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HISTOIRE 1830-1962

ASSASSINATS DE ABANE RAMDANE ET DE KRIM BELKACEM

Publié le 22/11/2009 à 08:23 par hogra


ASSASSINATS DE ABANE RAMDANE ET DE KRIM BELKACEM
Les révélations de Mehri

L’ancien secrétaire général du FLN ouvre une nouvelle brèche dans la réécriture de l’Histoire.

L’ancien membre du CCE (Comité de coordination et d’exécution), Abdelhamid Mehri a affirmé que l’assassinat de Abane Ramdane a été une décision prise collectivement au sein des institutions de la Révolution, qui monopolisaient toutes les prérogatives relevant de l’exécutif, du législatif et du judiciaire. C’est la première fois qu’un responsable politique algérien fait une pareille déclaration qui a une double signification. D’abord, elle brise un tabou entretenu au plan officiel et selon lequel Abane Ramdane est tombé au champ d’honneur. Ensuite, il y a la reconnaissance d’une erreur collective. Est-ce un réel pas vers une vraie écriture de notre Histoire? «Les liquidations physiques durant la Révolution s’expliquent par une vision ou conception individuelles engendrées par une erreur fondamentale et majeure: les institutions de la Révolution embrassaient à la fois tous les pouvoirs dont le judiciaire», a déclaré hier l’ex-secrétaire général du FLN lors d’une conférence sur les institutions de la Révolution organisée au forum d’El Moudjahid. Même si Boussouf et Ben Bella, souvent cités par certains historiens, comme étant les instigateurs de cet assassinat, ils ne l’avaient pas fait de leur propre chef, car la décision relève d’une sentence institutionnelle. Toutefois, la vraie leçon n’était pas tirée de cette expérience selon M.Mehri «On a repris les mêmes erreurs après l’Indépendance; tout en transposant les mêmes schémas truffés des aspects négatifs de la Révolution, on a ignoré sciemment les aspects positifs», soulignera Abdelhamid Mehri. Toujours dans le volet des liquidations physiques, le conférencier suppose que l’élimination de Krim Belkacem est directement liée au fait «d’une justice à la carte», mise sous la coupe de l‘Exécutif ayant concentré tous les pouvoirs entre ses mains. A ce niveau également, c’est la première fois qu’un responsable politique, qui a occupé de hautes fonctions de l’Etat après l’indépendance, fasse pareille révélation qui, le moins que l’on puisse dire, est tonitruante.
«Les mêmes erreurs sont reproduites actuellement, en ce sens que la justice n’est toujours pas indépendante», a encore ajouté l’ancien ministre des Affaires nord-africaines. La liquidation de Abane Ramdane, surnommé à juste titre le cerveau de la Révolution, fait couler encore beaucoup d’encre.
Le mystère de cet assassinat n’a jamais été élucidé. Abane Ramdane dérangeait beaucoup de monde, c’est pour cela qu’il a été assassiné par ses pairs en février 1958, selon quelques révélations. Les idées qu’il a véhiculées ont été très mal comprises du fait qu’il était en avance, sur le plan intellectuel, sur sa génération, soutient-on encore. Auparavant, l’ancien Premier ministre, Belaïd Abdesselam, a évoqué l’assassinat du stratège du Congrès de la Soummam à l’occasion de la Journée du Moudjahid en expliquant que «Abane, vu sa forte personnalité et sa persévérance, commençait à s’imposer comme le leader de la Révolution, ce qui n’a pas été du goût de certains», ajoutant que «si Krim Belkacem et Ouamrane n’avaient pas donné leur accord, Abane n’aurait jamais été assassiné». Selon certaines informations, les colonels Bentobbal, Boussouf, et autres, avaient décidé de l’emprisonner au Maroc.
De même que la liquidation du lion des djebels, Krim Belkacem, également présidant la délégation algérienne aux négociations d’Evian, relève d’un complot collectif selon les propos de plusieurs responsables politiques. En 1970, poursuivi par la haine de certains de ses frères de combat, il est assassiné, étranglé avec sa propre cravate dans une chambre d’hôtel à Francfort, en Allemagne.

Mohamed BOUFATAH



Ben Boulaïd est mort, victime d’un complot

Publié le 01/11/2009 à 09:35 par hogra
Ben Boulaïd est mort, victime d’un complot

Ben Boulaïd est mort, victime d’un complot

Par Echoroukonline/Zineb A.

Le colonel Tahar Zbiri, le dernier des commandants des Aurès, a assuré que les circonstances de la mort du martyr Mustapha Ben Boulaïd ne sont pas naturelles, bien qu’il ait semblé que ce soit les services secrets français qui ont commandité son assassinat au moyen d’un appareil de signalisation piégé. Mais Zbiri ne croit pas à cette version, car Ben Boulaïd était le plus prudent des hommes. Zbiri rappelle les relations tièdes du martyr avec Adjoul, le commandant par intérim des Aurès, après son incarcération et l’exécution de son adjoint Chihani, mais il se garde d’accuser qui que ce soit.

  • Dans un entretien à Echorouk, Zbiri a indiqué que, selon le témoignage du Moudjahid Moussa Houasnia qui était au commandement de la wilaya I, le retour de Ben Boulaid au centre de commandement de la région des Aurès suite à son évasion de la prison le 10 novembre 1955 a surpris Adjoul qui a pris le commandement après l’exécution de Béchir Chihani, l’adjoint de Ben Boulaid. Cette exécution a éloigné les deux hommes, car Ben Boulaid ainsi que d’autres moudjahidine l’imputait à des erreurs commises par Adjoul, mais ces erreurs ne condamnaient pas pour autant Adjoul à la peine de mort.
  •  
  • En revanche, les autres responsables de la région ont accueilli avec satisfaction le retour de Ben Boulaid, tout en mettant de côté les décisions d’Adjoul. Si Mustapha se réunissait tous les jours avec ses frères d’armes afin de réorganiser la région des Aurès qui était divisée en raison de conflits personnels, d’appartenance et surtout du vide laissé par l’absence de Si Mustapha et de son adjoint Chihani. En peu de temps, Ben Boulaid a réussi à unifier les rangs d’autant qu’il avait la confiance de nombreux dirigeants de la révolution et les moudjahidine de la région qui lui faisaient allégeance.
  •  
  • Le 22 mars 1956, Ben Boulaid est tombé au champ d’honneur dans des conditions jugées obscures par Zbiri. Un appareil de signalisation piégé a explosé en fait dans l’une des casemates, emportant la vie de Si Mustapha et celle d’autres moudjahidine. Seulement deux parmi eux ont survécu. Sa disparition est étrange parce que lui-même nous mettait souvent en garde pour ne pas nous approcher des objets douteux, poursuit Zbiri. Ces éléments indiquent qu’un complot a été à l’origine de la mort de Si Mustapha, ajoute notre interlocuteur.
  •    
  •  
  • L’engin piégé retrouvé par des moudjahidine a été amené à Ben Boulaid pour le faire fonctionner. Lorsqu’il a tenté de l’allumer, il a explosé emportant avec lui le commandant de la wilaya I. Vu la prudence de l’homme, le fait de tester un appareil de communication international laissé par l’occupant est très étrange, souligne encore Zbiri.
  • Notre interlocuteur se garde d’accuser Adjoul en l’absence de preuves, mais affirme que les rapports entre les deux hommes n’étaient pas au beau fixe avant la mort de Si Mustapha.
  •  
  • A l’indépendance, Adjoul a été arrêté car il s’est rendu à l’ennemi et qu’il était accusé d’être impliqué dans la mort de Mustapha Ben Boulaid. Zbiri raconte que lorsqu’il est devenu, en 1963, commandant des forces armées, il est intervenu auprès de Boumediene, alors ministre de la défense, et Benbella, chef de l’Etat, leur demandant de gracier Adjoul car il était âgé et que son implication dans la mort de Ben Boulaid n’avait pas été prouvée.

55 ans après… Une génération s’éteint, une autre s’éveille…

Publié le 01/11/2009 à 09:01 par hogra
55 ans après… Une génération s’éteint, une autre s’éveille…

Novembre, 55 ans après…
Une génération s’éteint, une autre s’éveille…

On ne va pas se raconter d’histoires : les trois quarts des Algériens ignorent tout de cette date historique et de ses tenants et aboutissants. D’abord, parce que sur le plan purement statistique, la majorité de la population est née après l’indépendance, ensuite, du fait de tous les tabous qui ont entouré ce repère calendaire majeur dans la trajectoire tantôt sinueuse, tantôt rectiligne de ce grand pays qui est le nôtre. Et comme l’histoire universelle n’est jamais neutre, on comprendra, peut-être, mieux pourquoi les témoignages autant des acteurs que de tous ceux qui ont pour vocation essentielle la lecture et/ ou relecture de l’ancien. Bien sûr que la tache n’est point aisée autant pour les uns que pour les autres, au demeurant. Même s’il y a eu, bon an mal an, quelques récits et témoignages assez édifiants quant à la grandeur et de cette date pas tout à fait comme les autres (et pour cause !) et à l’immensité de ses valeureux et héroïques promoteurs. Et le propos n’est point exagéré dans la mesure où d’une part l’inégalité flagrante des forces en présence ne militait guère en faveur des artisans de ce moment exceptionnel de l’histoire de l’humanité, quoi qu’on dise et que d’autre part, les premières sérieuses dissensions sur la stratégie à adopter pour organiser la riposte dans le camp algérien, n’allaient pas tarder à apparaître et semer la zizanie. D’autant que la fameuse crise « berbériste » allait, à sa manière, donner, en quelque sorte un avant-goût de la fragilité d’un bloc que l’on croyait, pourtant soudé et hermétique dans la mesure où l’ennemi commun était déjà identifié. Mais, bon, les choses et le contexte « électrique » aidant, ne sont pas aussi simples que cela. Et vouloir les appréhender par de hasardeux raccourcis, serait les réduire à un fait banal. Toujours est-il que la cohésion des rangs en a pris un sérieux coup. Et que les états-majors de l’intérieur et de l’extérieur ne regardaient plus dans la même direction. Tandis que la guerre de leadership faisait rage, notamment à propos de la primauté de l’intérieur sur l’extérieur, principe consacré lors du congrès de la Soummam, pour rappel. Et comme l’histoire est un éternel recommencement, tous ces conflits et luttes intestinaux qui auront émaillé cette phase sensible et charnière s’il en est, déteindront et auront des incidences certaines et évidentes sur la cohésion et l’unité du groupe. Nonobstant les divergences de vue entre penseurs et hommes de terrain, en ce que l’élite a toujours été soupçonnée (souvent à tort) de tiédeur et de mollesse. Quand bien même une révolution ou plutôt une véritable guerre aussi féroce, impitoyable et meurtrière, par ailleurs, a tout autant besoin de neurones que de baroudeurs. De stratèges et d’hommes de terrain à même d’assimiler cette même stratégie et de lui donner un contenu concret sur le terrain des opérations. Et s’il n’y a pas lieu ici de privilégier un segment et/ ou un pan de l’histoire par rapport à un autre, force est pourtant d’admettre que le nord constantinois et la Kabylie ont payé le plus lourd tribut. Sans pour autant diminuer du mérite de tous ceux et celles de quelque bord et/ou tendance politique qu’ils soient ou se réclament. Et qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour libérer le pays. Faut-il, dès lors et par souci premier de rendre à l’histoire ce qui lui appartient, que le FLN n’a pas le droit (commun et/ou régalien) de revendiquer, seul, la paternité de la révolution. Car cette autoproclamassions de leader incontesté du mouvement nationaliste, notamment après l’indépendance, aura causé au pays de graves traumatismes. Et dont on paie, encore, quelque part, les néfastes retombées…Car une fois l’indépendance arrachée et au prix fort qui plus est, la guerre (souvent sourde) des factions (sinon des clans), a tôt fait de resurgir et de se rappeler au « bon » souvenir des uns et des autres. D’authentiques patriotes en feront les frais. Et parmi eux, certains pionniers, victimes des vieux démons qui sommeillaient dans les appétits jamais inassouvis de pouvoir. Tandis que le régionalisme et le népotisme dont on nous a toujours dit et expliqué avec force arguments (arguties ?) qu’ils n’étaient, au fond, qu’un legs et héritage « logiques »  et « résiduels » de la politique colonialiste et de son prolongement naturel fondé sur le « diviser pour régner », semblent toujours habiter les esprits, même s’ils soutiennent, mordicus, le contraire et s’en défendent publiquement, le clamant même à qui veut bien les entendre…Il s’en est même trouvé, côté artisans patentés de ce jour de gloire, de fierté et de dignité, pour le transformer en fonds de commerce…Mais cela est une autre histoire n’est-ce pas, en ce qu’elle n’a rien, absolument rien à voir avec l’histoire majuscule de la véritable légitimité historique. En tout cas et cela nul ne saurait le nier : le 1er Novembre par tout ce qu’il induit, recèle et renferme comme ferment, retentissement et résonnance universels, n’est pas près de s’effacer ni de s’éteindre de la mémoire collective, aussi sélective soit-elle. Du moins et en ce qui me concerne, c’est vraiment là, mon intime conviction. Pour le reste et selon la formule consacrée et qui devrait susciter, attirer, éveiller, exciter et capter toute l’attention de nos gouvernants par trop enfermés et engoncés dans leurs certitudes, sinon leur tour d’ivoire : une génération s’éteint, une autre s’éveille…


Amar Zentar

 

 

L’Algérie du pardon et non de la haine

Publié le 30/10/2009 à 16:35 par hogra

10-11 et 12 décembre 1960

«L’Algérie du pardon et non de la haine»

Au point où en étaient arrivées les choses, la vie était devenue une sorte de labyrinthe où il y avait des passages secrets pour éviter les barrages et les problèmes de toutes sortes que créent les forces d’occupation coloniale.

 

Par Chabane Nordine*

 

La résistance par le louvoiement était devenue une seconde nature, un état d’âme qui vous imprégnait dès que l’on était en dehors de son territoire. Et ce n’est qu’en entrant dans son secteur, son quartier, et en ces lieux communs où l’on retrouvait les personnes de confiance avec lesquelles on pouvait se lâcher, le naturel revenait, pour dire franc et fort, le fond de sa pensée, et ainsi donner libre cours à ses sentiments réels. Alors c’est comme si la peur n’existait plus, qu’elle avait été vaincue et qu’apprivoisée, elle n’avait plus d’effets, on vivait avec, elle ne faisait plus peur. Et ainsi dans chaque coin de ce vaste Clos Salembier, où j’habitais, des petits groupes de personnes, les vieux à l’écart, les jeunes plus en vue, tenaient leurs conciliabules et leurs débats en plain air ; l’ordre du jour étant partout et toujours le même : Les «événements d’Algérie». Là s’échangeaient les informations que chacun avait, à sa façon, collecté ou déduit à travers la rumeur ou su lire entre les lignes des journaux, et surtout entendu la veille, à l’heure du couvre-feu qui oblige à s’enfermer chez soi. L’heure où le «roumi» dort et que les «indigènes» veillent, tendant l’oreille à l’écoute de «Radio Algérie libre – Soute El Arabe» et à l’écoute du passage des patrouilles militaires qui pouvaient vous tomber dessus en entrant par les terrasses, et/ou en défonçant les portes, qu’il ne servait à rien de renforcer et de barricader, car cela pourrait signifier avoir quelque chose à cacher. A l’intérieur des maisons indigènes, tels des chats qui vivaient dans le noir, les habitants hommes, femmes et enfants étaient tous branchés, n’ayant d’oreille que pour l’émission radio (chaîne brouillée) de l’Algérie libre et indépendante qui émettait tard dans la nuit, pour rapporter les faits d’armes des moudjahidine. Et dans le lourd silence de la nuit, seuls ceux qui savaient écouter, avaient raison de croire en la liberté. Et pour l’instant, de l’époque, la liberté traversait les ondes et pénétrait dans les foyers, pour y apporter les directives du FLN/ALN. Armant ainsi les patriotes de mots d’ordres qui allaient se transmettre dès le matin par l’autre chaîne de transmission «radio trottoir», qui allait quant à elle, prendre la relève, alimentant les relais d’opinion éparpillés à travers la ville. Et ces relais groupés au coin des rues transmettaient à leur tour les échos de la guerre comme eux seuls savaient le faire. Moteurs de sensibilisation en puissance, ils faisaient de nouvelles recrues pour l’action directe, et chacun aiguisait encore mieux son coutelas, fignolait un peu plus son programme d’action, projetant de rejoindre le maquis, après un coup d’éclat, après une action terroriste, liquider un ennemi dont il avait évalué la nuisance. On en était là. A ce niveau d’engagement. Après le congrès de la Soummam la situation dans les villes a évolué si vite que les autorités françaises elles-mêmes avaient perdu le contrôle de la société indigène. La situation était arrivée à ce niveau de maturité révolutionnaire, prédit par les précurseurs du 1er Novembre, que l’on pouvait constater dans les faits leurs prédictions, ils avaient dit : «Mettez la révolution entre les mains du peuple il s’en saisira». En effet, de plus en plus de jeunes patriotes la prenait à bras le corps et ne pouvait que la mener à la victoire.

En effet, la Révolution algérienne avait fait mûrir la société algérienne qui avait dépassé les maîtres à penser français. Cette révolution en était arrivée à engendrer sa propre dynamique, dont l’énergique rotation était à son rythme de croisière. La révolution était parvenue à procréer ses propres militants en cours de marche. Elle avait donc atteint son point culminant de non-retour. Elle était donc devenue invulnérable et plus rien ne pouvait ni l’arrêter ni empêcher la victoire du peuple algérien, même si la guerre devait durer encore vingt ans. La victoire est inéluctable.

C’est ainsi que dans et sur le tas, des jeunes hors du commun sortaient du lot. Des érudits toutes les sociétés en possèdent, mais en temps de guerre les érudits, les géniaux, ce sont ceux qui savent reconnaître la mort, et allaient jouer avec elle, sans la craindre, au point que dans leur hardiesse croire qu’elle les aime, au point de ne pas les tuer. C’est ainsi que de très jeunes garçons et filles, adultes avant l’âge, prirent les armes pour aller à leur tour combattre pour la libération de leur pays. Et comme les papillons qui étaient seuls à croire qu’ils étaient aimés des fleurs, beaucoup de ces jeunes ne s’étaient pas trompés en croyant que la mort les aimait ! Oui elle les aimait tellement qu’ils ont pris beaucoup plus qu’il ne fallait pour une cause aussi juste. L’Algérie étant devenue un vaste champ de bataille et puisque les morts, les blessés et les disparus ne pouvaient plus s’y compter, du fait que presque toutes les familles indigènes, comme elles étaient surnommées, avaient quelqu’un, si ce n’est quelques-uns de leurs membres touchés et broyés par cette machine de guerre ; il n’en fallait pas plus aux jeunes de ces nombreuses familles pour pencher vers la cause nationale et désirer venger les leurs en intégrant les rangs des combattants de la libération.

D’autant plus que le djihad est un rite religieux auquel étaient soumis les musulmans. En plus, le désir de vengeance aidant, ces jeunes ne rêvaient que d’en découdre avec ces soldats français qui les prenaient pour des moins que rien. Même les gamins étaient dans la désobéissance civile et avaient leur code de conduite face aux soldats de l’armée française :

A) Si les soldats demandent où il y a des Fatma, leur cracher au visage, et dire: «Il n’y a pas de Fatma ici».

b) Si les soldats envoient acheter quelque chose : «Fuir avec l’argent».

C) Si l’on peut crever les pneus des voitures militaires : «Le faire».

E) Ecrire sur les murs des slogans favorables à l’indépendance.

Cet A.B.C.D. du petit combattant était connu de la plupart des gamins, et il n’en fallait pas plus, là aussi, pour que les plus courageux parmi eux osent chaparder des chargeurs et des grenades et parfois même des armes laissées par inadvertance sur le fauteuil d’une jeep, à portée de main de ces gamins combattants.

Le plus étonnant est que l’on n’a jamais su qui avait donné à ces gamins pareilles instructions, ni comment ils ont fait pour savoir à qui ils devaient remet-tre les munitions et parfois les armes qu’ils avaient prises aux soldats négligents. Et encore ce qu’ils devaient écrire sur les murs. Il va de soi que parmi les adultes qui observent les jeunes de leurs quartiers, il se trouve toujours un homme du FLN chargé du recrutement et qui, remarquant parmi les gamins le plus dynamique et le plus dégourdi, l’approchait et petit à petit gagnait sa confiance jusqu’à l’intégrer dans l’organisation pour en faire un guetteur, un messager, un agent du renseignement. Et après plusieurs mises à l’épreuve, il pouvait devenir un transporteur d’armes et un guetteur durant les actions armées. Il devenait alors un militant à part entière, prêt aux tâches plus importantes.

C’est là un véritable parcours du combattant qui faisait de ces gamins de futurs «fidaïs». Les fidayîn sont les membres des groupes de choc chargés des missions dangereuses et principalement les exécutions physiques. Une fois identifiés par l’ennemi ces «fidayîn» rejoignaient les combattants de l’ALN dans les maquis.

Les jeunes étaient politisés très tôt. Ayant autour d’eux et dans leurs propres familles la vision des méfaits de l’armée coloniale, il ne leur en fallait pas beaucoup pour vouloir monter aux charbons. Pour eux, seul le temps était plus fort qu’eux, car il leur imposait d’attendre, qu’il daigne les grandir, pour avoir droit à l’action armée et avec un petit peu de «malchance, qui devenait (pour eux), la chance à l’état pur» pour aboutir au maquis et avoir le suprême honneur d’intégrer l’armée de Libération nationale. Etre un combattant du peuple un «moudjahed». C’était le rêve, le souhait et l’espoir de tout un chacun. Telle était la forme mentale et physique des gamins de cette époque de lutte de Libération algérienne contre la guerre d’occupation française, où seuls les plus intelligents devaient être plus malins que les autres, pour savoir grandir et s’élever au niveau des événements, pour y accéder. Et ainsi sortir du lot de l’ordinaire, pour se situer dans le quota des hommes extraordinaires, les seuls sélectionnés pour servir le peuple et son pays comme s’ils en étaient «les authentiques propriétaires privilégiés». C’est ainsi qu’il en fut en ce glorieux Clos Salembier, qui comme partout ailleurs dans la capitale, le peuple dans son ensemble, nageant dans une forêt de drapeaux vert et blanc, pris le grand tournant de l’indépendance, et ce, durant les manifestations des 10-11 et 12 décembre 1960, qui finirent par lever le voile de l’action à force ouverte. C’est durant ces manifestations en effet que le peuple verra au grand jour les fidaïs du FLN/ALN pour la première fois, en armes circulant dans les rues, encadrant cette historique manifestation populaire qui donnera un second souffle à la Révolution algérienne. Et même les femmes qui, traditionnellement se voilaient pour se cacher à la vue des hommes, sortirent manifester ouvertement leurs exigences de liberté, de souveraineté et d’indépendance pour leur pays l’Algérie. Elles sortirent à découvert, le visage nu, sans haïk, pour crier au monde entier: «Non à la colonisation, non à l’Algérie française, vive l’Algérie libre et indépendante». Ces hommes, femmes et enfants sortirent dans les rues se confronter aux forces étrangères de l’Algérie française, dans une manifestation grandiose, digne de celle du 8 mai 1945. Et puis ce fut la rencontre historique du peuple algérien authentique avec lui-même. Ce sera alors le bras de fer entre le juste et l’injuste, c’est dans un élan d’ensemble que ce peuple, étouffé, décida de la confrontation «du 11 décembre 1960, pour une Algérie, une et indivisible», dont les échos se répercutèrent jusqu’aux ghettos et gratte-ciel de Manhattan, aux Etats-Unis.

Cependant qu’en est-il «au plan officiel de la politique française». Depuis le discours de De Gaulle sur l’autodétermination, les dirigeants algériens ont noté  «l’accroissement de l’effort de guerre des militaires français» dont le but proclamé est de «gagner la guerre». Le général De Gaulle, président de la République française, a confirmé ce qui n’a pas cessé d’être dit depuis qu’il a prononcé, du bout des lèvres et sans conviction, le mot autodétermination : «Sa seule politique en Algérie est d’abord la poursuite de la guerre en vue de la destruction et de l’extermination de l’armée de Libération nationale du peuple algérien. Le principal instrument de sa politique est le corps expéditionnaire français en Algérie qui a pour mission de perpétuer la domination colonialiste à travers un statut unilatéralement décidé par la France». Quant aux ultras de la colonisation, de leur côté, ils ont décidé qu’il était temps d’agir résolument contre l’homme en qui ils avaient mis tous leurs espoirs et qui, proclament-ils, les a trahis pour incarner désormais la «politique d’abandon». A Melun, en juin 1960, ils ont mis sur pied le FAF, un mouvement, «Front de l’Algérie française», qui rassemble, prétendent-ils sans crainte de la démesure, plus d’un million de membres dont 120 000 «Français musulmans». Quoi qu’il en soit, leur force réelle est ailleurs. Dans les multiples complicités et alliances qu’ils ont dans l’administration et la hiérarchie militaire.

Une fois de plus, à l’annonce du voyage du président de la République (De Gaulle), ils croient leur moment venu. Les fils d’un nouveau complot se nouent donc à Alger alors qu’à Paris se déroule le «procès des barricades». A Alger, Bab El Oued, on s’esclaffera bientôt du bon tour joué par Pierre Lagaillarde à ses juges, lequel ayant été mis en liberté provisoire par des magistrats particulièrement compréhensifs, a préféré filer à Madrid plutôt que d’attendre la sentence d’un tribunal pourtant si bien disposé à son égard et à l’égard des autres inculpés. Ortiz en fuite depuis l’échec des barricades est toujours installé en Espagne.

De cet épisode, les activistes ont tiré quelques enseignements : la tentative a échoué parce qu’ils n’ont pu faire «basculer» l’armée de leur côté, ce n’étaient pas des hommes aussi peu représentatifs que Lagaillarde ou Joseph Ortiz qui étaient capables de déclencher un tel mouvement. Cette fois, la «tête» du complot c’est un militaire, et quel militaire ?  C’est le général d’aviation Jouhaud, en retraite et fixé en Algérie où il est né et où il a des attaches profondes parmi les pieds-noirs partisans de l’Algérie française. Avec lui, estiment les chefs du Front de l’Algérie française (FAF), plus d’hésitations, les militaires prendront leurs responsabilités et choisiront leur camp. Le scénario qu’ils ont bâti est simple : «Des manifestations de rues, déclenchées dès l’arrivée du général De Gaulle, tournent à l’émeute».

Les parachutistes, comme en janvier, refuseront de tirer sur des Français, et l’insurrection s’étendra ; De Gaulle sera virtuellement prisonnier. L’armée se saisira de lui et prendra en charge l’Algérie tandis que dans le désordre qui s’ensuivra, les défenseurs de l’Algérie française aidés par les généraux, prendront le pouvoir à Paris. Déjà, on discute entre les chefs des mouvements «nationaux Algérie française» sur le point de savoir si De Gaulle devra être abattu, jugé en cour martiale et fusillé, ou bien gardé en prison pour être renvoyé plus tard en métropole et dégradé sous l’Arc de Triomphe par un sous-officier musulman (et ce, d’après Vianson Pierre Ponté), si l’on comprend bien : suprême humiliation, De Gaule devait être déculotté par un «bicot».


Reste alors à savoir avec qui négocier ...


Les autorités françaises avaient à met-tre en place les «commissions d’élus» créées par le décret du 18 juillet 1960 et qui doivent comprendre des députés et sénateurs, des présidents de conseils généraux, des maires et des personnalités diverses parmi lesquelles ils avaient espéré encore découvrir des interlocuteurs comme en avait souhaité le général De Gaulle, écrit Bernard Tricot (1) : «Venant après l’échec de Melun, cette décision parut à certains révélatrice de la volonté du pouvoir de construire l’Algérie algérienne, sans et contre le FLN». Dans son livre, Bernard Tricot, nous révèle qu’au début d’octobre 1960, étant à nouveau en Algérie, il constate «chez les musulmans, une extrême lassitude et une profonde déception depuis qu’ils avaient mieux mesurer la gravité du désaccord de Melun». Une hostilité fréquente envers les Européens d’Algérie et la volonté très générale de voir l’Algérie prendre elle-même son sort en main (…). Bernard Tricot recevant une à une les personnes qui répondent à l’invitation du préfet, la conscience de n’avoir qu’un seul intermédiaire entre le président de la République, le général De Gaulle et lui, incitant l’invité à surmonter prudence et réserve et à dire ce qu’il avait sur le cœur, fit que les  opinions qu’ils recevaient devaient avoir de la valeur.

«Je crains qu’il y ait une contradiction dans la position du général De Gaulle, me dit le magistrat Cadi, de tendance nationaliste, modéré dans son comportement et très respecté de la population. On ne peut à la fois vouloir un référendum d’autodétermination qui soit libre et maintenir la situation actuelle avec les regroupements, les intervenants et la présence d’une armée qui intervient dans toutes les affaires publiques. Cette contradiction doit être levée et ne peut l’être que par la voie de négociations avec le GPRA portant sur les garanties de l’autodétermination». «Mais nous sommes bien d’accord pour discuter de ces garanties», répond B. Tricot. «Excusez-moi, lui dit le caïd, mais il me semble que ce n’est pas assez clair, vous parlez seulement du cessez-le-feu, il faut aussi négocier au sujet de ce qui se passera après». (2). En effet, la France n’avait pas tiré les véritables leçons de l’histoire, puisqu’en Indochine, ayant refusé une véritable négociation avec Ho Chi Min, elle trouva un «interlocuteur valable» en Bao Dai, la suite est connue. Au Maroc, elle récidiva avec le Glaoui, cela se termina par le retour triomphal du sultan Mohamed V. En Algérie, elle cherche des Bao Dai et des Glaoui individuels ou collectifs. Elle n’en trouvera pas, c’est dans l’ALN et le GPRA que le peuple algérien se retrouve. Il faudra bien en prendre acte, hors de cette voie, pas d’issue ou en est-on vraiment ???

Les champions de l’Algérie française se retrouvent à Vincennes, Paris, les 3 et 4 novembre 1960 à l’Hôtel de Ville de Vincennes où les accueille pour leur deuxième colloque le député-maire Quinson. Après avoir entendu les rapporteurs, les participants adoptent la motion suivante : «La perte de l’Algérie signifierait l’Europe investie par le Sud, est un danger de mort. Ce serait non pas la paix, mais la guerre subversive généralisée sur le continent européen» (3). Par contre et d’autre part, souffle et s’accélère le puissant courant de la paix : le 27 octobre 1960, des centaines de milliers de Français sont appelés à manifester dans une «grande journée nationale d’action» leur volonté commune d’en terminer avec cette guerre. Ensemble la CGT, la DFDT, la FEN et l’UNEF ont défini les mots d’ordre : «Pour la paix par la négociation en Algérie» , «Pour les garanties mutuelles de l’application loyale de l’autodétermination», «Pour la sauvegarde de la démocratie et ses principes fondamentaux».

Mais aussi large que puisse être le consensus dégagé sur l’objectif de la paix en Algérie, il subsiste de multiples divergences sur les modalités de l’action à mener…

A Paris, interdiction d’une manifestation des communistes : la raison avancée est que ces manifestations pourraient «entraîner des réactions passionnelles de sens opposé» qui viendraient «troubler l’indispensable sérénité de la cohésion nationale». Le gouvernement français a pourtant autorisé la manifestation «Algérie française» du 3 octobre 1960 qui s’est déroulée à la place de l’Etoile à Paris. En dépit des heurts et des divisions, les manifestations ont imposé un fait désormais admis par tous les observateurs et jugé irréversible : la majorité des Français veut la paix en Algérie par l’ouverture de négociations. C’est la grande leçon de la journée du 27 octobre 1960.

Le 4 novembre 1960, discours radiotélévisé du général De Gaulle : il parle de la «République algérienne laquelle existera un jour, mais n’a encore jamais existé». Dans cette phrase, les ultras voient une confirmation de leurs craintes et comme le signe avant- coureur de l’abandon. A l’Elysée aussi il y a des remous. Pour De Gaulle, «l’Algérie future est une Algérie émancipée, dans laquelle les Algériens eux-mêmes décideront et auront l’entière responsabilité de leur destin, une Algérie qui aura son gouvernement, ses institutions et ses lois, mais l’essentiel est de savoir avec qui sera bâti cette «Algérie émancipée ?»

 

La vaine recherche d’une troisième force


Le Président De Gaulle n’a pas modifié son attitude vis-à-vis du GPRA. Il exige toujours le préalable du cessez-le-feu d’abord, la discussion ensuite. Ce que le GPRA continue de refuser. Alors qu’en France même, le courant pour la paix se développe, grandit et s’accélère. Charles De Gaulle décide donc de contourner l’obstacle et déploie son plan consistant à réorganiser les pouvoirs publics en Algérie en attendant l’autodétermination. Il espère certainement que cette réorganisation qu’il va soumettre à référendum favorisera l’émergence des autres tendances et que du même coup, les conditions seront créées pour forcer la main au GPRA.

A cette nouvelle situation qui allait commencer le 22 novembre 1960, il fallait de nouveaux exécutants. A Paris, Louis Joxe est nommé ministre d’Etat chargé des affaires algériennes. Pour Alger, un haut fonctionnaire d’autorité, Jean Morin qui appliquera la politique définie par Paris et ce, jusqu’en 1962. Le président de la République française, De Gaulle, voulant faire avancer ses solutions,  a cette fois-ci décidé de s’entretenir avec les dirigeants des partis politiques français pour obtenir leur adhésion et conforter encore sa position avant son départ pur l’Algérie.

Ce voyage qu’il prépara avec un grand soin est fixé du 9 au 12 décembre 1960. Pourquoi tant de soin à s’assurer des appuis d’hommes dont il négligeait ordinairement les critiques et les avis ?

Il entamait une étape qu’il estimait capitale, et sans attendre la fin des combats, il décida de mettre en place en Algérie des structures nouvelles sur lesquelles travaillaient déjà les commissions d’élus ; le Parlement et l’exécutif algérien une fois installé détermineront en temps utile la date et les modalités du référendum d’autodétermination. Dans cette perspective, le général demandera par une consultation de l’approuver et de lui laisser les mains libres pour prendre toute initiative nécessaire à bâtir les nouvelles institutions à venir.


Le matin du vendredi 9 décembre 1960 :

L’Algérie algérienne : Vive De Gaulle

L’Algérie française : A bas De Gaulle.


Alors que le général De Gaulle était à Aït Temouchent, le soir du vendredi 9 décembre 1960; il a été publié par les journaux du 9.12.1960 le texte référendaire de la question à laquelle les électeurs seront appelés à répondre par «oui» ou par «non» et qui est le suivant : «approuvez-vous le projet de loi soumis au peuple français par le président de la République et concernant l’autodétermination des populations algériennes et l’organisation des pouvoirs publics en Algérie avant l’autodétermination»? Ce texte soulève la polémique puisqu’il confond dans une interrogation unique deux questions différentes : - Approuve-t-on les réformes – désirait-on maintenir le régime ? Par cette question, on demande en fait aux citoyens de se prononcer à la fois sur l’autodétermination et sur un projet de loi qui en est sur le principe de la négation puisqu’il doit permettre de fixer par décret le statut qui préfigurera celui de l’Algérie future et ce, sans négociations préalables avec les représentants de cette Algérie future et le cadre où devra s’exercer le libre choix des populations. Ce qui se fera sous le contrôle de l’autorité française, précisera Michel Debré.

Le général De Gaulle expliquera à ses interlocuteurs que la voie qu’il a choisie est la seule qui soit à la fois française et réponde aux réalités modernes du monde. Ainsi, il s’acheminera donc vers une République algérienne étroitement liée à la France .

L’intégration réclamée par les partisans de l’Algérie française étant impossible et la cessation inacceptable, ce sera donc «l’indépendance de l’Algérie dans l’interdépendance de la France».

L’idée n’est pas admise par le général De Gaulle que c’est avec le FLN qu’il faudra discuter et pas seulement du cessez-le-feu, comme ce fut le cas aux pourparlers de Melun.

Vendredi 9 décembre 1960, De Gaulle entreprit son voyage présidentiel en Algérie.

L’accueil est significatif. A Alger, tous les commerçants de la ville européenne ont gardé les rideaux de leur magasin baissés répondant ainsi, de gré ou de force, au mot d’ordre de grève générale décrétée par le FAF (Front de l’Algérie française) et ce, pour manifester «leur hostilité à l’égard de la présence du général De Gaule en Algérie et à sa politique d’abandon». Ouvriers, employés des usines et bureaux, chauffeurs et wattmen des trolleys et autobus chôment aussi. Des gardes-mobiles et des soldats stationnent au carrefour, tandis que de jeunes européens, membres des commandos de choc du FAF arborent l’insigne de «Jeune Nation» les observe alors que petit à petit se forment des attroupements, et comme prévu par les organisateurs, dès que la foule atteint une densité, alors furent lancés les mots d’ordre : «De Gaulle au poteau», «L’Algérie française» et puis ce fut l’action directe ; ils s’attaquèrent aux autobus et les placèrent en travers de la rue Michelet (actuelle Didouche-Mourad). Les CRS qui se mirent en marche furent repoussés à coups de pierres et de bouteilles, les vitrines volèrent en  éclats pendant presque deux heures  ; manifestants et policiers s’affrontèrent, enveloppés dans la fumée lacrymogène.

Les ultras du FAF s’attaquèrent avec violence aux CRS et gendarmes ; dans le centre-ville d’Alger, les manifestations se poursuivent jusqu’à la nuit tombante aux cris de l’Algérie française, scandés sur tous les temps et rythmés par les klaxons. D’autres villes connaîtront le même sort ; Oran principalement, alors qu’ailleurs le mot d’ordre n’a été que peu suivi ; à Constantine, échec total.

Le FAF diffusa d’autres tracts appelant à la poursuite de la grève pour le lendemain samedi 10 décembre, menaçant les commerçants qui ne fermeront pas boutique. En ce vendredi 9 décembre 1960 au matin à Aïn Témounchent, où le général Crépin, encadré par le service de sécurité, sur la place de la ville, le président De Gaulle est accueilli par un brouhaha dont les voix discordantes se répondent et s’insultent.

En première rangée bloquée par le service d’ordre, des européens avançaient en criant : «A bas De Gaulle», «L’Algérie française», à l’arrière-plan, d’autres manifestants, des Algériens ceux-là, agitaient des banderoles sur lesquelles était écrit ce que le générale De Gaulle est venu entendre : «Vive De Gaulle», «l’Algérie algérienne»; le général sans s’arrêter à ceux qui l’insultaient se fraya un chemin et se dirigea vers ceux qui l’acclamaient et serra les mains qui lui étaient tendues.

Tout cela semble être dans la logique de ce que le général est venu faire : montrer qu’il ne craint pas de s’appuyer sur les Algériens et que ceux-ci sont derrière lui.

Tandis que le président De Gaulle évitant Alger et Oran continuait sa tournée par Cherchell, Blida, Tizi Ouzou, Orléansville (El-Asnam) Akbou (Bougie), Télerghma et Batna, les mêmes démonstrations se répétaient ; il tient le même langage : que les musulmans s’associent à sa tâche et que les rebelles comprennent qu’il offre «loyalement et sincèrement la paix», «que les Européens sachent qu’ils ne seront pas abandonnés et qu’ils admettent que l’œuvre de la France vis-à-vis de l’Algérie ne peut se poursuivre dans les conditions d’hier». L’imprévisible triomphe : le peuple tranche. En cet après-midi du vendredi 9 décembre 1960, brusquement, à la surprise de tous et à l’étonnement du général et de son entourage, ministres et chefs de l’armée, gaullistes ou non, un événement imprévu sans précédent et qui va avoir des conséquences immenses éclate sans crier gare…

La sortie en masse dans les rues d’Alger, d’Oran, de Constantine et d’autres villes, faisant front contres les ultras de l’Algérie française et contre l’armée soutenant et exécutant le plan de De Gaulle, ni pour l’Algérie française, ni pour l’Algérie algérienne de De Gaulle, le peuple s’était réveillé pour trancher et dire le mot de la fin : le peuple manifestait pour l’indépendance totale, pour l’ouverture de négociations avec le GPRA. Ce GPRA, interlocuteur oublié, que ne soupçonnaient plus les états-majors militaires et politiques qu’il puisse un jour encore se faire entendre avec une telle unanimité et une telle puissance.

Les voix françaises les plus autorisées n’avaient-elles pas affirmé que l’armée avait gagné la bataille des villes ?

Comme depuis longtemps déjà, toute la population française était basée sur la doctrine selon laquelle une fois libérés de l’emprise FLN, les populations reviendraient vers la France parce qu’elle aurait démontré qu’elle était la plus forte.

Les stratèges avaient démontré que la population urbaine «cassée et neutralisée ne bougeait plus». Sur cette analyse, du côté français, De Gaulle et les ultras diffèrent peu ; pour les gaullistes, il faut profiter de ces succès pour faire avancer une solution politique afin d’empêcher que ne mûrissent de nouveaux ferments d’interactions ; pour les ultras, des conclusions inverses ; puisqu’on est si près de la victoire, il ne faut rien changer fondamentalement. Ces appréciations sur l’état d’esprit réel des masses algériennes urbaines vont se révéler complètement erronées.

A la décharge des spécialistes des services psychologiques, il faut noter que le peuple algérien peut croire en cette fin d’année 1960 que les algériens aussi sont en train de gagner leur «bataille». Le climat, dans les quartiers algérois de Belcourt, la Casbah et du clos Salembier, d’Oran, de Constantine et d’ailleurs s’est profondément modifié par rapport aux années 1956 et 1957.

Les coups terribles portés par les forces de répression, s’ils n’ont pu briser les convictions intimes, ont cependant éteint l’expression publique de cette confiance téméraire, à la fois imprudente et extraordinairement coûteuse, qui était souvent la marque des nouveaux militants du FLN.

En dépit des «gestes» gaulliens la répression continue avec moins d’éclat qu’avec Massu sans doute, mais, quant au fond, sans modifications fondamentales. Assez symbolique de la volonté du général d’affirmer sa détermination alors que, par ailleurs, il peut aussi prendre des mesures de libération à l’égard de certains prisonniers et sa décision de refuser la grâce de 3 patriotes algériens condamnés à mort et exécutés la veille même de son départ d’Algérie (Hamou Boucetta et Belhadj Abdelkader, guillotinés à  la prison de la santé, Belmokhtar Slimane à la prison d’Alger).

Cela c’est le côté bâton. Côté «carotte» on construit, comme jamais auparavant, des écoles et des logements où de nombreuses familles s’installent. On bâtit aussi beaucoup de gendarmeries et de locaux de SAS puisque l’Algérie ne doit jamais plus être «sous-administrée».

Parallèlement, il est fait un gros effort de «promotion musulmane» dans l’encadrement administratif et plus spécialement dans les services d’inspection de la santé et de l’enseignement.

N’est-ce pas dans ces couches sociales nouvelles qu’on se promet de trouver l’indispensable «troisième force».

Le désir de paix est immense. L’ennemi spécule sur une certaine lassitude dans divers milieux. C’est cet immense désir de paix, cette certaine lassitude qui peut laisser croire que dans les masses urbaines, le ressort est brisé entre elles et la rébellion. Entre elles et les moudjahidine, le lien est définitivement rompu, erreur grossière.

Le sentiment le plus fort est qu’il faut tenir. Il faut remarquer aussi que c’est dans les milieux qui ont le plus souffert de la guerre qu’on entend généralement dire «il faut tenir après tous les sacrifices et après cinq années de souffrance, ce n’est pas maintenant que nous céderons». Mais cela, les spécialistes de la guerre psychologique ne l’avaient pas compris, l’Algérie vaincra ; un seul héros, le peuple, a dit Abane Ramdane.

Une assemblée constituante est élue le 20 septembre 1962. Ahmed Ben Bella, devenu secrétaire général du FLN, sera élu président de la République.

Le premier gouvernement de l’Etat algérien est formé.

Revenant de loin, un Etat vient au monde le 8 octobre 1962, il prendra sa place parmi les nations unies.

La guerre française d’Algérie, guerre de répression contre la lutte de libération algérienne entre dans le passé. Une autre page s’ouvre sur une autre histoire.

C’est désormais et à jamais, l’histoire de l’Algérie libre et indépendante.

La prédétermination ou l’autodétermination

Le 11 décembre 1960, s’il fut le mouvement ayant tranché sur toutes les questions, il n’en restera pas moins que c’est l’événement qui de la guerre est celui de la confrontation entre le Front de l’Algérie française et le Front de l’Algérie algérienne.

Cependant, il ne suffit pas d’évoquer à chaque occasion les événements historiques de notre pays, pour se suffire de leur éloquence. Car lorsque tous les stratèges du général De Gaulle, pPrésident de la République française eurent établi leur plan de «paix en Algérie», ils s’avéraient n’être en réalité qu’un plan d’une prédétermination de l’autodétermination.

Et c’est ce même plan qui devait faire aboutir à l’indépendance de l’Algérie dans l’interdépendance de la France. Et c’est à cet effet que les manipulations des services spéciaux, sous le slogan de l’Algérie algérienne (vision du général) activèrent sans répit.

Par ailleurs, les stratèges du FAF (Front de l’Algérie française) tendaient à vouloir mobiliser pour des manifestations contre le général De Gaulle et poussaient les populations à manifester contre lui et pour l’Algérie française. Cependant que l’Algérie authentique observait ce qui se tramait contre elle, il y a eu ce qu’il est convenu d’appeler les vrais patriotes (les Algériens authentiques) qui, en ayant tout compris, firent d’une pierre deux coups et entraînèrent la quasi-majorité du peuple avec eux. Ceux-ci n’étant pas d’accord avec l’Algérie algérienne «vision De Gaulle», et encore moins «vision FAF» eurent alors  le génie de recourir à la seule définition qui leur restait pour signifier leur désappointement avec l’un et l’autre camp, dans ce qu’ils suggèrent.

Ce peuple de patriotes authentiques pour se démarquer comme un seul homme cria : «Non» aux visions étriquées de l’Algérie française du FAF de l’Algérie algérienne du Général De Gaulle et dit «oui» à l’Algérie musulmane, une et indivisible.

C’est là le génie du vrai peuple algérien qui a su trouver la parade et les termes propres à la détermination qui mesurent tous les sacrifices pour la libération du pays. (Mais bien sûr, il ne faut pas comprendre dans «l’Algérie musulmane une Algérie intégriste.» Pour une réelle compréhension de cet état d’esprit, il faut se référer à la plateforme de la Soummam.)

Ceci étant et l’indépendance de notre pays ayant coûté plus de un millions de chouhadas, rappelons pour la bonne compréhension des choses qu’un soutien pour l’autodétermination de l’Algérie a eu lieu : 6 549 736 inscrits, 5 992 115 votants, 25 565 bulletins nuls ; 5 875 581 votant oui ; 16 534 votant non à l’indépendance de l’Algérie.

Donc, sur 6 549 736 inscrits, il y a eu 5 875 581 votants qui ont dit clairement «oui» à l’indépendance de leur pays l’Algérie, donc «oui» au FLN/ALN. D’un autre côté, il y a eu 674 155 personnes qui ont dit «non» à celle-ci, soit directement ou indirectement.

Sur cette base, on peut dire sans grand risque d’erreur que le FAF, mouvement du Front de l’Algérie française, s’il prétendait avoir dans ses rangs plus de un million de membres dont 120 000 français musulmans, avait certainement parlé de ces derniers 674 150 personnes dont il bénéficiait de la complicité et alliance dans l’administration française. Quant à la complicité militaire, elle a été établie et son nombre n’est plus à démonter.

Le FAF qui est issu de l’ex-front national français, présentait diverses faces : l’officiel accès sur la défense de «l’Algérie française» et de l’autre cachée, que dirige un état major avec ses diverses branches : «Renseignements, appuis, informations, finances et surtout action». 

Le fait est là. Plus d’un  million d’hommes et de femmes étaient les membres actifs d’une organisation dite FAF et OAS ensuite, et qui après l’indépendance de l’Algérie en 1962, sont restés nostalgiques de l’Algérie française et des gloires coloniales, et sur ce chapitre, beaucoup de faits et méfaits, depuis l’indépendance de l’Algérie, prouve nt qu’il serait abusif voire dangereux de prétendre que cette race est désormais race morte.

Et pour avoir une réelle idée sur l’ampleur des nuisances à l’Algérie libre et indépendante, par souci de vérité et non par envie de vengeance, posons la question de savoir combien de harkis avait recrutés l’armée française ?

Combien parmi eux sont restés en Algérie ? Et combien sont partis rejoindre leur patrie, la France ?. Combien de collaborateurs de l’armée coloniale sont restés dans l’administration de l’Algérie indépendante ?

Et qui plus est, ont été les premiers à gravir les échelons de la fonction publique dans laquelle ils étaient  avant qu’elle ne devienne algérienne, accédant ainsi aux postes-clés du pays et ce, avec toute l’aide et la protection dont ils ont bénéficié.

Essayons aussi sans rancune et sans haine, de nous rappeler tous les cercueils d’Algériens émigrés, assassinés en France, qui nous revenaient dans leur emballage de bois durant les décennies passées. Le peuple algérien a beaucoup souffert du mal et des malfaiteurs, il faut le reconnaître et l’admettre, et malgré tout, il reste prêt à pardonner, mais il faut le lui demander. Il n’y a aucune honte à le faire.

C’est eu égard à toutes les souffrances engendrées par la guerre d’Algérie, c’est-à-dire la guerre faite par la France à l’Algérie, qu’il faut que les forces du bien continuent à expliquer la nécessité d’une demande de pardon officiel par la voix des autorités françaises, afin d’exciser le mal à la racine est enterrer une fois pour toutes et à jamais notre malheur commun. Car comment croire en des regrets non exprimés.

Comment pardonner à celui qui n’a pas eu le courage et la volonté de s’excuser. S’il n’y a pas cela, comment faire confiance.

Les conséquences de la guerre, des décennies après germent encore dans les banlieues françaises, allumant les feux de détresse, et en Algérie faisant la décennie noire. Alors instruisons-nous de l’expérience.

Il faut parler mais de «réconciliation», et la réconciliation commence entre les membres de la même famille même s’ils sont de «nationalités différentes» et même si leurs parents étaient dans des camps opposés.

La vérité n’a pas d’heure, elle est de tous les temps, précisément lorsqu’elle nous paraît inopportune. (Albert Schweitzer).

C. N.

 

Ecrivain, ancien moudjahed, membre de l’ALN

Journal El Moudjahed du 8 septembre 1960

 (1 et 2) Bernard Tricot, «Les sentiers de la paix» Editions Plon Paris 1972

(3) Les cahiers du comité de Vincennes n°2. Mois de novembre 1960, P/n)111

 

   

 

17-octobre-1961 La Fédération de France s’en souvient

Publié le 17/10/2009 à 11:18 par hogra
17-octobre-1961 La Fédération de France s’en souvient

48e anniversaire des événements du 17-octobre-1961La Fédération de France s’en souvient
En ce jour du 48e anniversaire des événement  du 17-Octobre-1961, la fédération du FLN de France se souvient d’une révolte organisée par ses siens sur le sol français. La fédération est revenu dans un large exposé détaillé sur le déroulement des ces événements qui se sont soldés par un lourd bilan gravé dans l’histoire de la Guerre de libération. En conséquence, le soulèvement de la communauté d’émigrés algérienne a été réprimé. Eux qui voulaient à cette époque exhiber une démonstration de force pacifique, à l’égard des actes racistes commis contre eux, ont fini de voir leur frères arrêtés, torturés, et abattus. 15 000 arrestations, 1 500 Algériens refoulés, entre 300 et 400 morts par balles ou par noyade dans la Seine et plus de 2 400 blessés et 400 disparus. Le soulèvement, raconte la Fédération du FLN de France, constituait, d’une part, une réponse cinglante aux mesures discriminatoires décidées un certain 6 octobre 1961, par le préfet de la police de Paris, et Roger Frey, ministre de l’Intérieur de la République française de cette époque. Ces deux responsables ont imposé, raconte la Fédération, à lacommunauté d’émigrés   algériens, un couvre-feu de 20h 30 à 5h 30 et la fermeture des cafés et restaurants à partir de 19h. D’autre part, pour donner une nouvelle dimension à la Guerre de libération, qui comptait déjà sept ans de lutte, les actions menées par le FLN et l’ALN contre le colonisateur français, sous la gouvernance du général de Gaulle, ont notablement affaibli leur force. Ce dernier, suggère la Fédération du FLN de France, “au lieu de comprendre les aspirations de notre peuple à la liberté et à l’indépendance et de s’engager dans de vraies négociations avec les dirigeants de notre révolution, a durci la guerre, et l’a poursuivie à une échelle beaucoup plus vaste que ses prédécesseurs, aussi bien sur le territoire national que contre l’ALN et contre notre émigration en France.” En réponse à ces mesures prises par le général de Gaulle, la direction de la Révolution algérienne a donné des directives à la Fédération du FLN en France afin de porter la guerre sur le sol même de l’ennemi. “Ce qui est à ce jour un fait unique dans l’Histoire des lutte de libération des peuples colonisés.”  Depuis l’ouverture du second front en 1958, à l’automne 1961, la Fédération de France subissait une répression permanente de la part des autorités françaises. Ces dernières savaient que les activités des militants de la Fédération de France s’exerçaient essentiellement le soir. Car, explique la Fédération, “notre communauté d’émigrés était constituée de travailleurs occupés dans la journée. Ils pensaient avoir enfin trouvé le moyen de liquider de façon définitive la Fédération, en instaurant un couvre-feu applicable aux seuls Algériens”. Face à cette exigence et à ces mesures “discriminatoire”, la direction de ladite Fédération a pris la décision de passer à l’action en organisant des manifestations publiques à Paris, pour dénoncer et attirer l’attention de l’opinion publique française et internationale sur “la sauvagerie de la répressiondu gouvernement colonialiste français”. Comme il était  prévu, le 17 octobre au soir, plus de 80 000 Algériens et algériennes ont envahi les grands boulevards de la capitale française pour réclamer leur droit à l’indépendance. “Si les manifestations furent un succès comme en témoignèrent les comptes rendus de la presse française et internationale, la répression de la police menée sous l’autorité du préfet de police Maurice Papon, tristement célébre pour sa collaboration avec le régime nazi durant la seconde guerre mondiale, fut féroce et bestiale”, témoigne la Fédération du FLN de France. En ajoutant qu’une chasse à sanglante l’Algérien fut déclenchée à travers la région parisienne. Les Algériens de France ont ainsi payé un prix fort. Les policiers se sont acharnés sur les manifestants. Une épreuve dure mais la communauté d’émigrés, témoigne la Fédération, est restée soudée et motivée, pourvu que leur liberté soit arrachée. Ces manifestations avaient largement contribué à la reprise des négociations qui ont été gelées. Ce pas était important dans la marche de l’Algérie vers son indépendance qui venait d’être accompli en juillet 1962. A. Slimani

 

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Si nous venons à mourir défendez nos mémoires

Publié le 20/08/2009 à 08:08 par hogra

Entretien avec l’historien Belaïd Abane“L’étape soummamienne est celle de la maturité révolutionnaire, mais aussi une projection dans l’avenir”

Eminent professeur en médecine, historien émérite, Belaïd Abane évoque dans ce bref entretien, le Congrès de la Soummam et son architecte Abane Ramdane. “La réunion de la Soummam a été l’acte fondateur de l’Etat algérien moderne”, estime Pr Abane, pour qui le Congrès de la Soummam et le travail réalisé par Abane et ses camarades jetèrent les jalons d’un Etat démocratique et moderne.  Il évoque aussi le choix de la Kabylie pour organiser une si importante réunion, les raisons de l’absence de certaines délégations et surtout les raisons des attaques de certains contre le décisions du congrès et la personne de Abane Ramdane.  A titre de rappel, Pr Belaïd Abane est auteur de plusieurs livres sur l’histoire de la Guerre d’Algérie, comme “Abane Ramdane et les fusils de la rébellion”. Il nous a assuré que d’autres livres, toujours sur le thème de la Guerre de libération seront édités prochainement.

   La Dépêche de Kabylie : L’Algérie célèbre aujourd’hui le 53e anniversaire du Congrès de la Soummam, que représentait réellement cette réunion pour la Guerre d’Algérie ? Belaïd Abane : Pour la Révolution algérienne d’abord, ce fut le tournant décisif. La " rébellion déclenchée le 1er Novembre se mue en guerre nationale de résistance au colonialisme. Après la phase d’unification des potentiels nationaux, initiée et pilotée par Abane, la Révolution algérienne se devait de prendre le monde à témoin et de s’amarrer au mouvement universel de libération des peuples. Elle se devait également de faire connaître ses objectifs et sa doctrine. En somme après les premiers coups de feu, il était nécessaire pour le Mouvement de libération national incarné par le FLN et l’ALN, de se faire connaître et de définir ses perspectives d’avenir. C’est ce que j’ai appelé en métaphores marines, un pavillon qui permet d’être facilement identifié et une boussole pour s’orienter et tracer sa voie ; c’est cela aussi la plate-forme de la Soummam. Pour la première fois, est réalisée une quasi-unanimité nationale pour la lutte armée. Mis à part le MNA, l’ensemble des forces patriotiques algériennes est engagé dans la lutte sous l’étiquette FLN. Même les communistes qui tiennent un temps à leur autonomie finiront par jeter toutes leurs forces, loyalement, dans la bataille. Tout cela il fallait  l’institutionnaliser. Il fallait un édifice crédible auquel tout combattant, tout sympathisant et tout militant doit se référer. Je me remémore encore cette phrase d’Ali Lounici, officier de l’ALN en wilaya IV : “le Congrès de la Soummam nous a donné ce formidable sentiment que nous avions déjà un Etat.” Alors que le 1er Novembre avec l’immense mérite qui est le sien est l’étincelle qui a mis le feu aux poudres, sans préjuger de la suite des évènements (l’essentiel étant d’être prêt à tuer et à mourir), l’étape soummamienne est celle de la maturité révolutionnaire, mais aussi une projection dans l’avenir. C’est en ce sens que la réunion de la Soummam a été l’acte fondateur de l’Etat algérien moderne. Pour ce qui est de la guerre elle-même, l’organisation militaire sortie de la Soummam fut une véritable machine de guerre. En créant une armée révolutionnaire moderne, une armée de guérilla rigoureusement structurée (on ne peut imaginer à quel point l’ALN était organisée dans les maquis au point qu’elle n’eut rien à envier à une vieille armée de métier comme l’armée française), le Congrès de la Soummam donna une formidable impulsion à la guerre. Du moins pour un temps puisque les stratèges de l’armée coloniale ne tarderont pas à trouver la parade en recourant à la tactique du contact direct par des unités d’élites légères transportées par des sikorsky birotors, les fameuses “bananes”. Même si on peut encore gloser sur sa représentativité, le Congrès de la Soummam fut une étape majeure de la guerre qui opposa les Algériens au colonialisme français. Essayons d’imaginer un seul instant qu’il n’y ait pas eu de Congrès de la Soummam et nous verrons dans quelle pagaille se serait poursuivie la guerre. Mais le Congrès de la Soummam ne serait rien sans tout le travail d’unification entrepris par Abane depuis le printemps 1955. La réunion de la Soummam est évidemment le couronnement de tout ce travail accompli en amont.    Le congrès, comme son artisan, Abane Ramdane, sont constamment, pris pour cible par certains cercles hostiles au projet de ce congrès, selon vous, quelles en sont les raisons ? Le projet soummamien initié par Abane est algérien, citoyen et politique. Abane pensait algérien avant de penser maghrébin ou arabe. On ne peut dire en voyant dans quel état sont l’union maghrébine et la “nation arabe” aujourd’hui qu’il avait totalement tort. Je pense que le principe de primauté intérieure sur l’extérieur pourrait se lire également dans ce sens. L’Algérie d’abord, en quelque sorte. Le projet soummamien s’était également affranchi des croyances et des identités pour ne s’attacher qu’à l’aspect citoyen. N’oublions pas que ni la Proclamation de novembre, ni le Congrès de la Soummam n’avaient exclu de la Nation algérienne les Juifs et les Européens désireux de prendre la nationalité algérienne et de rester en Algérie. Pour ce faire, il n’y avait que la citoyenneté pour espace commun à tous. Enfin, le projet soummamien était politique par excellence et proclamait même la primauté du politique sur le militaire, principe que d’aucuns ont malheureusement tendance à lire au premier degré “ le politique doit commander au militaire”, alors qu’il s’agissait de subordonner toute action militaire à des objectifs politiques et au but suprême de la Révolution : la libération nationale et l’indépendance, ce qui est politique par excellence, puisque on ne vise par une victoire militaire dont on sait qu’elle est utopique face à une armée puissante suréquipée et qui combat à une heure d’avion de la métropole contrairement à la guerre d’Indochine. Les raisons inavouées de certains contempteurs, peu nombreux du reste, sont là. Pour d’autres, c’est de n’y avoir pas participé et d’avoir été absents du lieu et au moments historiques du Congrès de la Soummam. D’autres estiment avoir été injustement évincés des instances dirigeantes du congrès au bénéfice d’autres comme Ben Khedda et Dahlab moins méritants à leurs yeux. On ne peut malheureusement passer sous silence la haine régionaliste qui gangrène certains cœurs (fort peu nombreux heureusement) au point de ne voir à travers Abane que sa région d’origine.   Pourquoi le choix de l’organisation s’est-il porté sur la Kabylie ? On doit à la vérité de rappeler que le choix initial n’était pas la Kabylie même si logiquement la Kabylie est le centre géographique du pays qui aurait pu arranger tout le monde. La réunion était semble-t-il prévue “chez Zighout”, dans le constantinois. Les évènements en avaient décidé autrement. Après un accrochage, le mulet transportant les documents du Congrès n’avait rien trouvé de mieux que de se rendre dans une caserne de l’Armée française, son ancienne écurie semble-t-il. Le plan B des dirigeants FLN était alors un petit village, Ifri,  sur le flanc sud du Djurdjura. Stratégiquement, l’endroit était néanmoins vulnérable, mais la sécurité sera efficacement assurée par les troupes d’Amirouche qui organisa plusieurs attaques de diversions pour détourner l’armée coloniale du lieu du congrès.   Quelques délégations avaient boudées la rencontre, pour quelles raisons ces délégations avaient opté pour ce choix, et comment les directives du congrès ont été suivies ? Là aussi, le souci de vérité nous oblige à dire qu’il n’eut pas de délégations ayant boudé le congrès. On reprochera au Congrès de la Soummam, à juste titre, son manque de représentativité pour deux absences. D’abord et surtout celle des Aurès- Nememcha (wilaya I). C’est la mort de Ben Boulaïd causée par un poste émetteur piégé par l’Armée française comme le relate avec forces détails, Constantin Melnik, chef du service action  (main rouge) de l’armée coloniale, qui plongea la wilaya I dans un désordre indescriptible, et une guerre de chefs qui finira dans un bain de sang. Il est difficile, d’imaginer un instant que Abane ou un quelconque autre dirigeant du FLN ou de l’ALN veuillent évincer du congrès si Mostefa Ben Boulaïd et les dirigeants des Aurès Nememcha, cette région qui a porté très haut le drapeau du combat libérateur et dont l’héroïsme est connu de tous. De fait, c’est dès février 1956 que Abane tente de prendre contact avec les responsables aurésiens en dépêchant Saâd Dahlab. Ce dernier apprendra de Zighout, le prestigieux chef des Aurès est mort. Il y apprendra également que la région est en pleine pagaille car les Aurès ne se sont jamais vraiment remis de l’arrestation de Ben Boulaïd en février 1955. Et  depuis la mort du prestigieux chef chaouia au printemps 1956, la guerre de succession est ouverte. Son frère Omar qui tente de lui succéder se rend en Kabylie vers la fin avril, à la tête d’une forte escorte pour y rencontrer Krim Belkacem et se faire reconnaître comme le délégué des Aurès. L’offensive militaire française des opérations “Arquebuse” et “Espérance” du mois de mai 1956 interrompant la rencontre et disperse les maquisards. Omar Ben Boulaïd dût probablement  rejoindre en catastrophe sa zone d’origine. La situation trouble qui y règne ne lui permet pas de s’éloigner de son fief que lui disputent âprement d’autres prétendants au leadership aurésien. Là est la véritable explication de l’absence des dirigeants de la wilaya I des Aurès Nememcha. L’absence de la délégation extérieure fut l’autre grosse pomme de discorde entre Ben Bella et les dirigeants de la Soummam et tout particulièrement Abane Ramdane. A en croire Ben Bella, “ceux de l’extérieur ont attendu patiemment huit jours à Rome d’abord et quinze jours à Tripoli ensuite le signal promis par Hansen (pseudonyme d’Abane, NDLA) pour rentrer au pays”. Mais faut-il croire Ben Bella ? Avait-il réellement l’intention de rentrer en Algérie pour participer au 1er congrès du FLN ? Il est permis d’en douter. Voici pourquoi. Depuis le 1er décembre 1955 que Abane avait commencé à attirer l’attention des membres de la délégation extérieure sur le projet d’une réunion nationale des responsables FLN-ALN en prenant même soin de leur indiquer l’itinéraire à suivre.  Début janvier 1956, Abane informe de nouveau la délégation extérieure. Abane Ramdane revient longuement sur la réunion nationale prévue pour le mois d’août 1956, en se faisant  plus précis et plus pressant (lettre du 3 avril 1956, Mabrouk Belhocine, Courrier Alger le Caire) : “Nous avons décidé de tenir une réunion des principaux chefs de la résistance… chez Zighout dans le nord Constantinois. Y assisteront le responsable de l’Oranie…, Krim et Abane de l’Algérois, Zighout et son adjoint, Ben Boulaïd et son adjoint et deux éléments de l’extérieur… Zighout se porte garant de la sécurité des délégués une fois entrés dans sa zone. Dans cette réunion seront réglés tous les problèmes et nous dissiperons tous les malentendus… L’intérêt du pays exige cette réunion… Nous espérons que vous serez au rendez-vous ; sinon, nous prendrons seuls de grandes décisions et alors vous ne vous en prendrez qu'à vous-mêmes. Nous demandons au frère Khider de le rappeler par téléphone à tous les frères pour que chacun prenne ses responsabilités. Envoyez de préférence Ben Bella et Aït Ahmed ou Ben Bella et Khider.” La question est de savoir si les délégués extérieurs avaient réellement l’intention de rentrer en Algérie pour participer à la réunion de la Soummam. On peut en douter. Il faut rappeler, en effet, qu’aucun des dirigeants extérieurs, y compris Mohamed Boudiaf qui devait organiser une réunion de coordination en 1955, n’est rentré sur le territoire algérien depuis le 1er novembre 1954. L’argument de sécurité qu’on a trop souvent tendance à invoquer ne tient pas la route car Ben M’hidi, pourtant activement recherché, a réussi à franchir la frontière et à faire le trajet Alger-Oran en train sans encombre. De nombreux chefs militaires passeront également les frontières dans tous les sens même après la construction du barrage Morice-Challe.  La vérité est que les délégués extérieurs étaient surtout préoccupés par les questions diplomatiques comme le suggère le contenu de leur lettre du 15 août. Khider y dresse un bilan des activités diplomatiques très chargées des dirigeants du Caire qui “ont été tous absents les uns après les autres, ce qui explique le flottement et le retard de notre correspondance”.  Autre raison de croire que les délégués extérieurs étaient en réalité très éloignés des questions intérieures, cette déclaration de Hocine Aït Ahmed : “Personnellement, j’ignorais qu’un congrès s’était tenu à la Soummam… Khider et Ben Bella étaient eux au courant de la tenue d’un congrès. Mais nous n’avons pas eu le temps d’en parler.” A l’évidence, les responsables extérieurs, absorbés par le travail diplomatique, étaient à mille lieues des préoccupations “soummamiennes” de Abane et de ses camarades de l’intérieur. A l’exception de Ben Bella auquel les préparatifs de la Soummam semblent avoir donné des cauchemars, aux dires de son mentor égyptien Fathi Dib (Gamal Abdelnasser et la Révolution algérienne, L’Harmattan). A la vérité, Ben Bella n’avait pas l’intention de rentrer en Algérie. Sa décision était prise depuis que le Raïs égyptien a pris “l’affaire de la Soummam” en mains et que le Major Dib lui “a déconseillé de retourner en Algérie pour assister à cette réunion”.  Quant à l’autoproclamée “zone de Souk Ahras”, elle n’a effectivement pas été sollicitée pour participer au Congrès. Elle faisait, en effet, partie officiellement de la zone II, future wilaya II englobant tout le nord constantinois même si elle n’a pas démérité, Bouglez et ses amis ayant mis sur pied une remarquable organisation forte de plusieurs milliers d’hommes sur les hauteurs boisées d’El Tarf. Mais cette “zone” faisait officiellement partie de la zone future wilaya nord constantinoise. La faire siéger à la réunion aurait remis en cause le schéma directeur du 1er Novembre et  créé un dangereux précédent. Bien entendu toutes ces absences ont servi de prétexte pour certains qui ont mis à profit l’anarchie régnant en wilaya I pour dresser certains responsables aurésiens contre les décisions du Congrès de la Soummam. Certaines oppositions finiront hélas dans une tragédie fratricide qu’il est trop long de développer ici.   Propos recueillis parMohamed Mouloudj

 

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ABANE ET ZIGHOUD REVISITÉS EN CETTE JOURNÉE DU 20 AOÛT

Publié le 19/08/2009 à 09:48 par hogra

ABANE ET ZIGHOUD REVISITÉS EN CETTE JOURNÉE DU 20 AOÛT
Des moudjahidine s’en souviennent

 

C’est au village Timliouine que les dirigeants historiques de la Révolution se sont rencontrés.

Le maître d’oeuvre du Congrès de la Soummam, Abane Ramdane a été torturé pendant quarante jours par la police française et il n’a pas lâché un mot sur son supérieur hiérarchique politique à l’époque, Mustapha Ben Boulaïd, a révélé l’avocat Amar Bentoumi, ancien ministre de la Justice sous le gouvernement de Ben Bella. «La police française a même simulé une exécution à Hussein Dey au Caroubier. Ils ont préparé un peloton d’exécution. Il avait les nerfs d’acier. Il a tenu bon et n’a à aucun moment livré les secrets du parti le PPA/Mtld», a-t-il indiqué en préambule sur le parcours du héros de la Révolution lors du colloque organisé hier par l’association Mâachal Echahid au siège du quotidien El Moudjahid. Le colloque portait sur la journée du 20 août 1955, date de la grande offensive menée par le martyr Zighoud Youcef dans le Nord-Constantinois. Le conférencier reviendra sur la vie et les multiples péripéties vécues durant la période post-déclenchement de la révolution en 1954 par l’architecte du Congrès de la Soummam qui donna naissance à une organisation qui «dura jusqu’à la fin de la guerre», dixit le moudjahid Abdelhafid Amokrane. Il citera à titre d’exemple, son incarcération à Serkadji où il trouva une forme d’organisation carcérale des détenus laissée auparavant par Lahouel Hocine, Mhamed Yazid et Tahar Laâdjouzi. Selon Amar Bentoumi, Abane Ramdane ajouta une cérémonie le vendredi en exigeant la levée des couleurs ainsi que le chant patriotique pour les détenus algériens. Il faut dire que d’entrée de jeu, Abane Ramdane annonça la couleur. Au juge d’instruction qui lui demanda de se présenter il lui répondit qu’il était un «nationaliste». Ensuite, il a nié l’existence de l’OS (Organisation secrète) disant au juge que tout ceci est un «complot de la police française». Il fut condamné à 6 ans de prison. Il a fait simultanément Barberousse et Serkadji. Après trois mois de détention à Serkadji, il fut transféré à Constantine dans une prison militaire puis en France en Alsace. De là, il fut encore une fois transféré à Arles. Comme il était un lettré - il a eu son Bac maths - le directeur de la prison le nomma alors responsable de la bibliothèque. Il dévora tous les livres sur la révolution laissés par un ancien prisonnier irlandais. Libéré en 1955, il intégra les rangs du FLN à la Zone d’Alger alors commandée par Rabah Bitat et le colonel Ouamrane. Abane Ramdane a ouvert la porte à tous les militants qui étaient en marge de la société comme Ali la Pointe: «Avec Larbi Ben M’hidi il constituait les deux faces d’une même médaille. Ils s’entendaient à merveille. Les deux figures de la Révolution sont derrière le succès du Congrès de la Soummam». L’ancien ministre des Moudjahidine, Brahim Chibout se consacra, quant à lui, à la personne du colonel Zighoud Youcef, le chef historique de la Wilaya IV qui enclencha, en 1955, une vaste offensive contre l’armée française afin de desserrer l’étau qui commençait à étouffer considérablement les maquis.
Le chef militaire du Nord-Constantinois a d’abord été membre de l’OS par le biais de Mohamed Boudiaf qui l’intégra en 1947 en compagnie de sous-officiers algériens issus de l’armée française qui ont participé à la Seconde Guerre mondiale: «
Il n’était pas un militaire au sens professionnel du terme mais il a appris au contact de ses compagnons. Il a été également arrêté en 1953 à Constantine et transféré à Annaba. De là, il s’évada de prison en compagnie deSlimane Barkat et Benaouda. Ils allèrent aussitôt au Palais de justice et incendièrent les bureaux du juge d’instruction qui les condamna. Cet événement est passé inaperçu.» Il a commencé par constituer de petits groupes de moussebeline encadrés par 3 à 4 militaires comme dans l’OS. Neuf mois à peine ont suffi à Zighoud pour organiser et créer une petite armée constituée d’unités de réserve de la Révolution. Pour l’autre conférencier, le moudjahid Abdelhafid Amokrane, son thème a tourné autour des préparatifs du Congrès de la Soummam. L’orateur dira d’abord que le lieu prévu pour cette rencontre n’était autre que la Kalaât de Beni Abbès en raison de sa situation géographique.
Le FLN a dû changer le lieu et la date du congrès - il devait se tenir théoriquement en 1955 - parce que la France, qui a flairé quelque chose, a entrepris un vaste ratissage dans le djebel des Babors. La France a même complètement bombardé la Kalâat Beni Abbès. Selon Abdelhafid Amokrane, la date du 5 juillet 1956 fut choisie afin d’effacer la date du 5 juillet 1832, date du débarquement français à Sidi Fredj. L’opération «Espérance», déclenchée pendant trois jours de Bouira jusqu’à la Soummam par l’armée française, a dû, encore une fois, inciter les responsables à différer la date de la tenue du congrès. C’est finalement le colonel Amirouche qui proposa la vallée de la Soummam. Chaque wilaya avait délégué ses représentants. C’est au village Timliouine que les dirigeants historiques de la Révolution se sont rencontrés. C’est à Ifri-Ouzellaguene, un petit village niché sur une montagne qu’a eu lieu le congrès. Pendant 6 jours, les congressistes avaient séjourné successivement dans six villages à Ighbene, Ighil N’slil et Tizi. Chaque jour, les dirigeants changeaient de douar. Ben M’hidi fut choisi comme président de séance et Abane Ramdane comme secrétaire. Le colonel Krim Belkacem a refusé de diriger le congrès estimant que Ben M’hidi avait les capacités pour cette tâche.

Hocine ADRYEN

L’Emir Abdelkader en Kabylie (1838-1839)

Publié le 23/07/2009 à 10:22 par hogra
L’Emir Abdelkader en Kabylie (1838-1839)
L’Emir Abdelkader en Kabylie (1838-1839)

Préparé dès 1803 par Napoléon 1er pour contrôler la Méditerranée et damer ainsi le pion à l’Angleterre qui avait aussi des visées d’occupation des « pays barbaresques », le plan de débarquement des troupes françaises à Sidi Fredj, le 14 juin 1830, ne fut mis en œuvre par Charles X que près de trente ans plus tard.



Cette invasion n’avait certainement pas son origine dans un soi-disant « coup d’éventail » qu’aurait donné le dey Hussein au consul français Deval lors d’une entrevue au sujet d’un contentieux portant sur du blé vendu à la France par la Régence à l’époque de la Révolution. Les motifs étaient bel et bien de coloniser une riche contrée « non loin des côtes de France » et de dominer la Méditerranée face à l’hégémonie ambitieuse de l’Angleterre (1). Cependant, bien que la Régence ait été sérieusement affaiblie par le déclin de l’Empire ottoman, le débarquement d’une armée forte de plus de 35 000 hommes près d’Alger se heurta à la réaction vigoureuse des populations qui se mobilisèrent spontanément pour résister à l’invasion. Les tribus de la Mitidja et de la Kabylie se portèrent sur le champ de bataille pour renforcer les troupes du dey, notamment lors de la bataille de Staouéli.

Les populations paysannes venues renforcer le corps des Janissaires. Mal entraînés aux batailles frontales, armés de quelques vieux fusils, de yatagans et de flissas, sans entraînement militaire aucun, ils ne pouvaient faire face, malgré leur bravoure et leurs sacrifices, à une armée expérimentée, technologiquement plus avancée et maîtrisant parfaitement l’art de la guerre. L’armée du dey, ou son semblant, mal préparée pour résister à une des meilleures armées d’Europe, de surcroît mal commandée par un parent du dey décrit comme incompétent et timoré, dut céder en quelques jours, après un baroud d’honneur, ouvrant ainsi la voie à la reddition de la ville, de son dey ... et du trésor de la Régence, au général de Bourmont le 5 juillet 1830. La résistance populaire ne cessa point cependant. Ainsi, lors de l’expédition menée par l’armée d’occupation pour la prise d’Oran, les chefs de tribus mobilisèrent les populations pour résister à l’envahisseur. Le jeune et futur Emir Abdelkader, accompagnant au combat son père El Hadj Mahieddine, se serait distingué par son sang-froid et son audace lors de la défense de la ville (2) .

Devant l’ampleur de l’épreuve à laquelle il fallait faire face, El Hadj Mahieddine mesura le désarroi des populations et leur peine. Ainsi, quand les chefs des Hachem, des Béni Amer, des Garaba et des autres tribus offrirent à Hadj Mahieddine la lourde charge d’Emir pour mener la lutte contre les troupes d’occupation, il déclina cet honneur en raison de son âge et proposa son jeune fils pour diriger la résistance. Le 22 Novembre 1832, dans la plaine d’Eghris, Abdelkader fut élevé au rang de chef par toutes les tribus de la région. Le jeune Emir savait qu’il venait d’être investi d’une charge lourde de responsabilités. Sa première mission, la plus urgente et non des moindres, consistait à réaliser l’unité nationale afin de faire face à un adversaire puissant et bien armé. Il n’était point facile, en effet, de taire les dissensions entre tribus, les égoïsmes et les querelles qui déchiraient les populations, longtemps sous-administrées et livrées à elles-mêmes. Il devait vaincre les résistances de certains chefs de tribu dont les comportements féodaux et les compromissions leur faisaient rejeter toute tentative d’unité nationale et de résistance à l’occupant. L’Emir n’avait alors d’autre voie que le recours à la force - procédé qu’il n’appréciait guère pourtant- pour châtier les collaborateurs, fussent-ils puissants, comme ce fut le cas du caïd de Bethioua qui commerçait avec l’occupant en lui vendant des chevaux (3).

La réputation de sagesse et de justice du jeune Abdelkader, ses qualités de chef, dépasseront bientôt l’ouest du pays pour gagner toute l’Algérie. Ainsi, comme l’écrivit plus tard un officier français au sujet de l’Emir : « Si l’on avait contesté l’empire universel à l’élu de quelques tribus, on sentait peu à peu l’importance d’y laisser parvenir celui qui se montrait, à l’œuvre, digne en effet de commander sur tous. » (4). De fait, l’influence d’Abdelkader s’étendit très rapidement à tout le pays, et notamment en Kabylie, on l’on s’inquiétait vivement de la présence à Alger des troupes françaises. Les tribus de la région envoyèrent à l’Emir un messager en la personne d’El Hadj Ali Ould Sidi Saïd des Aït Khalfoun, pour solliciter son appui et lui faire part de leur désir de combattre sous son autorité.Abdelkader conféra le titre de khalifa à El Hadj Ali et le chargea de porter des messages aux chefs des tribus, notamment à celui des Flissa, El Hadj Ben Zamoum et à Belkacem Ou Kaci de la tribu des Amraoua, pour leur annoncer sa prochaine visite et leur demander d’apporter, en attendant, un appui effectif à son khalifa désigné. El Hadj Ali revint donc en Kabylie en 1837, escorté par une colonne de l’Emir composée d’une vingtaine de cavaliers (5).

Un an plus tard, El Hadj Ali retourna vers Abdelkader pour lui faire part des résultats de sa mission et lui signaler, notamment, le traitement qu’il a dû subir auprès de quelques tribus arrogantes des Koulouglis (métis issus de mariages mixtes entre autochtones et Turcs), établis à l’est de la Mitidja, qui refusèrent de reconnaître son autorité. Ce qui rendait ces tribus coupables aux yeux de l’Emir, c’était la collaboration ouverte qu’elles entretenaient avec l’occupant, bravant les ordres qu’il avait donnés de ne point commercer avec l’ennemi. L’attitude de défiance de leur caïd El Bayram, irrita Abdelkader au plus haut point. L’Emir se présenta donc en Kabylie avec une armée régulière de cavalerie et d’infanterie et installa son camp pour un temps à Bordj Bouira. Quand les tribus apprirent que l’Emir conduisait ses troupes en personne, toutes se présentèrent à lui pour accueillir l’homme dont l’aura avait gagné tout le pays. Dans sa magnanimité, il accorda le pardon aux tribus Koulouglis dissidentes afin de renforcer les rangs de la résistance et chargea ses lieutenants de ramener les fuyards en les assurant de son pardon (6). Les tribus kabyles allèrent à la rencontre de l’Emir, chargées de présents ; ainsi, les Amraoua lui offrirent 150 mulets chargés de figues, de raisin sec, d’huile et de cire pour les besoins de son armée. L’Emir proposa le commandement du Sebaou à Belkacem Oukaci chef des Amraoua. Ce dernier déclina avec respect cet honneur en indiquant à l’Emir que dans l’état de guerre qui sévissait, le premier rôle devait revenir, comme de tradition, aux chérifs ; il suggéra à l’Emir de conférer le titre de Khalifa à Si Ahmed Ben Salem qui appartenait à la noblesse et déclara qu’il se contenterait, pour sa part, du second rang. L’Emir, favorablement impressionné par l’humilité de Belkacem Oukaci, fit alors appeler Si Ahmed Ben Salem qu’il investit devant le public du titre de Khalifa en le revêtant d’un burnous et en faisant jouer la musique en son honneur (7).

Ahmed Ben Salem appartenait à la tribu des Béni Djaâd ; cette dernière était étroitement liée à la tribu des Béni Yala. Les Béni Djaâd étaient assez puissants en nombre et pouvaient réunir une armée forte de 2 600 fusils. Ahmed Ben Salem était alors âgé d’une quarantaine d’années. Sa force morale et sa piété étaient reconnues de tous selon les témoignages de l’époque ; les tolbas le citent comme un homme instruit, laborieux et plein de dignité dans ses manières ; les guerriers vantent sa prudence au conseil, sa bravoure dans le combat et son habilité à manier un cheval (8). Au nord des territoires des Béni Djaâd, se trouvait le vaste territoire montagneux des Flissa Oum El Lil sur lequel commandait la famille Ben Zamoum. D’après la légende, le qualificatif d’ « Oum El Lil » attaché aux Flissa, qui signifierait « enfants de la nuit », viendrait de combats nocturnes très audacieux qu’ils livraient aux Turcs, combats autour desquels ils leurs détruisirent plusieurs camps (9). Des l’annonce de l’arrivée de l’Emir en Kabylie, El Hadj Ben Zamoum se rendit à sa rencontre ; Abdelkader l’investit aussitôt du titre d’Agha des Flissa, des Maâtka, des Beni Khalfoun, des Nezlyoua, des Guechtoula, des Oulad Aziz et des autres tribus situées sur son territoire. Quant au commandement de Ben Salem, il fut complété par un remaniement opéré par l’Emir ; il détacha l’Aghalik des Béni Slimane du Beylik de Médéa et l’adjoignit au Sebaou puis ces dispositions prises, et après avoir prescrit l’établissement d’un poste a Bordj Sebaou, Abdelkader recommanda encore une fois aux différents aghas d’accorder aide et obéissance à son Khalifa Ben Salem, puis il retourna dans l’Ouest (10).

En 1839, Abdelkader visita une seconde fois la Kabylie accompagné de cent cavaliers. Ben Salem le rejoignit à Bordj Hamza où il campait, le conduisit dans sa famille à Bel Karoube et lui offrit l’hospitalité (11). C’est à l’occasion de cette deuxième visite que I’Emir, accompagné par son Khalifa, parcouru de long en large toute la Kabylie, se rendant à l’Est jusqu’à Béjaïa, et à l’Ouest, à Thenia, non loin d’Alger déjà occupée depuis le 5 juillet 1830. De Bel Karoube, Ben Salem accompagna Abdelkader à Bordj Boghni et à Sidi Ali Moussa. « Tous les habitants surent bientôt que l’Emir Abdelkader, le ‘’jeune sultan’’ qui avait fait aux chrétiens une guerre acharnée », était chez eux. La présence d’un tel homme dans leurs montagnes fit une vive sensation, et les Maâtka, les Guechtoula, les Béni Zemenzar, les Beni Abd El Moumen, les Beni Aïssi, et les Flissa vinrent le visiter .... La tente de l’Emir était pressée par les Zouaoua qui le regardaient avec des yeux éton-nés ; aucun d’eux toutefois n’osait y pénétrer ; les moins indiscrets, accroupis à l’entour, en relevaient les bords pour voir sans être vus ....(12). De Sidi Ali Moussa, l’Emir se rendit à Bordj Tizi Ouzou chez les Amraoua où il passa la nuit. Il partit ensuite pour Dellys, accompagné par Sid Abd er Rahman, lieutenant et parent de Ben Salem(13).

A Dellys, Abdelkader aurait fait remarquer à son compagnon que la place ne présentait aucune sécurité contre une éventuelle invasion des troupes d’occupation. Daumas rapporte l’anecdote suivante d’une conversation entre l’Emir et Sid Abd er Rahman (14) : « Comment pouvez-vous vous résoudre à habiter une ville du littoral ? Quant à moi, je n’y passerais pas une nuit sans me faire bien garder de crainte d’être surpris par les chrétiens. » Sid-Abder-Rahman répondit qu’il y restait sans inquiétude, parce que, aux dires des gens du pays, deux marabouts, Sidi Soussan et Sidi Abdelkader, protégeaient la ville contre les attaques des infidèles, l’un du côté de la terre, l’autre du côté de la mer.
- Etiez-vous présent, demanda l’Emir à Sid-Abd-er-Rahman, lorsque ces marabouts firent les promesses sur la foi desquelles vous dormez ?
- Non.

- Eh bien, négligez ces propos populaires, puisque rien ne peut s’opposer à la volonté divine. Prenez donc vos précautions. Nous ne devons avoir aucune confiance. La paix ne peut durer. L’Emir aurait ajouté : « Envoyez vos bagages à la montagne, et ne laissez ici que votre famille et votre cheval. » (15). Après son séjour à Dellys, Abdelkader alla visiter le marabout de Bou Berrak, situé dans le pays des Ouled-Si-Omar-el-Cherif ; il y déjeuna et alla passer la nuit à Haouch-el-Nahal, chez les Issers. Les chefs de ces tribus vinrent l’y trouver ; il les engagea à transporter tous leurs effets sur les points culminants, et surtout à ne pas laisser leurs grains dans la plaine, mais à les enfouir dans des silos sauvages. Il donna les mêmes conseils à toutes les tribus qui campaient dans les vallées. « Ne croyez pas, leur disait-il, à la continuation de la paix ; bientôt elle sera rompue. » (16) Lors de sa visite aux Issers, l’Emir se rendit au marabout de Bou-Mendass (Boumerdès ?), auprès d’EI-Djebil. C’était un pic élevé d’où il pouvait découvrir Alger. Il se fit donner sa longue vue et sonda la ville avec soin, s’informant de tous les points et recueillant des observations minutieuses sur le pays qui s’offrait à ses yeux(17).

L’Emir continuant son périple, se rendit chez les Béni Aïcha, fraction des Khechna. Il y fut bien reçu et force coups de fusils furent tirés en signe de réjouissance. Comme on pensait qu’il y passerait la nuit, on lui prépara la diffa (repas des invités de marque) mais à la tombée du jour il partit, et alla coucher à Bou-el-Ferad. Le lendemain, on le vit de bonne heure à Tamdiret chez les Flissa où se trouvait le camp de Ben Salem (18). Apres son séjour chez les Flissa où il aurait passé deux jours et deux nuits, il se rendit à Sidi Naâmane, chez les Amraoua. Les gens de l’Oued Neça (Oued Sebaou ?) vinrent lui offrir des présents considérables qui consistaient en figues, huile, cire et savon. Il manifesta ensuite l’intention de se rendre chez les Zouaoua et de pousser ensuite jusque sur les hauteurs de Béjaïa(19). Les chefs des Amraoua et des Flissa l’accompagnèrent à Tamda, près de Ras Oued-el-Neça. De là, il se rendit à Akbou, puis chez les Sidi-Yahya-bou-Hatem, au-dessus des Beni-Ourghlis, ensuite chez les Toudja, de là chez les Tamzalet, patrie de la famille des Ouled-ou-Rabah ; il se rendit ensuite chez les Beni-bou-Messaoud, enfin chez les Sidi Mohammed-ou-Maâmeur, sur la Soummam, en face de Béjaïa (20).

Pendant toute la durée de sa visite, l’Emir fut l’objet d’un accueil exceptionnel, fidèle en cela aux coutumes et traditions des peuples de la région. Daumas en donne encore le témoignage suivant : Pendant tout le trajet, Abdelkader fut bien traité ; plus d’une fois il eut à subir une très importune quoique très généreuse hospitalité. A peine arrivé au gîte, de nombreux Kabyles, tête nue et le bâton à la main, venaient lui présenter la diffa de leur pays, énormes plats en terre (djefena) remplis de couscous et parsemés de quelques morceaux de viande sèche et prièrent leur hôte de manger dans leur djefena ; pour ne pas faire de jaloux, Abdelkader fut ainsi forcé de toucher aux plats sans nombre dont il était entouré (21).

Après sa visite aux tribus de la Soummam, sur le chemin du retour, Abdelkader se rendit à Khelil-ou-Iguefes et dut coucher chez les Beni-Brahim. La, Ben Salem le quitta après avoir reçu ses instructions et s’en retourna chez lui avec le chef des Flissa, El Hadj Ben Zamoum. L’Emir arriva à Bordj el Bouira, en passant derrière les monts Djurdjura. Il parcourut en longueur et en largeur la plaine de Hamza, et disparut bientôt en s’enfonçant dans le Gharb (22). L’empreinte laissée par l’Emir dans l’esprit des populations de la région durant sa visite ne s’estompa qu’au fil des générations. A la qualité de l’accueil qui lui fut réservé, la dimension humaine, religieuse et militaire de son auguste personne fut reconnue de tous, comme en témoignent des écrits sur cette période héroïque de la résistance nationale. Son autorité fut obéie par l’ensemble des tribus durant ses années de lutte et jusqu’à sa reddition en 1847.

Tel fut l’accueil qu’Abdelkader, aux plus beaux jours de sa puissance, reçut dans les montagnes de Kabylie. Pendant ce court trajet, il avait su se faire apprécier des fiers et énergiques montagnards. La simplicité et la pureté de ses mœurs, son affabilité, sa piété, sa science, sa brillante réputation de guerrier, son éloquence de prédicateur, tout en lui saisissait. Aucun de ceux qui purent le voir et l’entendre n’échappèrent à cette influence. Des poètes en firent le sujet de leurs chants (23). Ainsi devait écrire à son sujet, non sans un sincère respect, le colonel Daumas, officier français, chef du Bureau arabe d’Alger, qui connaissait bien l’Emir pour l’avoir maintes fois combattu.

Rupture du traité de la Tafna et reprise de la guerre

Les multiples recommandations de l’Emir, lors de sa visite en Kabylie, le fait qu’il répéta à plusieurs reprises aux chefs de tribu que la guerre ne tarderait pas à reprendre, n’était point dues à une appréciation hasardeuse de la situation. C’est que tout indiquait à l’Emir que les Français ne cherchaient qu’à gagner du temps pour mieux se préparer à la reprise des hostilités. En effet, tout au long de la période qui suivit la signature du traité de la Tafna le 20 mai 1837, les autorités d’occupation attendaient de choisir le moment propice pour dénoncer l’accord de paix et continuer la conquête. En cela l’Emir n’était pas dupe ; il utilisa à bon escient les précieux moments de répit que lui laissait la trêve et s’employa au mieux à préparer les populations à une guerre qu’il savait dure, porteuse de deuils, contre un ennemi décidé à utiliser toute sa puissance. Le général Bugeaud, signataire du traité de paix avec Abdelkader, savait que le document était porteur des germes du désaccord et que la reprise des hostilités n’était qu’une question de temps.

Il aurait déclaré, dans une allocution qu’il prononça à Paris devant la Chambre en 1838 : « Beaucoup a été dit sur les imperfections du détail du traité. J’avoue franchement qu’il y en a certaines, mais je pense que leur importance a été exagérée. Il y a seulement une qui peut avoir des conséquences, c’est l’expression "aussi loin que l’oued Keddara et au-delà. » Ce mot veut dire aussi loin que la province de Constantine. Cette expression est certainement vague ; mais on doit se rappeler que j’étais pressé par le temps. Un vapeur m’attendait. Il était impératif de décider soit de continuer la guerre, soit de signer la paix (24). Les versions arabe et française du traité de la Tafna différaient sur l’interprétation des limites du territoire reconnu aux Français dans la province d’Alger. Le document français mentionnerait dans son article 2 que « la France déclarait posséder, dans la province d’Alger : Alger, le Sahel, la plaine de la Mitidja, s’étendant à l’Est aussi loin que l’oued Keddara et au-delà (25). En fait, le terme « au-delà » de la version française était transcrit « faouk » dans la version arabe, mot qui veut dire « au-dessus ». Ce litige a fait l’objet de discussions entre Abdelkader et le Maréchal Valée qui assumait, depuis le 30 novembe 1837, les fonctions de gouverneur général d’Alger. Le maréchal, ayant consulté Paris, on lui répondit : « Par les mots ’’oued Keddara, et au-delà’’, il faut comprendre tout le territoire dans la province d’Alger qui va au-delà de l’Oued Keddara jusqu’à la province de Constantine ... » (26).

Lors d’un de ses entretiens avec Valée, Abdelkader lui tint ces propos : « J’ai cédé le territoire jusqu’à l’oued Keddara à l’Est, et aussi loin que Blida incluse, vers le Sud. L’expression ’’aussi loin que l’oued Keddara’’ doit avoir un sens. Autrement pourquoi aurait-elle été insérée dans le traité ? Si elle signifie quelque chose, cela veut dire que vous êtes limités à l’Est comme à l’Ouest » (27). Quant au terme « au-delà », le mot arabe est "faouk" ; traduit comme vous le faites en ’au-delà’ ne signifie rien du tout. Faisons une expérience : prenez vingt arabes que vous choisirez vous-même et demandez leur le sens du mot « faouk ». S’ils vous répondent que le sens naturel de ce mot peut signifier, même en sous entendu, le même sens qu’ « au-delà » j’accepterais votre interprétation. Prenez alors tout le territoire entre l’oued Keddara et la province de Constantine. Mais au contraire, s’ils déclarent que le mot « faouk » que vous traduisez « au-delà » réellement et strictement veut dire « au-dessus », acceptez la proposition que je vous fais. Cette proposition est de vous donner comme limite vers l’Est, la crête des montagnes qui se dressent au-dessus de l’oued Keddara(28) .

Le maréchal déclina la proposition. Valée ne cherchait-il pas un prétexte ? Les intentions du gouvernement de Paris étaient déjà bien arrêtées. Dans une correspondance en date du 1er mars 1839, le ministre de la Guerre écrivit au maréchal Bugeaud en ces termes : Abdelkader est l’appui matériel et moral de toutes les résistances que nous rencontrons. Tant qu’il subsistera, il sera l’espoir de la nationalité arabe et nous verrons l’antipathie mahométane se perpétuer contre nous ; il faut donc lui faire une guerre patiente et opiniâtre ....(29). L’Emir avait besoin de faire durer la paix encore quelques temps pour parfaire l’organisation du pays à laquelle il s’était attelé. C’était à l’époque des discussions au sujet de la limite Est des possessions françaises, qu’Abdelkader visita la Kabylie. Il y installa une organisation militaire et avertit les populations de l’imminence de la reprise de la guerre. Il rallia à lui les tribus de la région de Constantine et plaça sous son autorité tout le territoire entre l’oued Keddara et Constantine. Valée savait que l’Emir était dans son droit. Comment alors contourner la difficulté ?

Il profita du passage à Alger d’un ambassadeur de l’Emir — Miloud Ben Arouch — de retour de France où il fut envoyé par l’Emir auprès de Louis Philippe pour expliquer au souverain sa position sur la question de l’interprétation du traité de la Tafna. Le maréchal Valée fit pression sur Ben Arouch pour lui faire apposer son sceau sur une version amendée du Traité. Ben Arouch déclara qu’il n’était ·pas autorisé par l’Emir à négocier. Sous les pressions, il finit par céder et donna son aval personnel au document de Valée. Il déclara cependant au maréchal que son point de vue n’engageait pas l’Emir. Abdelkader se trouvait à Takdempt le 10 janvier 1839. C’est là qu’il apprit de Ben Arouch ce qui s’était passé à Alger. Abasourdi par ce qu’il venait d’entendre et hors de lui, il déclara en colère : « Jamais ! Jamais je ne ratifierais une convention qui donnerait à la France une terre qui servirait de voie de communication entre Constantine et Alger et perdrait ainsi tous les avantages de la situation qui les circonscrit dans une zone limitée par la mer, la Chiffa, et les sommets de l’Atlas au dessus de l’oued Keddara » (30).

L’Emir, avec patience, devait, dès lors faire face à toutes les provocations. Ses agents, installés dans les places occupées par l’armée française au terme d’un accord, furent ignorés ou humiliés. Les populations qui voulaient le rejoindre pour y vivre sous son administration furent rudement traitées et détenues à l’intérieur des lignes françaises. Un charron qui travaillait pour l’Emir à Alger fut chassé par l’armée d’occupation. Un autre, représentant d’Abdelkader, un Français qui s’occupait de l’importation d’équipements industriels pour le compte de l’Emir, fut arrêté, jeté en prison et renvoyé en France (31). Les plaintes d’Abdelkader auprès des autorités françaises au sujet de toutes ces brimades reçurent une suite porteuse des intentions du gouvernement de Paris : il fut en effet répondu à l’Emir que le maréchal Valée était investi d’une autorité illimitée et pouvait faire ce que bon lui semblait (32). Même le consul de l’Emir auprès du Gouverneur général à Alger, un Italien du nom de Garavini, ne fut point épargné. Garavini était également agent consulaire à Alger pour les Etats-Unis d’Amérique. Il faut souligner à ce propos qu’à l’époque, il était courant que les représentants accrédités auprès de puissances étrangères cumulent plusieurs charges ; ils n’étaient pas forcément citoyens du pays dont ils représentaient les intérêts. En cela donc le choix se conformait aux pratiques du moment et n’avait rien de particulier. Garavini se vit décharger de sa mission par le maréchal Valée sans qu’au préalable Abdelkader eut été informé. Il s’agissait là d’un cas de violation flagrante de la souveraineté de l’Emir contre laquelle il protesta avec énergie, mais en vain.

Valée, voulant obtenir la ratification par l’Emir de l’accord arraché à Miloud Ben Arouch, envoya le commandant De Salles en février 1839 voir Abdelkader dans son quartier général à Miliana. Le maréchal était convaincu qu’il pouvait arriver à rallier l’Emir à l’interprétation française du traité de la Tafna. Abdelkader avait réuni, à l’occasion de la visite du commandant De Salles, tous ses khalifas et les fit assister à l’entrevue. Pour convaincre De Salles que sa position était celle de tous ses lieutenants, il demanda au conseil de décider, en sa présence, de la suite à donner à la démarche de l’envoyé du maréchal Valée. La réponse fut unanime : il n’était pas question de céder sur l’interprétation du traité dans sa version arabe ; tous les khalifas exprimèrent leur volonté, au besoin, de reprendre les armes plutôt que de céder sur ce point (33). De Salles rendit compte des résultats de sa mission à son chef. Abdelkader écrivit à Louis Philippe pour l’informer de la situation ; mais dans le même temps, il y eut changement de gouvernement en France. Il n’y avait pas d’espoir donc d’attendre une quelconque réponse dans le climat politique trouble qui sévissait alors à Paris.

Quelque temps plus tard, le duc d’Orléans arriva en Algérie. Il prit part à l’expédition dite des « Portes de Fer » dont le but était une démonstration de force, une façon claire de signifier à l’Emir que les Français passaient outre au contenu de l’accord de la Tafna. Cette expédition avait été préparée de longue date. Elle devait joindre Mila à Alger. Le maréchal Valée, accompagné du duc d’Orléans, partit de Mila le 18 Octobre 1839 en direction de Sétif avec une colonne forte de 5 000 hommes. Dans le même temps, il créa une diversion en envoyant un contingent qui fit semblant de marcher sur Béjaïa. Les populations se précipitèrent pour assurer la protection de la ville, mais sa mission accomplie, le contingent rebroussa chemin et rejoignit la colonne principale commandée par le duc d’Orléans et le maréchal Valée. Celle-ci arriva à Sétif le 21 octobre.

Valée, pour tromper les chefs de tribu des contrées qu’il traversa, avait fabriqué un sceau au nom de l’Emir dont il revêtit des sauf-conduits également faux, affirmant ainsi, à ceux qui l’interrogeaient, que son expédition avait reçu l’aval d’Abdelkader. La lenteur des communications à l’époque et la difficulté de rentrer en contact avec l’Emir, qui était alors quelque part dans l’ouest du pays, explique la réaction tardive de son khalifa à la violation du traité par le maréchal Valée (34). Le duc d’Orléans, Valée et son armée traversèrent ainsi tranquillement le territoire des Beni-Mansour et, le 31 octobre, atteignirent le col de Ben Heni. Ben Salem, khalifa de l’Emir en Kabylie, entre temps averti de l’approche de la colonne et pris au dépourvu, ne pouvait organiser une attaque d’envergure. Tout au moins fit-il tirer une salve d’honneur contre les troupes de Valée, partagé qu’il était entre le doute quant à l’authenticité de l’accord qu’aurait donné l’Emir, et son devoir qui lui commandait de barrer le passage. L’événement fut relaté ainsi : Le khalifa lança, chez toutes les tribus voisines, l’ordre d’attaquer... Des Khachna, des Beni Khalfoun vinrent tirer quelques coups de fusil aux environs du pont de Ben-Hini.

Ben Salem envoya en même temps un message à l’Emir pour l’informer de la violation du territoire et attendit la réponse (35). Abdelkader, informé, ne tarda pas à réagir : En quarante huit heures, chevauchant jour et nuit, l’Emir atteignit Médéa ; le 4 Novembre il envoya le message suivant au maréchal Valée : « Nous étions en paix et les limites entre votre territoire et le mien étaient clairement définies, quand le fils du roi (duc d’Orléans) décida de se rendre de Constantine à Alger ; et cela a été fait sans me demander le moindre accord, sans même expliquer les raisons d’une telle violation de territoire. a rupture est de votre fait. Pour que vous n’ayez pas à m’accuser de trahison, je vous avertis que je me prépare à reprendre la guerre. Préparez-vous également. Avertissez vos voyageurs, vos garnisons, vos postes, en un mot, prenez les précautions que vous jugeriez nécessaires(36).

Il donna des instructions à tous ses khalifas pour les informer de la reprise des combats. Au khalifa de la Kabylie, Ben Salem, il écrivit en ces termes : « La rupture vient des chrétiens. Votre ennemi est devant vous, retroussez comme il faut vos vêtements, et préparez-vous au combat. De toutes parts le signal de la guerre est donné ; vous êtes l’homme de ces contrées. Je vous ai placé là pour en fermer les issues. » « Gardez-vous de vous laisser troubler ; serrez votre ceinture et soyez prêts à tout. Grandissez-vous à la hauteur des événements, apprenez surtout la patience et la persévérance et que les vicissitudes humaines vous trouvent impassible. Ce sont des épreuves : Dieu les envoie ; elles sont attachées au destin de tout bon musulman qui s’engage à mourir pour sa foi et couronnera notre part de la victoire, s’il plaît à Dieu. Salutations de Abdelkader Ibn Mahieddine » (37). La trêve venait d’être rompue. La guerre durera encore huit ans. Elle ne prendra fin qu’en 1847.

Bibliographie

- (1) - Daumas, R., Faber, M., La Grande Kabylie - Etudes Historiques. Paris : L. Hachette et Cie, 1847. p.155.
- (2) - Ibid, p. 157
- (3) - Ibid, p. 160
- (4) - Ibid, p. 1"60 /
- (5) - Ibid, p. 167
- (6) - Churchill, C.H. Life of Abd-el-Kader. London : Chapman and Hall, 1867. p. 158
- (7) - Daumas, p. 180
- (8) - Ibid., p. 143
- (9) - Ibid., p. 145
- (10) - Ibid., p. 182
- (11) - Ibid., p. 191
- (12) - Ibid., p. 191
- (13) - Ibid., p. 197
- (14) - Ibid. p. 198
- (15) - Ibid., p. 199
- (16) - Ibid., p. 199
- (17) - Ibid., p. 200
- (18) - Ibid., p. 201
- (19) - Ibid., p. 202
- (20) - Ibid., p. 203
- (21) - Ibid., p. 205
- (22) - Daumas, p. 206 (23) - Churchill, p. 152 (24) - Ibid., p. 154
- (25) - Ibid., p. 155
- (26) - Ibid., p. 156. A ce sujet, une autre version est donnée par Mohamed Cherif Sahli dans son ouvrage ’Abdelkader le Chevalier de la Foi’. Il se réfère a l’interprétation du professeur Emerit donnée dans ’l’Algerie à l’époque d’Abdelkader’. D’après M. Sahli, ’le Pro Emerit a tranche définitivement la question, en démontrant qu’une seule interprétation était possible et recevable : celle d’Abdelkader ’jusqu’a l’oued Keddara et au-delà’ signifiait : jusqu’a l’oued Keddara sur la totalité de son cours. Cette précision était nécessaire, parce que l’oued portait plus spécialement le nom de Keddara sur une partie de son cours’ (p.79). Churchill affirme détenir ses informations de source sure et les avoir vérifiées auprès d’Abdelkader lors de son séjour a Damas. Il écrit en préface de son livre, je cite : ’Sorne French works assisted me in my course of inquiry, such as ’Annales Algériennes’ by M. Pélissier de Reynaud ; ’Histoire de la Conquête d’Alger’ by M. Alfred Nettement, and others of less note. At a later period, 1 also profited by a publication more exclusively devoted to my subject, entitled ’Abdel Kader, sa vie Politique et Militaire’, by M. Bellemare. Abdelkader was most ample in his remarks and commentaries on theses authors. He thus supplied me with many useful rectifications, as weil as a vast amount of valuable and important original information from himself .... . (Préface, xi).
- (27) - Ibid., p. 157.
- (28) - Tamimi, A. Recherches et Documents d’Histoire Maghrébine (1816-1871) Tunis : Revue d’Histoire Maghrébine, Vol 3, 1980. p. 28.
- (29) - Churchill, p. 162
- (30) - Ibid., p. 162
- (31) - Ibid., p. 166
- (32) - Ibid., p. 169
- (33) - Ibid., p. 182
- (34) - Damas, p. 210
- (35) - Churchill, p. 183
- (36) - Damas, p. 184
- (37) - Churchill, C. H., Life of Abdelkader. London : Chapman and Hall 1867.

Mai 2008



Par Dr. Mohamed Salem

Chronologie des événements de 1830 à 1962

Publié le 05/07/2009 à 10:26 par hogra
Chronologie des événements de 1830 à 1962

- 05 juillet 1830 : Prise d'Alger et conquête de l'Algérie par la France.
- 1835-1872 : Insurrection de Mokrani
- 1900 : Naissance du Mouvement «Jeune Algérien» droits et devoirs pour les Algériens. Ce mouvement activera jusqu'à 1830. Conjoncture oblige.
- 1914 : Incorporation des Algériens dans le corps militaire français. C'était la Première Guerre mondiale (1914/1918). Incorporation de 173.000 militaires (engagés et autres).
- 1916 : Troubles et insurrection dans les Aurès.
- 1920 : Appel vers l'école française sur décret datant de 1883 et 1892.
- 1920-1922 : Accords pour le rétablissement des lois sur l'indigénat.
- 1926 : Fondation de l'ENA (Etoile nord-africaine), à Paris, Messali El-Hadj était son leader.
- 1927 : Fondation de la Fédération des élus indigènes. (Ferhat Abbas et Ben Djelloul).
- 1930 : Un siècle d'occupation
- 1931 : Fondation de l'Association des ulémas musulmans (réformistes). Ben Badis était le leader de cette Association.
- 1936 : Premier congrès musulman à Alger.
- 1937 : Naissance du Parti du peuple algérien (PPA). Le PPA remplace désormais l'ENA.
- 1939 : Seconde Guerre mondiale.
Appel à l'incorporation des Algériens dans l'armée française.

- «Manifeste du peuple algérien» par Ferhat Abbas. Le 14 mars 1944, naissance de l'Association des Amis du manifeste et de la liberté.
- 08 Mai 1945 : Manifestations à Sétif, Guelma et Kherrata.
Répression brutale. Plus de 45.000 morts. C'était le premier crime contre l'humanité. Un crime signé par l'Etat français.

- 1946 : Union démocratique du Manifeste algérien (UDMA). Ferhat Abbas était son président.
- 1947 : Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) succédant au PPA.
- 1948 : Au Caire, création du Comité de libération du Maghreb.
Pendant la même année, on découvre l'Os (Organisation Spéciale). Ses principaux cadres clandestins étaient : Ben Bella, Aït Ahmed, Boudiaf et Boussouf. Ces derniers préparaient une insurrection armée.

- 1949 : Crise berbériste, appelée par certains «crise anti-berbériste».
- 1950 : Démantèlement de l'OS.
Celle-ci se reconstituera plus tard.

- 1953 : Création du Comité révolutionnaire d'unité et d'action (CRUA).
Mise sur pied d'une Armée dite de Libération nationale (ALN) et d'un plan d'action.

- Le 31 octobre 1953 : Veille du déclenchement de la Guerre de Libération.
- Le 1er Novembre 1954 : Déclenchement de la Guerre de Libération au nom du Front de Libération Nationale (FLN).
- 20 août 1955 : Un événement décisif dans le processus de libération. La wilaya du Nord-Constantinois déclenchait une attaque sur 36 centres de colons.
- Août 1956 : Congres,-du FLN, dit Congrès de la, Soummam (Kabylie).
Puis formation du Conseil national de la révolution algérienne (CNRA).
Grève illimitée des étudiants le 19 mai 1956.

1957 : Amplification des affrontements. Exécution de Ben M'hidi.
- 1958 : Bombardement du village Sakiet Sidi Youcef en Tunisie.
De là, tentative d'internationalisation du problème algérien.

- 1961 : Apparition de l'OAS (Organisation armée secrète).
- 17 octobre 1961 : La communauté algérienne émigrée en France manifeste son engagement dans la lutte de Libération nationale. De grandes manifestations eurent lieu suivies d'une sanglante répression.
C'était le deuxième crime contre l'humanité signé par la France.

- 18 mars 1962 : Conférence d'Evian qui aboutit à la signature desdits accords d'Evian.
- 3 juillet 1962 : Proclamation de l'Indépendance.
- Le 05 juillet 1962 : Fête officielle.
L'Algérie est indépendante.

- 20 septembre 1962 : Election de l'Assemblée nationale.

RETOUR SUR LA CRISE DE L’ÉTÉ 1962 L’indépendance au forceps

Publié le 05/07/2009 à 00:14 par hogra

RETOUR SUR LA CRISE DE L’ÉTÉ 1962
L’indépendance au forceps


Le peuple, lui, a fait la fête

L’Exécutif provisoire avait pour mission de gérer une période intérimaire jusqu’à la mise en place des nouvelles instances dirigeantes de l’Etat algérien.

Le point de départ: le postulat selon lequel l’Algérie n’a pas de tradition étatique au sortir de 130 ans de colonialisme et, devrait-on ajouter, de trois siècles de domination ottomane aussi tragique que stérile. Jean Leca et J.Cl Vatin ont soutenu que «si l’Algérie manque de tradition, elle n’en a pas moins un héritage étatique, à vrai dire double; celui de l’administration coloniale et celui du Gpra». On verra dans les lignes qui suivent qu’il n’en a rien été. Hériter d’une administration ne signifie pas hériter d’un Etat, sauf dans une conception fort peu exigeante de la notion d’Etat ou dans une vision instrumentale de l’Etat lui-même. C’est probablement l’illusion que véhiculaient des hommes comme F Abbès, A. Francis, L.Debaghine. Le Gpra n’a, à proprement parler, laissé aucune tradition étatique. Sa création, son fonctionnement, ses compromis, ses dissensions internes, les ambiguïtés qu’il a cultivées autant que celles qu’il a eu à gérer, à son corps défendant, par-delà la sincérité irréprochable de nombre de ses membres (dont surtout S. Dahlab et L. Debaghine), faisaient que le Gpra ne pouvait prétendre au rôle de premier jalon dans la construction de l’Etat algérien. Encore moins avait-il été capable de réunir sous sa bannière les forces centrifuges que déjà la Déclaration du Général de Gaulle sur l’autodétermination des populations algériennes le 16 septembre 1959 avait libérées.
L’adoption de la Plate-forme de Tripoli en juin 1962 n’est en réalité qu’un écran de fumée. Elle vise à masquer les profondes divergences qui minent les appareils composant le large spectre du FLN. Le projet de société pour l’Algérie indépendante ne fait paradoxalement pas débat. Sur les grandes orientations économiques, sociales, culturelles ou de politique étrangère, les dirigeants du FLN sont en pleine communion. En revanche, sur la cooptation des hommes qui seront chargés de les mettre en oeuvre, les désaccords sont irréductibles.
Le FLN n’est plus, comme l’avait vainement désiré Abane au Congrès de la Soummam d’août 1956, le réceptacle des contradictions qui se sont toujours exprimées au sein du Mouvement national mais que l’âpreté du combat contre le colonialisme et l’incertitude quant à son issue avaient pu contenir tant bien que mal des années durant. Le FLN était devenu un simple étendard. Hélas,- mais ainsi est souvent l’histoire des révolutions-, ne pourront le lever pour se relégitimer auprès des populations que ceux qui seront au préalable sortis vainqueurs des affrontements fratricides à venir. C’est, du reste, en ayant pleinement conscience de la mutation historique qui se produisait quasiment à l’insu des protagonistes de l’été 1962 que M.Boudiaf soutenait que le FLN avait achevé sa mission le jour de l’indépendance de l’Algérie et qu’il n’avait plus vocation, tout au moins en tant que parti unique, à gérer la période postcoloniale. La vision de M.Boudiaf était implicitement partagée par les différentes factions se réclamant du FLN historique. Sans doute avait-il paru délicat à certains responsables d’enterrer la symbolique que charriait la dénomination même du «FLN» et sans doute celle-ci continuait-elle de sacraliser les immenses sacrifices consentis par les Algériens pour leur libération. Mais d’une façon générale, le dissensus au sommet du parti était trop profond, fruit d’une accumulation de crises internes antérieures à l’indépendance et même au déclenchement du 1er Novembre 1954, pour qu’il fût possible aux différents clans de tomber d’accord pour désigner en leur sein ceux qui seraient appelés à diriger l’Algérie indépendante au nom du FLN.
C’est à cette période que commence le crépuscule du FLN en tant qu’agent de transformation de la société mais non pas comme gardien du Temple qu’il restera longtemps après l’indépendance et postérieurement à l’adoption de la Constitution du 23 février 1989 instituant le multipartisme. A cet égard, rien ne paraît plus inexact que la thèse suivant laquelle H.Boumediene aurait mis de côté le FLN pour consolider l’Etat, alors que son successeur immédiat aurait oeuvré à sa réhabilitation. La mise à l’écart progressive du FLN, en tant qu’instrument du changement social, s’entend, apparaît à l’examen comme un phénomène historiquement objectif, la relève de l’Etat colonial créant par elle-même une dynamique propre qui ne pouvait que repousser aux marges l’institution qui avait servi à rassembler les Algériens, par-delà leurs différences d’opinion, de pensée, de condition sociale et intellectuelle, pendant toute la durée de la guerre de Libération nationale. Certes, le FLN continuait d’incarner la légitimité historique, la seule en mesure de contractualiser la relation gouvernants/gouvernés, en l’absence d’un système de représentation pluraliste (qu’appelait de ses voeux M. Boudiaf). Mais il avait échoué à unifier ses rangs (quel clan pouvait parler au nom du FLN sans risquer d’être immédiatement désavoué par les autres?).

Les conflits de légitimité
A l’été 1962, toutes les coalitions invoquent la légitimité historique mais chacune prétend que la sienne est supérieure aux autres. Il y a bien sûr le Gpra qui a négocié les Accords d’Evian censés mettre en place les linéaments de l’Etat algérien. Il y a les chefs des wilayate de l’intérieur qui se sont battus jusqu’à la dernière minute mais avec le sentiment d’avoir été abandonnés par le Gpra. Il y a les membres de la délégation extérieure qui s’attribuent les mérites de l’internationalisation réussie de la question algérienne. Il y a l’EMG conduit par le colonel Boumediene qui met en avant quatre arguments pour revendiquer une part du leadership:la légitimité de l’EMG (émanation du Cnra), l’abus de pouvoir caractérisé du Gpra, le danger que fait planer sur l’avenir du pays la persistance des conflits entre clans et enfin l’organisation à nulle autre pareille, de l’armée des frontières, formée dans la perspective de l’indépendance et qui est la seule institution immune de tout relent de régionalisme, de tribalisme ou de clanisme, donc la plus apte à assumer la gestion de la période post coloniale. Dans ce salmigondis, quelle force pouvait prétendre être plus légitime que les autres? Les chefs militaires de wilayate? Mais ils ne constituaient pas une force politique homogène et ne partageaient pratiquement aucune conviction politique commune sur quelque sujet que ce soit. Il s’agissait d’un rassemblement hétéroclite, qui plus est fugace, de valeureux chefs de guerre qui finiront par se rallier, chacun de son côté, aux principales factions en présence. Le Gpra? Il ne pouvait se recommander d’aucune autorité légale, dès lors que le Cnra lui avait refusé sa caution à Tripoli en juin 1962, à l’issue de débats houleux. Ce faisant, le Gpra n’avait aucun titre à dégrader le Colonel H. Boumediene et ses adjoints, les commandants Ahmed Kaïd et Ali Mendjli. Seul le Cnra était habilité à le faire. Mais celui-ci en état d’implosion, n’en avait ni la volonté ni les moyens. L’EMG représentait désormais une force incontournable (Cf notre article in L’Expression du 19 juin 2009). Les dirigeants du Gpra affectaient de croire que leur mission pouvait aller au-delà de l’indépendance de l’Algérie, ce en quoi ils se méprenaient complètement. Le Gpra avait constitué un outil par lequel le FLN historique décidait d’internationaliser la question algérienne, à partir de 1958. Le Gpra avait, dès lors reçu mandat de négocier avec les représentants du général de Gaulle les modalités pratiques d’une indépendance dont l’issue faisait de moins en moins de doute depuis septembre 1959, quelqu’aient été les palinodies et les atermoiements du Général quant au choix du meilleur interlocuteur algérien (Gpra, prisonniers d’Aulnoy, chefs des wilayate de l’intérieur, troisième force; celle-ci se révélant rapidement une illusion). Si Benyoucef Benkhedda avait parfaitement le droit de revendiquer un rôle de premier plan dans l’Algérie indépendante, il ne pouvait le faire es qualités de président du Gpra, seul moyen par lequel il pouvait espérer délégitimer Ahmed Ben Bella, l’EMG et son prédécesseur F. Abbès.

L’Armée des frontières
L’Armée des frontières? Tout a été dit ou presque sur l’Armée des frontières. Des thèses passablement fallacieuses ont circulé sur les conditions d’émergence de l’EMG pendant la guerre de Libération nationale, son rôle politique ascendant et surtout les ambitions de son chef, le colonel H.Boumediene. Slimane Cheikh (in L’Algérie en armes ou le temps des certitudes) crédite l’EMG du leadership instrumental et du leadership expressif par rapport aux autres institutions de la Révolution qui en étaient dépourvus. Mais cela n’était pas suffisant pour concourir avec succès à l’épreuve de la légitimité. En réalité, l’EMG avait une légitimité postrévolutionnaire, en ce sens qu’elle était organisée, outillée et constituée d’hommes (dont un grand nombre de lettrés et de titulaires de Bac+) déjà engagés dans la construction de l’Algérie indépendante. La quasi-totalité d’entre eux étaient indifférents aux luttes de pouvoir et renvoyaient dos à dos, comme le fit du reste la population algérienne en masse, les protagonistes du conflit de l’été 1962. H.Boumediene avait préparé les jeunes de l’EMG, depuis son PC de Ghardimaou, à bâtir une Algérie complètement dégagée des stigmates du wilayisme, du fédéralisme, du zaïmisme et de l’esprit de çoff (de tribu ou de clan) qui avaient par trop caractérisé les antagonismes entre les leaders autoproclamés, y compris alors que l’indépendance de l’Algérie restait à conquérir. C’est le lieu de revenir à l’histoire, telle qu’elle s’est déroulée et non telle qu’elle est parfois interprétée. L’historiographie universitaire dominante fait grief au colonel BOUMEDIENE d’avoir recherché, comme paravent, pour s’abriter derrière lui, un «historique», dans une perspective de légitimation que le chef de l’EMG ressentait comme nécessaire pour s’imposer aux autres factions. Ce paravent, c’était A.Benbella, choisi en raison des défauts attribués à sa personnalité: fantasque, imprévisible, erratique, manipulable et par voie de conséquence potentiellement éjectable, le moment venu. Cette thèse n’est pas sans réplique. Sans doute, le colonel Boumediene était-il conscient que sa légitimité historique n’était pas incontestable comparée à celle des chefs qui prirent le maquis dès 1947 ou celle de ceux qui avaient préparé dans la clandestinité l’insurrection armée du 1er Novembre 1954. Pour autant, il avait choisi M.Boudiaf pour mettre à sa disposition, l’indépendance venue, l’EMG, tout au moins dans une première phase, tant il est vrai qu’il n’avait jamais préjugé de l’évolution des rapports entre les hommes, comme le prouve à satiété sa longue hésitation avant de déclencher le «coup d’Etat» du 19 juin 1965. Affirmer ou laisser entendre que la montée en puissance de l’EMG, à partir de 1961 portait le coup d’Etat contre le Gpra d’abord, contre A. Ben Bella ensuite, comme la nuée dormante porte l’orage, est une manière de révisionnisme de l’histoire qui fait bon marché de l’incertitude politique dans laquelle se trouvaient tous les protagonistes de l’été 1962. Mais M.Boudiaf refusera net les sollicitations de H. Boumediene transmises par le Commandant Si Abdelkader el Mali (l’actuel président de la République), alors qu’il se trouvait en détention au château d’Aulnoy avec H.Aït Ahmed, A.Ben Bella, M.Khider et R. Bitat. C’est le 22 juillet 1962 qu’est proclamé à Tlemcen le BP du FLN auquel essayeront de faire contrepoids B.Krim, M.Boudiaf et H. Aït Ahmed, en installant le «Comité de défense et de liaison de la Révolution» à Tizi Ouzou. Bien qu’une trêve fut finalement signée le 2 août entre les deux groupes, scellant ainsi l’entrée de Boudiaf dans le BP, des affrontements sanglants éclateront entre le 30 août et le 6 septembre opposant des djounouds des Wilatate 3 et 4 à ceux de l’EMG soutenu par les wilayate 1, 5 et 6. Il y eut des centaines de victimes, sous les yeux réprobateurs d’une population algérienne qui avait ovationné tous les chefs de la Révolution dans la même ferveur le 3 juillet et qui fit taire finalement les armes en scandant désespérément «sebâa snin barakat».
La polarisation de la crise de l’été 1962 autour de l’EMG, du Gpra et des chefs des wilataye ferait presque oublier la création par les Accords d’Évian, signés le 18 mars 1962, d’une institution dénommée «L’Exécutif provisoire» constitué d’Algériens et de Français et présidé par un ancien de la Fédération des élus musulmans, A. Farès. Installé en avril 1962, à Rocher Noir, l’Exécutif provisoire avait pour mission de gérer une période intérimaire jusqu’à la mise en place des nouvelles instances dirigeantes de l’Etat algérien, notamment une Assemblée nationale constituante (qui sera finalement élue le 20 septembre). Mais très vite, il est apparu que l’Exécutif provisoire ne serait pas en mesure de remplir son office pour les raisons suivantes: (a) la politique de la terre brûlée pratiquée par l’OAS qui a provoqué l’exode massif des Français d’Algérie, ce qui vidait de leur substance toutes des dispositions des Accords d’Evian relatives à la protection des Européens, tout en privant l’Algérie de compétences indispensables pour la mise en place du nouvel Etat; (b) l’éclatement du FLN avec comme conséquence logique l’impossibilité pour l’Exécutif provisoire de travailler de concert avec une direction politique devenue fantomatique; (c) l’incapacité absolue pour l’Exécutif provisoire de mobiliser la force locale prévue par les Accords d’Evian(un maximum de 60.000 hommes) dans la mesure où celle-ci ne disposait pas d’autonomie opérationnelle. Cahin caha, l’Exécutif provisoire s’efforce de faire progresser un certain nombre de dossiers avant de transmettre le flambeau à l’Assemblée constituante qui investira A.Ben Bella comme président du Conseil le 29 septembre. Un éminent journaliste historique Boukhelfa AMAZIT a écrit que la crise de l’été 1962 avait été la «2e mort» du Congrès de la Soummam (El Watan, 8 juillet 2004). En réalité, le Congrès de la Soummam n’est mort qu’une seule fois, lorsque Abane échoua à lutter contre le polycentrisme du FLN et la tendance au fédéralisme des wilayate en imposant une conception jacobine, autoritaire et oecuménique du Mouvement national, cependant que s’instaurait peu à peu, de son vivant, un système policier parallèle (implacable, tragique, nocturne) conduit par A. Boussouf. L’absence de toute tradition démocratique au FLN, alimentée par les contraintes obligées de la clandestinité, la permanence des forces centrifuges (en l’absence d’un leader incontesté), la rudesse du combat contre le colonialisme (le choix de la libération par les armes postulait que le FLN/ALN aurait les moyens d’affronter l’armée coloniale, la quatrième du monde, ce qui ne sera finalement pas le cas); toutes ces défaillances conféraient au Mouvement national un caractère fragmenté et composite que l’approche de l’indépendance exacerberait fatalement. Il faut se réjouir que la crise de l’été 1962 n’ait pas été plus grave et n’ait pas débouché sur une guerre civile (la congolisation de l’Algérie était explicitement redoutée). Finalement, la recomposition du champ politique s’effectuera sous la houlette de l’institution la plus homogène, la plus cohérente, la mieux soudée et la plus en phase avec les exigences de l’indépendance, à savoir l’EMG, dont le chef ambitionnait pour l’Algérie un destin peu commun. Quelque bilan que l’on veuille en dresser, la volonté du colonel Boumediene était de faire de l’Algérie une nation puissante, moderne et solidaire, c’est-à-dire réconciliée avec elle-même.

(*) Professeur d’Université

Ali MEBROUKINE (*)



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