexuel est l’ultime insulte que l’on puisse proférer chez nous à l’encontre d’un jeune homme ou même quelqu’un de plus âgé, surtout au sein de son propre milieu. C’est une audace malencontreuse qu’il faut absolument laver «devant Dieu et les hommes» et surtout physiquement
L’autre aspect de l’insulte, humiliante sans plus, mais aussi blessante dans le for intérieur de tout un chacun, est celle qui use de noms d’animaux mal aimés comme d’être comparé à un âne, un mulet, chien ou l’ultime quolibet, de halouf (porc).
Socialement, être traité de juif dans le sens de radin est une insulte mal aimée mais qui peut «passer». Cet épithète, comme celui apparenté à tort au terme raciste de «nigrou», n’est pas forcément raciste ou antisémite, ne le sommes-nous pas nous-mêmes). Il est circonstanciel, éphémère, et sans suite dans la conviction profonde et générale.
Il y a lieu de souligner qu’une insulte, surtout avec une connotation religieuse, pendant le mois sacré du Ramadan, est un blasphème intolérable chez l’Algérien et tout Maghrébin, pratiquant ou non, mais qui est, rappelons-le «né musulman» par hérédité. Il est à relever également qu’Allah, le Prophète Mohamed, le Coran et l’Islam ne s’insultent que dans la langue arabe. Ce genre d’insultes n’est guère pratiqué sous d’autres cieux où cependant d’autres genres tout aussi blasphématoires sont de mise.
L’insulte raciste est aussi usitée, sans en avoir l’air ni la nommer dans le monde moderne, comme rapporté par cette information, toutefois non vérifiée, qui dit que «pour avoir attribué à un client d’origine marocaine le mot de passe "sale arabe", Orange, marque phare de France Télécom, a été condamné par la justice bordelaise à 8000 euros de dommages et intérêts».
Les insultes à l’égard des Arabes en général ou des Nord-Africains ont commencé avec la colonisation et elles en sont le produit. Un Nord-Africain n’avait pas de nom de peuple. La mentalité coloniale a de tout temps dénié aux autochtones le droit de se nommer collectivement. Elle va établir des noms particuliers, des noms péjoratifs. Ainsi, le lot des citoyens algériens demandant une rectification de leur nom patrimonial, considéré comme insultant, humiliant ou obscène selon, est considérable.
Le terme indigène, nom officiel pour toutes les populations locales, arabes ou kabyles, dans les recensements, était insultant pour nos ancêtres. Pour la femme, la moukère ou mouquère devient très vite une «pute», puis la pute devint en retour le nom de toutes les femmes arabes dans des chansons racistes.
Plus grave encore était l’emploi du nom Fatma, du nom de Fatima, la fille du Prophète. Cette appellation a d’abord désigné les domestiques, puis les prostitués et enfin toutes les femmes arabes du Maghreb.
D’autres insultes ont caractérisé la période coloniale comme le mot d’origine wolof (langue parlée au Sénégal), «bougnoule», qui désigne la couleur noire, et qui s’est appliqué à partir de 1890 dans le contexte des colonies à tous les indigènes, donc aussi bien aux Arabes qu’aux Imazighen en Algérie.
Par ailleurs, l’Arabe algérien est accusé de voleur comme le rat. Il est aussi lié à ce qui semble le plus bas dans la création, le rat. Cet animal qui est associé à la saleté, l’avarice et la laideur. Les dérivés de cette insulte sont nombreux: ratonner, ratonnade, ratonneur. Tous sont liés au contexte de la guerre d’Algérie et perdurent.
Ce sont là des insultes qui ont marqué le peuple algérien qui s’en souvient encore.
Abdelkrim AMARNI
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La jeunesse kabyle entre rêves, fantasmes, illusions et réalitéVivre maçon, manœuvre, mécanicien…et rêver de Sharon Stone !
C’est l’histoire d’une catégorie de jeunes. Certains ont été éjectés tôt par un système scolaire tout aussi faillible pour se retrouver dans la rue. Avec le temps ils ont appris à se “débrouiller”, à se “spécialiser” et même comment se faire tirer de taule ! D’autres se sont habitués peinards, sous le toit du paternel, sans se soucier du reste… Et puis, il y a ceux qui n’ont pas cette opportunité, ni “l’audace” des premiers. Tous réunis, ils composent cette jeunesse kabyle qui file l’amour et le quotidien à rythmes différents.
Reportage : Djaffar Chilab
Les jeunes subissent un rythme de vie assez original en Kabylie. Ce n’est certes pas un cas exclusif à la région, mais le phénomène tend à prendre de l’ampleur ces dernières années. Semblant en attente de jours meilleurs, chez une certaine catégorie, les soucis premiers se résument à se payer une boîte de gel, un café et une petite monnaie pour rallier un espace urbain. Là où ils pourraient scruter avec moins de gêne le mouvement, de préférence celui d’incessants va-et-vient de filles bien sûr.
Pour eux, tout ce temps se résume à une pause qu’ils savourent souvent sous d’énormes illusions choppées des séries américaines faites de pleines belles choses : la grande bleue, le sable doré, les maillots de bain, les crissement de pneus, les crépitements des armes, les liasses de dollars, les salons feutrés, les silhouettes élevées aux talons aiguilles… Forcément, on rêve d’y être. C’est fort ! Et c’est un peu légitime à 20 ans.
Il est vrai qu’il serait difficile d’ignorer à cet âge-là Sharon Stone et Michael Douglas dans Basic Instinct. Mais l’Amérique est loin d’ici. Il y a tout de même la France où tout ça est possible. De plus c’est juste à côté. Et les avions ne “tombent” pas encore sur ce couloir. Et puis là, presque tout le monde a déjà quelqu’un sur place.
Mais il y a ce visa qui amplifie la frustration… Alors, on continue dans le rêve, on continue à noyer son chagrin dans un gobelet de café à emporter. Un nouveau “sport” chez certains jeunes pris par la mode de se ravitailler en cigarettes en détail.
Cette frange qui prend ses rêves pour des réalités, qui s’est habituée à vivre en quête de confort et de luxe sans le moindre effort. Du coup, elle se retrouve otage de réseaux en tous genres. Mais ça semble bien marcher pour elle : on se tape des baskets à une brique, des jeans Levis Original, des Swatch, des carats autour du cou et du bras… Bref, tout ce qui peut jaser les jeunes portés par cette belle vie luxueuse sans trop se fatiguer.
Comment alors vivre maçon, manœuvre ou mécanicien à 20 ans dans cet univers de yaourt, de la PlayStation, de la téléréalité, de looks extravagants…? Mais vous imaginez les mains d’un mécanicien ! Samir en est un stagiaire chez un garagiste qui a ouvert dans son voisinage sur la route d’Azazga.
“Ma copine, je lui ai dit que je contrôle les voitures avec l’ordinateur”
A dix-neuf ans, il a échoué pour la deuxième fois au bac : "Depuis la mort de mon père, l’an dernier, entre moi et mes frères, c’est chacun pour soi. Voilà ! J’ai un salaire et une amie. Je ne lui ai pas encore dit ce que je fais. Elle croit que je suis étudiant et elle est encore au lycée. Je me “stique" bien quand on se voit, mais pour les doigts c’est un problème. J’ai beau les rincer, j’ai toujours des restes de graisse dans les ongles, alors je garde les mains dans les poches. Pour le moment, je les cache sans souci, car elle me dit tout le temps ne me touche pas sinon on va nous voir…”
Il raconte ça avec humour devant son ami Saïd avec qui il exerce dans le même garage. “Moi, ma copine je lui ai dit que je contrôle les voitures avec un ordinateur. Elle m’a cru, elle est littéraire”, dit ce dernier avec un éclat de rire! Il venait de se rappeler un truc : "Une fois, on était dans une pizzeria et au lieu de lui dire passe-moi la fourchette, je lui ai dit passe-moi la clé. J’ai failli même dire la clé 10. C’est celle que j’utilise le plus. C’est un vrai problème quand je parle avec elle, parfois je m’oublie. Moi dans ma tête, il n’y a que les boulons, le vilebrequin, la crémaillère, les rotules… C’est de la folie, quand je répare, je pense à elle, et quand je suis avec elle, je pense aux pièces, à la pince…” (nouvel éclat de rire !). Marzouk, lui, a bouclé ses 28 ans en mars dernier. Il était transporteur jusqu’à ce fâcheux accident qui lui a coûté son Renault Trafic : “Il a été très touché (endommagé). Mon père l’a d’ailleurs vendu accidenté. Depuis, je travaille au village (du côté de Tizi-Rached) avec les maçons. Mais ça n’a rien changé entre nous. Elle aussi, elle a raté son bac et elle a été renvoyée de l’école. Ses frères lui interdisent de sortir, alors on s’est quitté.” Ils ne le disent pas ouvertement, mais le complexe du sous-métier est réel. Les jeunes éprouvent moins de gêne à dire leur chômage que de se révéler manœuvre sur chantier… A travers les villes, le métier de “parking” a été adopté.
“Maçon, tu deviendras noir même si tu es né David Beckam !”
Plus en retrait de ce milieu urbain, dans un village pas loin de Fréha, Moh L’hadj s’en fout de tout. Même de son nom qui le suggère vieux.
En vrai, il dit qu’il est âgé de 26 ans. A le voir, il fait plus. “Normal, quand tu es suspendu sur un échafaudage en plein août chaque jour, tu deviendras noir même si tu es né David Beckam. Mais je m’en fous pourvu que le ciment baisse et on aura du travail.” Son amour à lui c’est une bouteille de vin chaque soir. Avant, il a un rendez-vous quotidien chez Aâmi Saïd, la cafétéria du village.
"Le domino, c’est sacré. Une fois que je me suis lavé, direction Aâmi Saïd, je me tape quatre ou six, des fois même jusqu’à dix parties. Puis retour chez moi pour bouffer avant de ressortir.” Moh L’hadj raconte qu’à Fréha, il n’y a aucun dépôt de vins. Alors il guette le passage des vendeurs à la sauvette, au cabas. Puis il va s’installer dans son coin habituel, au bord de la route menant vers Azzefoun, tout seul, ou parfois avec un ami à lui qui travaille à l’Eniem. A-t-il une amie ? “C’est du passé. C’est juste une fille que je voulais, à l’époque on était ensemble à l’école. Je lui avais envoyé ma sœur, mais elle lui a dit que j’avais intérêt à la laisser tranquille. J’avais peur qu’elle viennent chez moi me faire un scandale ou qu’elle le dise à ses frères. Maintenant, je la vois des fois à l’arrêt des fourgons sans plus. Normalement, elle sait que les maçons touchent
1 400 dinars par jour” (Rire !). Tout le contraire de Moh L’hadj, Fateh et sa clique sont branchés ailleurs.
“Allah ghaleb, l’école et nous, ça fait deux, mais on n’est pas du genre fainéant. Dans la vie, il faut bouger, surfer pour avoir quelque chose.” Fateh achète et revend des portables, des postes auto… Ce sont ses affaires à lui. ça lui permet de payer ses connexions à Internet et de ne pas rester à sec. Il est conscient qu’un vrai boulot "c’est d’être assuré et avoir un bon salaire. Mais de toutes les façons, pour moi, ça ne servira à rien. Je vais partir d’ici.” Il dit qu’il a déjà un fil avec une Suissesse. Mais ce n’est pas encore acquis. Car au moment où il pense à comment la rejoindre, c’est elle qui s’est invitée à venir… “Le pire, je lui ai dit que je vivais seul dans mon appartement…” La réalité est tout autre. “Je trouverai une solution. On ne sait jamais, elle m’a juste essayé pour voir ce que je répondrai. Mais au pire, je prêterai de l’argent pour louer un studio ou je la prendrai au Hammam.” Moh L’hadj, le maçon de Fréha, lui, est en train de construire sa maison pour de vrai. “La vie est chère, j’avance doucement. J’ai fait les piliers et j’ai abandonné le chantier, mais je reprendrai bientôt.” En attendant, il reste sur les traces de celle qu’il surveille. Il ne dit pas s’il s’agit de la même fille de l’époque mais, ça en a tout l’air : “Avant les vacances, je l’attendais chaque jeudi matin, bien habillé, devant une librairie. Elle passait souvent par là.” Un petit silence, l’air pensif puis il reprend: “Tout ça sera vraiment dans le journal de demain ? En tout cas, n’espérez pas un succès car les maçons ne lisent pas les journaux. C’est très rare ! Moi, quand je parlai de librairie, je passai là-bas pour acheter une pochette de chique. Je ne peux pas fonctionner sans. Je pourrai me passer de tout sauf de la chique et du piment. Ce sont mes deux conditions à ma future femme.”
D. C.