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Union pour la Méditerranée

Israël à la conquête de l'Afrique

Publié le 11/09/2009 à 16:44 par hogra
Israël à la conquête de l'Afrique

par Notre Bureau De Bruxelles: M'hammedi Bouzina Med

Israël déploie tout son charme aux Africains pour acquérir leur soutien diplomatique au sein des instances internationales. Son ministre des Affaires étrangères, Advigor Lieberman, vient de clôturer une visite en Ethiopie, au Kenya, au Ghana, au Niger et en Ouganda pour bien des objectifs stratégiques.

Le gouvernement israélien accélère ces dernier jours son pressing diplomatique en direction d'un certain nombre de pays africains pour atténuer la pression des USA et de l'UE dans le dossier palestinien. Aussi, le ministre des Affaires étrangères de l'Etat hébreu vient-il de clôturer une tournée en Afrique (du 1er au 9 septembre) durant laquelle il s'est rendu en Ethiopie, au Kenya, au Ghana, au Niger et en Ouganda.

 L'objectif d'Advigor Lieberman est double. D'abord créer une ligne de fracture au sein de l'Union africaine (UA) en ralliant à ses thèses sur l'avenir de la Palestine un maximum de pays africains, qui sont par ailleurs membres de la Ligue arabe et de la Conférence islamique. Ensuite, acquérir leur soutien dans l'isolement de l'Iran et, pourquoi pas, pour une attaque militaire contre ce pays. Israël ne manque pas de génie politique pour monter de telles manoeuvres diplomatiques.

 Le choix de l'Ethiopie comme première étape de la visite n'est pas fortuit. Bien des liens unissent les deux pays, dont celui des émigrés « falachas », ces juifs éthiopiens qui grossissent les colonies juives en Palestine. Le Ghana, lui, a été le premier pays africain à reconnaître l'Etat d'Israël en 1957, comme le Niger qui a fait de même dès son indépendance en 1960. Lors de sa tournée, le ministre israélien a signé quelques contrats commerciaux avec les cinq pays visités, et surtout a offert l'expertise israélienne en matière d'agriculture et de gestion des eaux, dont ces pays ont grand besoin.

 L'autre volet, et qui n'est pas des moindres, est relatif au dossier iranien. Israël compte sur le soutien d'une bonne partie des pays africains lors des votes à l'Assemblée générale de l'ONU sur ces deux dossiers. La manoeuvre diplomatique d'Israël est pertinente dans la mesure où pas moins de 39 pays africains sur les 57 que compte le continent ont des liens commerciaux et diplomatiques avec l'Etat hébreu. Ce regain d'activisme de la diplomatie israélienne est déclenché au moment même où les USA et l'Union européenne lui font pression pour qu'il cesse sa politique d'occupation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Jusque-là, c'est de bonne guerre et rien d'étonnant à ce qu'Israël entreprenne une telle offensive diplomatique. La question ou plutôt l'incongruité de la situation est relative à la diplomatie arabe. Inerte, pour ne pas dire inexistante aussi bien dans le dossier palestinien que celui iranien. Cela fait longtemps que les pays arabes voisins ou non d'Israël ne régissent pas. Particulièrement depuis l'arrivée de la nouvelle coalition de la droite dure israélienne au pouvoir. Les colonies sauvages se multiplient sans qu'aucune voix arabe appelle à une initiative internationale. Les USA de Barak Obama et l'Union européenne manifestent plus de courage et de fermeté face au nouveau gouvernement israélien que les frères arabes. L'Afrique, quant à elle, peut bien se saisir de ses propres « opportunités politiques » et économiques (NEPAD,
accords bilatéraux interafricains...) pour en faire un atout diplomatique qui mobilise sur des questions aussi centrales que celle de la Palestine et, d'une manière générale, celle du Moyen-Orient. C'est ce que fait Israël pour l'instant : rallier des soutiens diplomatiques via des accords commerciaux. Aussi, ne faudrait-il pas s'étonner lors de la prochaine (64e) Assemblée générale de l'ONU, qui se tiendra du 23 au 30 septembre prochain, qu'Israël repartira sans intention de mettre fin à son occupation « tous azimuts » de la Palestine et, cerise sur le gâteau, d'appeler à l'isolement de l'Iran.

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UPM: un lac de paix et de prospérité partagée

Publié le 07/09/2009 à 03:43 par hogra

Union pour la Méditerranée (UPM)
Faire du bassin méditerranéen un lac de paix et de prospérité partagée
 

L’UPM à l’initiative   du président français, dont le projet  a été remanié  à l’initiative de l’Allemagne et qui concerne dorénavant toute l’union européenne, d’où d’ailleurs  l’importance  de saisir les impacts  du traité de Lisbonne qui sera certainement ratifié   courant octobre 2009  par l’Irlande, devant être complémentaire et non concurrent au processus de Barcelone  a une vision beaucoup plus  économique. C’est que l’Europe du Sud (Italie - France - Grèce - Espagne) totalisent environ 168 millions d’habitants, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie  94 millions d’habitants soit un total de 262 millions d’âmes. Si l’on inclut les riverains méditerranéens dont la Syrie , le Liban, Israël, l’Egypte, Malte, la Turquie , l’Albanie, la Libye et l’ex Yougoslavie dont la stabilité conditionne le développement de l’ensemble des Balkans, nous aurons une population en 2010 qui dépassera les 500 millions.  Cette région est frappée actuellement par une récession économique relative  par rapport  aux autres régions notamment d’Asie et d’Amérique latine (pour l’Afrique le NEPAD n’ayant pas eu les résultats escomptés). Cette récession s’explique par différents facteurs dont le manque d’homogénéisation économique pour des raisons essentiellement historiques et sociologiques et qui fait fuir les capitaux vers d’autres cieux plus propices à un moment où la concentration des échanges est dans le Nord, la Chine accaparant plus de 5O% des investissements directs étrangers  des pays en voie de développement.  Le bras droit stratégique selon mon point de vue de l’Union pour la Méditerranée  devrait être  le Maghreb  mais qui a  actuellement  un poids économique insignifiant au sein du commerce mondial et même les échanges intra- maghrébins sont dérisoires moins de 2% de leurs échanges globaux,   les pays de l’UMA ayant un revenu PNB par tête qui représente moins de 15 % de ceux de la CEE étant suicidaire pour chaque pays du Maghreb arabe de faire cavalier seul. Mais cette initiative pour qu’elle ait des chances  d’aboutir avec des projets concrets, loin des discours, évitant  l’échec relatif du processus de Barcelone,  devrait tenir compte certes d’une reconfiguration des relations économiques internationales comme en témoigne  la crise actuelle (passage du G8  au G20 pour tenir compte des nouveaux rapports de force économiques mondiaux)   et  surtout de la situation qui prévaut  dans la région du proche  et Moyen-Orient et de l’influence décisive qu’y exercent les Etats-Unis. Pour la concrétisation des objectifs stratégiques de cette union, cinq conditions fondamentales me semble t-il doivent  être réalisées,ce afin  de faire du bassin méditerranéen un lac de paix et de prospérité partagée, où seront bannis  l’extrémisme, le terrorisme menace planétaire, et la haine, passant  par une paix durable au Moyen Orient berceau des civilisations, dont un Etat palestinien fiable,  les  populations juives et arabes  ayant une histoire millénaire de cohabitation pacifique,  le judaïsme, le Christianisme et l’Islam  étant des religions  de tolérance(1).
 
La  première condition est   l’urgence d’une bonne gouvernance des deux cotés de la  rive de la méditerranée, et une lutte efficace, concrète sur le terrain et non pas seulement l’élaboration  de textes de lois, contre la corruption qui est un obstacle à la mise en œuvre d’affaires et des investissements porteurs  de croissance à moyen et long terme. Cela concerne à la fois l’Europe et la rive sud car lorsqu’il y  corruption, il y forcément des corrupteurs, les dernières décisions lors du G 20 sous impulsion surtout américaine depuis l’arrivée du président Barack Obama de lutter contre le blanchissement d’argent  est un premier pas positif. Pourquoi pas la publication des comptes bancaires et des biens des dirigeants  du tiers monde et de leurs proches dans les pays développés et dans certaines zones de non droit ?   L’Europe  doit abandonner cette vision  purement commerciale, loin des intérêts mercantiles étroits permettant la  libre  circulation des personnes, mais également les pays du Sud de la méditerranée à travers l’approfondissement de l’Etat de droit, la démocratisation et des réformes structurelles allant vers l’économie de marché, beaucoup plus humanisée, liant dynamique économique et dynamique sociale, synchronisant la sphère réelle et la sphère financière qui   est devenue dominante source de crises périodiques.
 

La  deuxième condition concerne la valorisation du savoir par la création d’une université euro méditerranéenne,  qui, avec la bonne gouvernance,  sont les piliers du développement du XXIème siècle,  donc,  la   prise en compte  du développement humain  avec des pôles d’excellence  afin de le rendre plus  efficient devant miser non sur la quantité mais  misant sur  la qualité,  et de rapprocher la formation professionnelle du monde  du travail supposant  une plus grande flexibilité du marché du travail tout en assurant la sécurité  grâce à une formation permanente.
 
Troisième condition   est la création  d’une banque  et d’une bourse euro méditerranéenne,  en  favorisant  une saine concurrence, les mesures protectionnistes  de part et d’autres, étant néfastes freinant la dynamique de  l’intégration euro- méditerranéenne. Tous les monopoles  qu’ils soient publics ou privés doivent être également  démantelées  progressivement. C’est le passage programmé d’un régime référentiel basé sur des concessions unilatérales octroyées par les pays européens aux exportations industrielles des pays tiers à un nouveau régime basé sur des concessions commerciales, devant  faire passer les secteurs  protégées à des secteurs  totalement ouverts  à la concurrence  internationale et prévoyant  à l’horizon 2012/2017,  la suppression totale des obstacles tarifaires et non tarifaires, avec d’énormes défis aux entreprises  avec le rôle central des PMI/PME qui sont de plus en plus  en organisés en réseaux se fondant sur  le management stratégique, surtout de la rive sud  à majorité de types familiaux, tissant des relations de clientélisme  avec les marchés d’ Etat, peu préparées  à la   concurrence, expliquant ses liens avec les syndicats corporatistes  trouvant pour sauvegarder les intérêts rentiers , le prétexte  de la crise  actuelle.
 
La   quatrième condition  concerne la sécurité énergétique et la protection de l’environnement, l’Algérie,  la Russie et la Norvège ,  constituant  la principale source d’approvisionnement en gaz de l’Europe.  La  directive gaz et électricité européenne  tout en stipulant  que les contrats à long terme  peuvent continuer à être signés  comme moyen de sécuriser l’approvisionnement , stipule que cette pratique commerciale  sera accompagnée  par une plus grande flexibilité  sur les volumes, sur les prix , les mécanismes d’indexation  et par l’encouragement   des achats spot. Il s’agira de concilier  à la fois les intérêts des pays producteurs  et des pays consommateurs pour un prix juste lorsqu’on sait que les coûts d’investissement sont élevés par rapport au pétrole et la marge bénéficiaire très réduite,  en tenant compte du nouveau modèle de consommation énergétique qui se mettra en place entre 2015/2020. Par ailleurs, les hydrocarbures étant polluants, la méditerranée  étant une des mers les plus polluée au monde, il s’agit de réactiver le plan bleu, l’environnement étant  considéré comme un bien collectif méditerranéen, la  coopération être axée sur la préservation  des   équilibres écologiques, en espérant des actions concrètes lors de la prochaine réunion de Copenhague,  qui avec l’eau (cet or bleu) sont  des enjeux géostratégiques fondamentaux du XXIème siècle.
 
Enfin la  cinquième condition est la sécurité en méditerranée, notamment la lutte contre le terrorisme qui est une menace planétaire, le blanchissement d’argent et l’immigration illégale dont l’essence principale est la pauvreté notamment en Afrique qui abritera horizon 2020/20215 plus de 1,5 milliard d’âmes (2). Concernant les problèmes de sécurité en méditerranée que j’ai développé dans d’autres contributions (3),  des   divergences existent entre  les trois principales puissances européennes.  Pour la France et l’Allemagne, bien  que faisant parties de l’Otan,  l’UEO peut être réactivée en fonction des nouvelles données et des missions qu’elle serait appelée à mener. Elle deviendrait le « bras armé de l’UE ». Le Royaume-Uni, quant à lui, défend l’idée de mettre en place « un pilier européen de l’Alliance Atlantique ». C’est pourquoi des tentatives sont faites aujourd’hui pour redynamiser le dialogue euro- méditerranéen avec deux initiatives : d’une part, la politique européenne de voisinage ; d’autre part,  le partenariat stratégique entre l’Union européenne d’un côté et la Méditerranée et le Moyen-Orient de l’autre.
 

En résumé, je suis convaincu   que la symbiose des apports de l’Orient et de l’Occident par le dialogue des cultures, la construction de l’Etat de droit, de la démocratie tenant compte de notre anthropologie culturelle et de l’économie de marché concurrentielle tenant compte des  de la préservation de notre environnement et d’un développement  équilibré entre le Nord et le Sud, permettront  l’intensification  des relations  euro- méditerranéennes et américano-arabes. Il s’agit  de concrétiser  le  respect  des libertés économiques et politiques, des droits de l’homme et  de la promotion de la condition  féminine. Economiquement d’une part les USA, l’Europe, sans oublier les pays émergents comme le Brésil, l’Inde, la  Chine,d’autre part, les pays de la rive de la méditerranée  et plus globalement le Maghreb, intégration économique vitale à laquelle je suis profondément attachée au sein de l’espace euro- méditerranéen, les échanges intra maghrébins représentant moins de 2% des échanges globaux du fait  des entraves structurelles à la fois politiques  économiques étant suicidaire pour chaque pays de faire cavalier seul,  ( et ce  sans oublier le continent Afrique,enjeu du XXIème siècle),(4) présentent les uns  et les autres, des potentialités pour la promotion d'activités diverses.
 
Comme j’ai à l’affirmer  lors de la réunion des experts  avant l’adoption du projet  par les chefs d’Etat dont l’Algérie(1) qui a soutenu ce projet,  sous réserve d’objectifs précis, l’UPM  peut être un exemple de ce partenariat global, de  promotion des  synergies de systèmes privés, politiques et administratifs afin de développer une coopération pour un développement durable partagé entre le  Nord et  le Sud.
 
 
Par  Docteur Abderrahmane MEBTOUL
Professeur d ‘ Université (Economiste- Algérie)  Expert International


 

L’Algérie participera-t-elle aux côtés d’Israël ?

Publié le 21/08/2009 à 00:19 par hogra

 
L’Algérie participera-t-elle aux côtés d’Israël
 
Israël a affirmé sa participation aux manœuvres, prévues en mer méditerranée, sous le commandement des forces de l’OTAN, effectuées dans le cadre des manœuvres d’« Active Andover », dans la ville de Naples en Italie. Cette activité a été lancée, après les événements du 11 septembre, en vu de lutter contre le terrorisme. Jusque là, tout semble normal, cependant ce qui ne l’est pas, c’est que l’Algérie a pris l’habitude de ne pas participer à ces manœuvres et on se demande si elle participe cette fois? Si c’est le cas, ça sera pour la première fois, selon le journal Hébreu « Jérusalem Post », qu’il y ait une coopération entre des officiers Israéliens et algériens de ce niveau.

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L’Union pour la Méditerranée un an après Quels progrès ?

Publié le 02/08/2009 à 10:44 par hogra
L’Union pour la Méditerranée un an après
Quels progrès ?

Synthèse de la conférence organisée par la Fondation pour l’innovation politique, le Centre for European Studies et l’Institut pour la démocratie Constantin Karamanlis. Paris, vendredi 19 juin 2009

Le vendredi 19 juin 2009, la Fondation pour l’innovation politique, en partenariat avec le Centre for European Studies et l’Institut pour la démocratie Constantin-Karamanlis, a organisé une demi-journée de débat sur le thème « L’Union pour la Méditerranée un an après.



Quels progrès ? » Ont notamment participé : Dominique Baudis, président de l’Institut du monde arabe ; S. E. Nassif Hitti, ambassadeur, directeur de la représentation diplomatique de la Ligue arabe à Paris ; Gilles Mentré, conseiller à cellule Union pour la Méditerranée de la présidence de la République française ; Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique ; Fanny Durville, coordinatrice du conseil consultatif de la Fondation euroméditerranéenne Anna Lindh ; Abdelmaksoud Rachdi, président de la plateforme non gouvernementale EuroMed ; Thierry Fabre, coordinateur scientifique du réseau d’excellence des maisons en sciences humaines, Ramses II ; Michel Crépu, directeur de La Revue des Deux Mondes ; Robert del Picchia, sénateur des Français établis hors de France, vice-présidence de la commission des affaires étrangères ; Ikolaos Tzifakis, directeur des relations internationales, Institut pour la démocratie Constantin-Karamanlis, Leïla Ghandi, photographe-reporter, trophée France Euro-Méditerranée 2008 ; Panagiotis Roumeliotis, président de l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen ; Tomi Huhtanen, directeur général du Centre for European Studies ; Georges Prevelakis, professeur de géopolitique à l’Université Panthéon-Sorbonne Paris-I.

Unité, diversité, Méditerranée

Les faits sont têtus dans la mare nostrum. L’espace méditerranéen se morcèle dès qu’une réflexion ou des projets s’amorcent pour réaliser son unité. Comme le processus de Barcelone en 1995, l’Union pour la Méditerranée a dû affronter les tensions politiques internes nées de la crise de Ghaza, quelques mois à peine après son lancement. Dans ce climat, « vivre autour » de la Méditerranée paraît une perspective fragile et « vivre ensemble » une douce utopie. C’est là tout le défi relevé et porté par l’Union pour la Méditerranée, inaugurée lors du sommet de Paris du 13 juillet 2008 : unir ce que la Méditerranée sépare, c’est-à-dire les réalités sociales, économiques et politiques distinctes du Nord et du Sud, ainsi qu’au sein du sud. Ce décalage ne doit pas être sous-estimé. Ainsi que le note Dominique Baudis, le produit intérieur brut par habitant des pays du Nord-est, en moyenne, dix fois supérieur à celui du Sud. Quant à l’identité Méditerranée, Nassif Hitti se garde de lui prêter la nature d’un ferment propre à renforcer l’unité de la Méditerranée :
- l’« identité méditerranéenne » si souvent mise en avant n’a pas d’incarnation réelle. Parler d’identité méditerranéenne dans le sens socio-historique, c’est confondre le souhait avec la réalité.
- Penser à créer une identité méditerranéenne dans le sens fonctionnel d’une « identité à construire est un projet à faire ». Allant plus loin, le sénateur Robert del Picchia se demande « si la recherche d’unité, d’union à tout prix, ne complique pas ou ne retarde pas la réalisation de coopérations concrètes, qui sont pourtant urgentes et qui constituent la raison d’être de l’Union pour la Méditerranée ».

Autrement dit, corollairement à la morphologie complexe de la région, la configuration des relations méditerranéennes ne peut être que « dialogique ».(1) L’unité de l’espace méditerranéen se construira sur la base de l’hétérogénéité socioculturelle existant entre le Sud et le Nord ; et sans que la dualité des approches se perde dans cette unité. En ce sens, Georges Prevelakis imagine la Méditerranée comme « un ensemble de cercles qui se combinent et qui créent une unité. Celle-ci n’est pas monolithique : elle est générée à partir d’interactions, d’interpénétrations ». De façon proche, Nassif Hitti voit, dans la Méditerranée, l’expression de la « dialectique des deux banlieues ». « Ce qui se passe dans la banlieue sud de l’Europe a de l’influence directe sur ce qui se passe dans les capitales européennes ; et, inversement, ce qui se passe dans les banlieues du Nord produit des répercussions sur la rive sud. On ne peut pas éviter ce genre de mariage né de la géographie, renforcé par l’histoire et la sociologie. Le tout est de savoir comment gérer la vie de ce couple pour le bien de tous. » Mais même si les cultures diffèrent autour de la Méditerranée, que « cela ne nous empêche pas de constater que cette mer est un vecteur de transport et d’échanges de marchandises, mais aussi d’échanges et de compréhension entre tous », souligne Francis Mer. Face à ce constat, « l’Union pour la Méditerranée n’entend pas inventer de nouvelles relations entre des peuples et des territoires qui vivent ensemble depuis plus de 2000 ans, relève Dominique Reynié, mais apporter la possibilité de développer un projet commun. »

Construire la Méditerranée : l’impératif de la compréhension réciproque

Consacrée aux Représentations de l’altérité au sein de la Méditerranée, la première table ronde soulève l’impérieuse nécessité qu’il y a à réintroduire une dimension culturelle dans le processus d’Union pour la Méditerranée. Les incompréhensions réciproques sont nombreuses, nourries par l’histoire, les niveaux de développements socioéconomiques, des codes linguistiques différents. « Notre relation à l’autre est appréhendée à travers notre seule grille de lecture et de nos seuls repères », observe Leïla Ghandi. La Méditerranée, sa complexité sont en partie le reflet de nos propres représentations mentales. Thierry Fabre en donne une illustration saisissante : la carte d’un géographe arabe du XIIe siècle qui servit le roi de Sicile, d’origine normande, Roger II. Cette carte propose une vision renversée du monde connu où l’Afrique est située en haut et l’Europe en bas.

Selon Thierry Fabre, « l’une des raisons de l’impasse dans laquelle s’est retrouvé le processus de Barcelone tient au fait que ses projets ont été construits avec une représentation descendante, verticale où la Méditerranée était perçue comme une sous-région de l’Europe. Or, la Méditerranée est un monde à part entière. Il importe, par conséquent, de se détacher de ces cartes qui entravent nos regards, qui nous empêchent de penser le monde méditerranéen du XXIe siècle dans une vision post-braudelienne ». Dès lors, les concepts a priori les plus simples, comme celui d’Union, soulèvent ainsi de nombreuses interrogations. « Dans les pays arabes, le terme ‘‘Union’’ (...) était considéré avec beaucoup de circonspection, parce que rentrer dans une union avec Israël est évidemment politiquement lourd de significations », rappelle Dominique Baudis. Par conséquent, la formule qui a été utilisée était « une union de projet concrets précis pour un projet d’Union ». Construire ensemble cette Méditerranée de demain suppose pour Leïla Ghandi de « se désexciter ». Il faut sortir des images d’Epinal, y compris sur les questions les plus sensibles comme celles relatives à la religion. Des études récentes encadrées par Thierry Fabre sur les lieux saints partagés entre chrétiens, musulmans et juifs (2) montrent que « les pratiques populaires relatives aux pèlerinages communs en Méditerranée sont l’expression d’un tissu relationnel transculturel et religieux. Ces pratiques, qui touchent des millions de personnes, témoignent d’une profonde intelligence de l’Autre. Une réalité bien éloignée des images d’‘‘excités’’ présentées par les grands médias pendant la crise des caricatures ! »

Construire la Méditerranée suppose aussi d’appréhender les relations entre le Nord et le Sud sous un angle autre que simplement économique. Pour Nassif Hitti, « des ‘‘murs de Berlin’’ sont érigés entre les deux rives de la Méditerranée. Pour beaucoup de représentants des pays du nord de la Méditerranée, les pays du Sud sont des lieux de villégiature où bronzer l’été ou encore des opportunités économiques où produire à des prix très bas. La coopération euroméditerranéenne ne peut se limiter à cet aspect des choses. Une véritable interaction au niveau scientifique, culturel et humain doit être créée entre les deux bords de la Méditerranée. Une approche trop économique et matinée d’un zeste de politique et de culturel pour ‘‘faire chic’’ ne saurait tenir lieu de politique longtemps. Il faut créer et consolider ce que j’appelle une ‘‘infrastructure humaine méditerranéenne’’ qui jettera la base de cette communauté méditerranéenne à établir ». En cela, s’il est « formidable que des étudiants puissent aller étudier sur la rive nord (...) cela ne doit pas cacher la difficulté pour les ressortissants des pays du sud d’obtenir des visas vers les pays du nord, estime Leïla Ghandi. Cette réalité est souvent occultée par un double discours où la volonté d’aider se heurte à la volonté des pays du nord de s’assurer que chacun reste chez soi, surtout les populations du sud. Tout projet de coopération euroméditerranéenne appelle donc à faire preuve de cohérence, de mettre en rapport les paroles et les actes. Cette cohérence relève de la notion de justice ». Car le drame humain n’est jamais loin. Thierry Fabre rappelle que « les frontières de l’Europe sont des frontières meurtrières » où tous les ans près de 3000 migrants perdent la vie en tentant de passer du sud au nord.

Projet centré autour des hommes, l’Union pour la Méditerranée ne saurait se désintéresser des questions des droits de l’homme. Pour Thierry Fabre : « En Méditerranée, la question des libertés publiques, des régimes autoritaires et de l’expression démocratique se pose dans des termes similaires à ceux posés aux pays du bloc soviétique trente ans plus tôt dans le cadre du processus d’Helsinki. Or avec les pays du sud, l’attention s’est focalisée sur l’islamisme. Comme le dit très bien l’écrivain égyptien Alaâ Al-Aswani(3), il ne faut confondre le symptôme et la maladie. Le symptôme est l’islamisme, la maladie la dictature et l’immobilisme politique qui suscitent une profonde colère. La violence vient du poids de cet immobilisme. » Sans contester les difficultés que nombre de pays du sud rencontrent dans leur processus de démocratisation, Leïla Ghandi estime, pour sa part, que les pays du sud sont moins en situation de « retard démocratique » qu’en situation de « décalage horaire » par rapport aux pays occidentaux vis-à-vis du respect des libertés et droits fondamentaux.

Enfin, tous les intervenants se rejoignent pour souligner le poids du conflit arabo-israélien sur tout projet d’approfondissement de l’espace méditerranéen. « La violence inouïe, qui a marqué les derniers jours de 2008 et les premières semaines de 2009, a sérieusement abîmé la confiance que les mois de préparation (de l’Union pour la Méditerranée) avaient méticuleusement contribué à créer », juge Fanny Durville. Confirmant cette opinion, Nassif Hitti note, quant à lui, que « le Moyen-Orient vit actuellement un ‘‘ordre régional chaotique’’ porteur de beaucoup de défis — l’Europe ne peut cependant pas faire l’impasse ou bien apporter une attention minime sur les grandes mutations que vit son voisin. Il ne s’agit pas pour l’Europe de développer à l’égard du Moyen-Orient une approche désintéressée à la ‘‘Mère Térésa’’ ! Mais de s’y investir pour des raisons réalistes qui tiennent à la géopolitique et aux multiples interdépendances qui lient les deux régions. »

L’Union pour la Méditerranée : un projet vivant malgré des crises multiples

La multiplication des initiatives de l’Union européenne en direction de la Méditerranée montre que la région conserve sa dimension et son importance stratégique pour les Européens, en même temps qu’elle reflète l’âpreté des problèmes et la difficulté d’organisation de cet espace. D’ailleurs, 37 ans après la politique méditerranéenne globale(4), 14 ans après le processus de Barcelone, 6 ans après la politique de voisinage, un an après le lancement de l’UPM, l’espace méditerranéen accumule toujours un potentiel important de risques de déstabilisation. Et « la conflictualité de la tension dépend du réseau des interactions et combinaisons entre revendications et antagonismes (toute tension suppose des points d’appui), de la surface des valeurs mises en cause et de l’enchaînement des effets et des réactions de l’autre, de la nature de l’enjeu et enfin de la volonté des acteurs d’outrepasser la situation créée par les tensions » (5). Ce constat d’un imbroglio méditerranéen, si mouvant, si volatile et si incertain, conforte les déclarations de Gilles Mentré quand il affirme que l’Union pour la Méditerranée constitue une innovation et un succès du simple fait qu’elle existe. La deuxième table ronde est l’occasion pour les intervenants de dessiner un bilan provisoire de cette première année d’existence — « le véritable bilan sera établi en au début de l’été 2010, lors du second sommet des chefs d’Etat ou de gouvernement des 44 pays participants », souligne Gilles Mentré.

Qu’en-est-il de la valeur ajoutée de l’UPM ?

Première remarque : toute nouvelle initiative en direction de la Méditerranée doit être complémentaire du processus Euromed, tout en en comblant les lacunes pour éviter la paralysie. Le contournement du politique en lui substituant l’économique constitue le péché originel de l’UPM. Pour Michel Derdevet, « l’idéal est que les processus politique et économique cheminent en parallèle » ; et de préciser que « l’économique, le secteur de l’énergie en particulier, pourrait servir de levier, d’effet ampliatif de la volonté politique ». Mais un tel cheminement est-il possible dans les faits ? Si, comme s’en félicite Gilles Mentré, la crise de Ghaza n’a pas empêché que reprennent les réunions ministérielles entre l’ensemble des pays membres de l’Union pour la Méditerranée — notamment à Paris le 25 juin 2009 sur le thème du développement durable —, nombreux sont les intervenants à subordonner toute avancée concrète de l’Union pour la Méditerranée au règlement de la question arabo-israélienne. « La clé du développement, de la sécurité, de la paix, de toutes ces ambitions, de ces axes, c’est la paix dans la région Euromed », clame Abdelmaksoud Rachdi. Surtout que la reprise des négociations ministérielles ne signifie pas qu’une nouvelle crise politique, qu’un autre blocage ne puisse pas surgir prochainement, avertit Panagiotis Roumeliotis. La gestion du politique est assurément passée par la définition d’un nouveau mode de gouvernance. L’architecture de l’Union pour la Méditerranée se veut novatrice et entend attester de la volonté de procéder autrement et de sortir d’une approche confinant au rafistolage. « L’implication des chefs de gouvernement dans la définition et le soutien qu’ils apportent aux initiatives prises à leur niveau » constitue l’une des différences les plus « essentielles entre le processus de Barcelone de 1995 et l’Union pour la Méditerranée », estime Dominique Baudis.

La création d’un secrétariat avec six secrétaires généraux adjoints renforce le « paritarisme » tant réclamé par les pays du sud. Cette organisation institutionnelle sui generis contribue à faire participer les pays méditerranéens partenaires de l’Union européenne à la « définition des priorités », ainsi qu’à « l’élaboration des programmes », ce qui n’était pas le cas auparavant, ainsi que le rappelle Gilles Mentré. Cependant, le sénateur Robert del Picchia insiste aussi sur le peu d’entrain manifesté par la Commission européenne vis-à-vis d’un projet marqué par sa logique intergouvernementale et qui lui échappe partiellement : « Le souci principal de celle-ci (la Commission) a été, me semble-il, de maintenir dans un cadre institutionnel communautaire l’Union pour la Méditerranée. Ce faisant, elle s’est révélée souvent intransigeante dans les discussions internes sur l’organisation et les attributions du futur secrétariat, dont elle a entendu réduire au maximum les compétences et conserver un strict droit de contrôle sur le budget.

Si cette attitude se comprend, elle oblige à réfléchir aussi sur le périmètre d’action des structures de l’Union pour la Méditerranée avec celui de la Commission présente et future. » Au-delà des seuls aspects institutionnels, Robert del Picchia observe que « l’Union pour la Méditerranée porte en elle-même la condition de la réalisation de progrès sur les deux rives, en dépit d’absence d’avancée substantielle en qui concerne son fonctionnement institutionnel ». Selon Gilles Mentré, des progrès concrets sont attendus pour la prochaine réunion des chefs ou de gouvernement en 2010 : « Si au mois de juin, les membres de l’UPM réussissent à passer de la dimension politique préparatoire à la dimension de mise en œuvre, de premières réalisations devraient voir le jour au cours de l’année qui vient. » Les projets concrets retenus à Paris et à Marseille pour incarner l’Union pour la Méditerranée suffiront-ils cependant à « reconstruire la Méditerranée ? », s’interroge Abdelmaksoud Rachdi.

Pour Michel Derdevet, il existe un enjeu majeur autour de la création d’une boucle électrique méditerranéenne ; dix-neuf projets d’interconnexion entre les réseaux électriques seraient nécessaires. De son côté, Robert del Picchia déplore l’absence de tout projet de communication à destination des médias, parmi les initiatives portées par l’Union pour la Méditerranée. Dans ces efforts de reconstruction, la question du financement est évidemment centrale. Panagiotis Roumeliotis évoque un besoin en infrastructures estimé entre 150 et 300 milliards d’euros dans les pays du pourtour méditerranéen. Des tours de table financiers ont été organisés à Alexandrie fin avril 2009 : les grands bailleurs de fonds, privés et publics, ont accepté d’apporter leur soutien, mais l’essentiel du financement proviendra du secteur privé. Et ce dernier ne prendra part aux projets de l’Union pour la Méditerranée que s’ils présentent un niveau de rentabilité économique suffisant. Si l’Union pour la Méditerranée a résisté à la crise de Ghaza, à la crise financière notamment, son succès à terme est fonction de sa capacité à s’incarner dans le réel. Dans cette perspective, les maîtres-mots doivent être « volontarisme, pragmatisme, souplesse et efficacité », conclut

Notes de renvoi :

- 1) Expression reprise à Edgard Morin, Penser l’Europe, Paris, Gallimard, 1987, p.28.
- 2) Dionigi Albera et Maria Couroucli, Religions traversées. Lieux saints partagés entre chrétiens, musulmans et juifs, Actes Sud / MMSH, 2009.
- 3) Auteur notamment de L’Immeuble Yakoubian, Actes Sud, 2006.
- 4) Série d’accords commerciaux et coopération bilatéraux avec les pays du pourtour méditerranéen, à l’exception de la Libye.
- 5) Julien Freund, Sociologie du conflit, p.157.

Les auteurs sont Maître de conférences à Sciences Po Responsable de la conférence ; Boursier de la Fondation pour l’innovation politique ; Doctorant à l’Université de Strasbourg Consultant/Expert correspondant à la FMES



Par Frédéric Allemand, Robert del Picchia, Tewfik Hamel

L’ALGÉRIE ET L’UNION POUR LA MÉDITERRANÉE (UPM) De quelques sujets sensibles

Publié le 21/06/2009 à 10:40 par hogra
L’ALGÉRIE ET L’UNION POUR LA MÉDITERRANÉE (UPM)
De quelques sujets sensibles

L’Algérie ne veut pas servir de 1er poste frontière européen en Afrique pour endiguer les flux migratoires en provenance des pays du Sahel

Il existe des hypothèques relativement lourdes à la poursuite du dialogue euro-médierranéen.

Le processus de Barcelone issu de la Conférence de novembre 1995 est entré assez rapidement en panne. La France a pris en juillet 2008 une initiative pour en assurer la reviviscence sous la forme de la création de l’Union pour la Méditerranée (UPM). Celle-ci rassemble aujourd’hui 44 pays membres dont 27 de l’UE et 17 du sud et de l’est de la Méditerranée (Psem).
Contrairement aux idées reçues, ce projet n’a pas pour seule finalité la gestion des flux migratoires mais ambitionne aussi le traitement de questions qui intéressent de très près l’Algérie: protection du littoral, dépollution de la Méditerranée, développement de l’énergie solaire, prévention des catastrophes naturelles, autoroutes de la terre et de la mer, échanges entre sociétés civiles et approfondissement du dialogue politique officiel.
Les lignes qui suivent se contentent modestement de mettre le doigt sur un certain nombre de sujets sensibles comme la délivrance des visas, la prévention des migrations irrégulières et la participation des ONG algériennes au dialogue euro méditerranéen.

La délivrance des visas
Il s’agit d’un sujet délicat. Nombre de pays européens sérieusement confrontés à la crise économique qui a détruit des millions d’emplois depuis 2008, mettent en avant pour justifier les difficultés d’accès à leur territoire, aussi bien les impératifs de sécurité que l’impossibilité pour eux de garantir l’intégration sociale, économique et culturelle des migrants en provenance des Psem. Depuis l’adoption du Traité d’Amsterdam, l’Union européenne (UE) est parvenue à unifier sa politique d’immigration tout en poursuivant un dialogue permanent avec les Psem, en vue d’obtenir leur coopération pour la rationalisation des flux migratoires. Mais, d’un autre côté, le projet UPM serait vidé de sa substance si le principe de la liberté de circulation des personnes entre les deux rives devait être constamment malmené. Il semble cependant qu’une solution soit en vue qui consisterait à ériger un guichet unique centralisant, en relation avec les consulats nationaux européens compétents, les demandes de visas.
On peut estimer qu’à l’instar des autres Psem signataires avec l’UE d’un accord d’association, l’Algérie soit privilégiée de ce chef. Pour assurer le succès de cette nouvelle procédure, il appartiendra aux organismes employeurs ou aux ordres professionnels de se porter garants de l’exactitude des renseignements fournis par les demandeurs. Ce visa serait d’une durée de cinq ans, avec des plafonds de séjour, par trimestre ou par semestre.
Ce faisant, les consulats nationaux verraient leur tâche sensiblement allégée et pourraient se consacrer à l’examen circonstancié des dossiers litigieux émanant de demandeurs qui ne sont pas considérés comme des acteurs du partenariat euroméditerranéen. A l’inverse, il appartient à l’Algérie de se montrer plus généreuse dans l’octroi de visas de longue durée pour les ressortissants européens qui se rendent, pour la quasi-totalité d’entre eux en Algérie pour des raisons professionnelles et accessoirement comme touristes. Il serait paradoxal, en tout cas, que l’Algérie exprime le besoin de recourir à l’expertise européenne pour son propre développement et alourdisse les procédures de délivrance des visas aux ressortissants de l’UE.
Ceci dit, il est légitime que l’UE veuille lier la politique des visas à l’intensification de la lutte contre le grand banditisme et la criminalité organisée qui ont beaucoup prospéré ces dernières années, souvent en liaison étroite avec les filières de l’immigration clandestine. L’Algérie tout comme le Maroc sont même suspectés d’une certaine complaisance à l’égard de tous ces réseaux. Il revient aux responsables algériens de répondre à ce grief. Ce que l’on peut dire, à ce stade, c’est que nos services de sécurité font le maximum pour prévenir la traversée clandestine de la Méditerranée à partir des eaux territoriales algériennes. Il n’est pas facile de contrôler un territoire de 2.380.000 km², ayant des frontières communes avec sept Etats et qui possède 1200 km de côtes. Ceci dit, l’Algérie compte mobiliser davantage de moyens humains et matériels pour combattre le crime organisé et renforcer sa coopération avec les Etats européens, de sorte à mettre hors d’état de nuire des réseaux mafieux qui portent gravement préjudice à la qualité des relations algéro-européennes et empêchent celles-ci d’atteindre un niveau supérieur de leur développement.

La prévention des migrations irrégulières
L’Algérie considère qu’elle n’a pas vocation à jouer le rôle de gendarme de l’UE au coeur de l’Afrique subsaharienne et ne veut pas davantage servir de 1er poste frontière européen en Afrique pour endiguer les flux migratoires en provenance désormais du Nigeria, du Burkina, de la Côte-d’Ivoire, du Libéria, de la Centrafrique, du Soudan et même de l’Angola.
En d’autres termes, le gouvernement algérien ne fera pas chorus au colonel El Gueddafi qui semble avoir accepté de séparer, au sein des migrations africaines de passage en Libye, le bon grain de l’ivraie pour le compte de l’Europe du Sud, en tout cas certainement pour celui de l’Italie. Doit-on approuver la position algérienne? Le débat est en réalité très complexe. A l’évidence, un pays qui ne peut pas retenir ses propres ressortissants, prêts à gagner au péril de leur vie l’autre rive de la Méditerranée, n’est guère en mesure d’accueillir la misère de l’Afrique noire de l’Ouest ou celle du Centre, non point évidemment pour l’intégrer mais seulement pour sélectionner, le cas échéant, celle qui serait utile aux employeurs européens. Mais il convient de rappeler la position de l’Algérie, à propos des migrations. Notre pays a ratifié le 22 décembre 2004 avec réserves la Convention du 18 décembre 1990, entrée en vigueur le 1er juillet 2003 sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille. Un certain nombre d’obligations incombent à l’Algérie au titre de cette convention, comme par exemple le droit à l’égalité des migrants en matière de traitement juridique, l’accès égal aux services sociaux et éducatifs, le droit à la liberté d’opinion, d’expression et de religion, des conditions de vie et de travail décentes qui excluent tout traitement dégradant et humiliant. Il est difficile de faire le bilan de l’application de cette convention, moins de cinq ans après son entrée en vigueur en Algérie. Cette convention renferme beaucoup plus d’obligations de moyens que d’obligations de résultats, car son application effective est subordonnée aux capacités objectives de l’Etat d’accueil de satisfaire aux droits des migrants et de leurs familles.
L’Algérie invoque systématiquement la dégradation de la situation sécuritaire aux frontières du Mali, du fait de la menace d’Al Qaîda au Maghreb islamique (Aqmi), du développement exponentiel du trafic de drogue et d’armements et de la montée de la criminalisation de l’économie aux frontières avec la Tunisie (via la ville de Tébessa), la Libye (via la ville de Deb Deb), le Mali et le Niger. La position algérienne consiste également à réaffirmer que faisant face à un chômage endémique dans les wilayate du Sud, elle ne peut offrir d’emplois aux citoyens de l’Afrique subsaharienne, encore moins leur garantir le logement, la santé et la scolarité pour leurs enfants. Pour le moment, l’Algérie entend adopter une attitude d’extrême fermeté à l’égard des migrations irrégulières (V. la loi du 25 juin 2008 relative aux conditions d’entrée, de séjour et de circulation des étrangers en Algérie). Et les pouvoirs publics ne peuvent pas donner application aux dispositions de la Convention du 18 décembre 1990, alors que les Algériens eux-mêmes qui vivent loin des centres urbains ne peuvent exercer leur droit au travail, au logement, à la santé et à la scolarité pour leurs enfants. Ceci dit, notre pays continue de faire grief aux pays membres de l’UE de ne pas avoir ratifié la Convention précitée et s’inquiète, ce faisant, du sort des milliers d’Algériens qui se portent candidats à l’émigration chaque année dans un des pays de l’Europe. Et encore tout récemment, certains responsables algériens se sont émus, suite au rapport de la Fidh, que l’assistance apportée par des ressortissants français aux migrants supposés clandestins ait été érigée en délit pénal. Quoi qu’il en soit, l’Algérie serait disposée à reconsidérer sa perception des flux migratoires à deux conditions: a- la ratification par les Etats de l’UE de la Convention sur les droits des travailleurs migrants; b- la définition d’une stratégie de codéveloppement en direction des pays de l’Afrique subsaharienne, de sorte que leurs ressortissants soient incités à se fixer dans leur pays d’origine. Toutefois, on ne peut se dissimuler que cette double exigence risque de renvoyer aux calendes grecques la mise en place du volet relatif à la circulation des personnes dans l’espace euroméditerranéen. Il est peu probable que les pays européens soient disposés à ratifier cette convention. Quant à la mise en place d’une politique ambitieuse de codéveloppement devant bénéficier à des centaines de millions de citoyens africains, elle requiert moyens financiers colossaux et volonté politique de tous les acteurs dont les élites dirigeantes africaines, invitées à accomplir un aggiornamento qui constituera un véritable crève-coeur pour la plupart d’entre elles.

Le dialogue politique
L’UE insiste beaucoup pour que le dialogue euro-méditerranéen ne se borne pas à un face-à-face entre les représentants officiels des Etats en présence. Tous ceux qui apportent leur contribution au développement du partenariat (entreprises, syndicats, corporations, ordres professionnels, associations, etc.) doivent être admis au débat dans la mesure où ils viennent l’enrichir, le développer et lui conférer l’aspect pratique qui lui fait parfois défaut. En Algérie, une loi devrait être adoptée dans quelques mois qui viendra préciser les droits et obligations des associations. Les pouvoirs publics ont été amenés, devant la dérive de nombre d’associations, à imposer le respect de règles strictes, notamment en ce qui concerne l’attribution de dons, legs et subventions aux ONG. Il faut souhaiter que le gouvernement ne restreigne pas le principe de la liberté d’association mais contraigne les dirigeants d’ONG (ce qui est demandé par toutes celles qui agissent dans la légalité) à un minimum de transparence dans leur gestion administrative et financière. Il est certain que la qualité et la représentativité des ONG algériennes sont essentielles pour l’impulsion du partenariat euro-méditerranéen. Il s’agit surtout d’appeler à la création de sociétés savantes qui interviendraient dans des domaines très ciblés: protection du littoral, protection de l’environnement, développement de l’énergie solaire, développement de l’économie du savoir et de la connaissance, aux fins d’établir un diagnostic rigoureux voire exhaustif de l’état des lieux et de mettre leur expertise au service des gouvernements des Etats membres. Le gouvernement algérien a autant besoin de l’expertise du Cnes que celle des ONG qui sont réellement impliquées dans le dialogue euro-méditerranéen et qui peuvent d’ores et déjà se prévaloir d’avancées notables dans l’identification des problèmes à résoudre.
On voit bien qu’il existe des hypothèques relativement lourdes à la poursuite du dialogue euro-médierranéen. Pour les lever, il faudra certainement dissiper quelques malentendus, dépasser les clivages politiques contingents mais surtout imaginer un plan très ambitieux de rénovation de la Méditerranée qui postule un engagement ferme et définitif de l’ensemble des protagonistes.
(*) Enseignant universitaire

Ali MEBROUKINE (*)

AGRESSION ISRAÉLIENNE CONTRE LA BANDE DE GHAZA L’Union pour la Méditerranée, première victime

Publié le 15/01/2009 à 12:00 par hogra
AGRESSION ISRAÉLIENNE CONTRE LA BANDE DE GHAZA
L’Union pour la Méditerranée, première victime

Les atrocités d’Israël à Ghaza risquent de sonner le glas pour l’UPM

Toutes les réunions de l’UPM prévues en janvier sont gelées à la demande de l’un de ses coprésidents, l’Egypte.

Victime collatérale de l’agression israélienne contre Ghaza, l’Union pour la Méditerranée, projet-phare de la France, est gelée, les partenaires arabes refusant de rencontrer Israël. «On peut parler d’un gel jusqu’à nouvel ordre», a affirmé hier un diplomate égyptien de haut rang, ajoutant que «les Arabes ne vont pas courir s’asseoir aux côtés des Israéliens dans un tel climat».
L’Egypte, qui assure la co-présidence de l’UPM avec la France, a pris l’initiative de demander le report de toutes les réunions prévues en janvier pour fixer des règles-clefs de gouvernance de l’Union méditerranéenne. En juillet dernier, le président français Nicolas Sarkozy avait lancé en grande pompe à Paris cette instance de 43 membres, dont les 27 pays de l’Union européenne, 11 partenaires arabes et Israël. Une réunion politique des hauts fonctionnaires des pays membres et des comités techniques a été suspendue «temporairement» à la demande de l’Egypte, confirme-t-on de source européenne. Ces rencontres devaient en particulier régler les questions de base, toujours en suspens, comme la composition et le mandat du secrétariat général chargé de gérer les projets concrets de l’UPM.
Le Caire a évoqué une «surcharge du calendrier diplomatique» liée aux efforts égyptiens pour tenter de mettre fin à l’agression qui a déjà fait près de 1000 morts dans l’enclave palestinienne. Mais cette «excuse officielle» servie aux Européens vise à dissimuler le «sentiment insupportable», dit-on au Caire, ressenti par les partenaires arabes à devoir discuter avec une délégation israélienne. Interrogée à Strasbourg par l’agence française de presse, la représentante de l’Autorité palestinienne auprès de l’UE, Leïla Chahid, a estimé que «même un cessez-le feu ne suffira pas» pour reprendre les réunions. «Il est évident que nous n’allons pas, dans une situation où nos familles, nos enfants, nos femmes sont assassinés tous les jours par les bombardements, nous asseoir à table avec un gouvernement qui a pris cette décision». C’est déjà au forceps que l’UPM avait surmonté à la fin de l’année une mini-crise autour de l’intégration de la Ligue arabe, une proposition que récusait, tactiquement, Israël. Pour prix de son feu vert, Israël avait arraché en novembre, à Marseille, dans le sud-est de la France, un poste de secrétaire adjoint, en symétrie d’un poste similaire pour un représentant de l’Autorité palestinienne.
La décision avait été aussi prise lors de cette réunion ministérielle d’installer le siège de l’UPM à Barcelone, la grande ville catalane qui a donné son nom au processus de dialogue euro-méditerranéen lancé en 1995. La France a espéré que sa nouvelle «union de projets» -comme la dépollution de la Méditerranée- permettrait notamment de dépasser les clivages politiques liés au conflit israélo-palestinien. «On est retombé en plein dedans alors que l’UPM était déjà perçue par des pays arabes comme un moyen de leur arracher une normalisation avec Israël», a déclaré à une agence de presse un diplomate du sud de l’Europe. Pour ce diplomate, pour qui les pays arabes se satisfaisaient de la «politique de voisinage» et sont «très remontés» contre Israël, «la France va peiner à remettre sur les rails l’UPM». Paris pourrait escompter un appui du Caire, même si l’initiative du président Sarkozy, lancée il y a semaine pour finir l’agression contre Ghaza, fait l’objet de commentaires mitigés dans les cercles du pouvoir. Au terme d’une visite express au Proche-Orient, M.Sarkozy avait incité le président Moubarak a annoncer mardi dernier un plan de sortie de crise, à commencer par un cessez-le-feu encore introuvable. «Ce que M.Sarkozy nous avait dit peut-être naïvement de ses contacts en Israël et en Syrie s’est avéré infondé» a estimé un diplomate égyptien de haut rang.

R.I

ISRAËL, 28E ETAT DE L’UNION EUROPÉENNE Un nouveau Munich

Publié le 18/12/2008 à 12:00 par hogra
ISRAËL, 28E ETAT DE L’UNION EUROPÉENNE
Un nouveau Munich
Ghaza est sur le point de devenir le premier territoire à être délibérément réduit à un état de misère sordide, à la connaissance, avec l’acquiescement et -certains diraient- l’encouragement de la communauté internationale». Karen Koenig, directrice de l’Unrwa, l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens

Un coup de tonnerre dans un ciel serein! C’est ainsi que l’on pourrait qualifier l’adhésion formelle d’Israël à l’Union européenne. Connaissant le lobbying israélien, connaissant la force de ses intellectuels dispersés (diaspora) à travers le monde et principalement l’Europe et les Etats-Unis, nous n’avons pas à nous étonner de cette décision d’Européens qui reconnaissent Israël comme l’un des leurs pour ne pas dire de leur famille judéo-chrétienne malgré des laïcités de façade. «Là bas - en Palestine (ndlr)- nous établirons un mur contre la barbarie» promettait Theodore Herzl aux Européens pour l’établissement d’un foyer juif devenu par la suite un Etat théocratique sans que cela n’effarouche ceux qui se piquent de laïcité. Il n’est pas étonnant dans ces conditions d’entendre Tzipi Livni parler de «déporter» les Arabes israéliens dans le futur Etat palestinien qui doit aussi recevoir les Palestiniens de la Diaspora.
Déjà en juin dernier, le député européen dénonçait les tractations de l’ombre: La deuxième raison écrit-il, tient à «l´obsession de la spécificité d´Israël». Une de plus! La participation d´Israël à cette Union ne doit pas cacher la singularité des relations d´Israël avec l´Union européenne. En un mot comme en mille, Israël demande à être considéré comme un Etat Européen délocalisé. (..) Il apparaît que des négociations secrètes sont en cours depuis un an entre l´Union européenne et les dirigeants de l´Etat d´Israël. J´ajoute que l´on apprend que la demande israélienne en question date...du 5 mars de l´année dernière, qu´un «groupe de réflexion» s´est réuni sur le sujet le...4 juin 2007. Et tout cela sans que la moindre information n´en ait été donnée à la représentation parlementaire de l´Union!(1)

Un nouveau pas
De même, Jean-Paul Le Marec dénonçait le sort qui était fait aux Palestiniens ainsi que le statut que l’Union européenne comptait conférer à Israël. Ecoutons le: «Un nouveau pas serait en train d’être franchi, en secret, par Israël concernant son statut au sein de l’UE. Jean-Paul Le Marec, qui rappelle qu’en janvier dernier, le gouvernement français a signé avec Israël un accord de reconnaissance mutuelle qui permettra aux sociétés israéliennes d’intégrer la Bourse française sans avoir été soumises aux vérifications de régulateurs, explique les enjeux sur le site de Rouge Midi. Plus de six ans après, la situation s’est considérablement aggravée dans la région; les Palestiniens subissent le blocus, une répression de plus en plus violente, des atteintes permanentes aux libertés fondamentales de se déplacer, d’étudier, de se soigner, sans oublier la construction du "mur de la honte" et la poursuite de la colonisation.»
(...) De retour de Ghaza, le prix Nobel de la paix sud-africain, Mgr Desmond Tutu, qui conduisait une mission du Conseil des Nations unies pour les droits de l’homme, a décrit «une situation abominable à Ghaza». Il a déploré «le silence et la complicité de la communauté internationale» face à cette situation. L’avocate et universitaire britannique, Christine Chinkin, qui faisait partie de cette mission, a estimé qu’Israël pourrait être tenu responsable d’un «crime de guerre» pour ce drame et «peut-être d’un crime contre l’humanité». (...) Au lieu de jouer un rôle positif pour essayer de débloquer le processus de paix, au lieu de condamner et de sanctionner l’Etat israélien qui poursuit sa politique de colonisation et de répression et refuse de respecter ses obligations à l’égard du droit international, la Commission européenne le récompense et renforce sa coopération. La Commission célèbre à sa façon le 60e anniversaire de l’occupation de la Palestine par Israël qui a entraîné l’exil de plus de 800.000 Palestiniens (Naqba)!
Ce qui devait arriver arriva! Alain Gresh parle d’une capitulation de l’Europe. Une sorte de nouveau Munich. Ecoutons-le: «Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ont adopté, les 8 et 9 décembre 2008, un texte intitulé "Council Conclusions Strengthening of the EU bilateral relations with its Mediterranean partners - upgrade with Israel". Sous l’impulsion de la présidence française, le principe de rehausser les relations entre Israël et l’Union européenne a été accepté. Déjà, avant la tenue du sommet méditerranéen, Paris avait essayé de faire adopter cette mesure, mais avait dû reculer devant la levée de boucliers de certains régimes arabes, notamment l’Egypte. Ce texte a été adopté après de nombreuses discussions. La première version présentée par la France faisait la part belle à Israël et a suscité des réserves chez certains des partenaires - notamment le Royaume-Uni et la Belgique - qui ont demandé un "rééquilibrage" du texte. Un comble, quand on pense qu’il y a quelques années encore, la France était accusée d’être pro-arabe».(3)
«Notons aussi que ce texte a été entériné le jour même où l’expert de l’ONU sur les droits humains dans les territoires palestiniens, Richard Falk, demandait la mise en oeuvre de la norme reconnue de la ´´responsabilité de protéger´´ une population civile punie collectivement par des politiques qui s’assimilent à un crime contre l’humanité». Dans le même sens, ajoutait-il, «il semble que c’est le mandat de la Cour pénale internationale d’enquêter sur la situation, et de déterminer si les dirigeants politiques israéliens et les chefs militaires responsables du siège de Ghaza doivent être inculpés et poursuivis pour violations du droit pénal international».
«Une longue annexe comprend les lignes directrices pour renforcer les structures du dialogue politique avec Israël. D’abord, la tenue régulière de réunions des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne et d’Israël, un privilège qui n’était accordé jusque-là qu’à quelques grands Etats, Chine, Russie, Inde, etc. L’invitation régulière de responsables du ministère des Affaires étrangères israélien aux comité pour la politique et la sécurité de l’Union. Inviter aussi plus systématiquement des experts israéliens dans les comités travaillant notamment sur le processus de paix, les droits humains, la lutte contre le terrorisme et le crime organisé, etc.
Des experts israéliens pourront ainsi participer à des missions extérieures de l’Union, que ce soit en Afrique ou ailleurs».
Ces décisions de l’Union européenne ont été vivement critiquées par l’Autorité palestinienne et par l’Egypte. Dans un article de Haaretz du 9 décembre, «EU votes to upgrade Israel relations despite Arab lobbying», Barak Ravid rapporte que la semaine précédente, «la ministre des Affaires étrangères israélienne Tzipi Livni s’est rendue à Bruxelles pour faire son propre lobbying auprès des ministres des Affaires étrangères, et en premier lieu de Bernard Kouchner. A un moment de la rencontre, elle a demandé à le voir en tête à tête et à ce que les autres sortent de la salle. Durant cette conversation, les deux sont tombés d’accord sur le fait qu’il n’y aurait pas de ´´lien´´ (linkage) (entre le rehaussement des relations UE-Israël et les négociations de paix), mais que l’Union européenne publierait une déclaration séparée appelant à la poursuite de conversations de paix sur le statut final».
Ces Arabes qui protestent, on sait et les Européens savent qu’ils ne pèsent pas lourd. Quand on apprend l’appréciation de Nicolas Sarkozy s’adressant à Topolanek au futur président de l’Union Européenne à propos des Arabes: «(..) Merci, je suis heureux que nous parlions franchement et clairement. La présidence pour l’Union de la Méditerranée n’est pas un cadeau. (...) Tu n’as pas idée de ce que c’est que de traiter avec le Liban, l’Egypte et l’Algérie. Des centaines d’heures. C’est affreux.(...) J’ai porté l’Union pour la Méditerranée. L’Egypte devrait présider deux ans et le Nord devrait avoir deux présidences différentes: l’UE et l’Union pour la Méditerranée. (..) J’ai déjà acquis pas mal de choses. Mais au moins ils sont moins nombreux là-bas. Mais au Sud? Le président Algérien Bouteflika, le Tunisien, le roi du Maroc, la Libye, Israël. Un travail fou!»(4)
Comment comprendre les protestations de l’Egypte quand elle vend son gaz à un prix 9 fois moins cher que celui du marché à Israël, alors que dans le même temps Ghaza est privé de carburant, d’électricité et que les hôpitaux sont devenus des mouroirs? Le très tolérant roitelet d’Arabie Saoudite paye des centaines de millions de dollars US à une compagnie qui participe au tracé du tramway de Jérusalem, au mépris du droit international.

Urgence!
Dans le même temps, le Conseil des droits de l’homme de l’Onu (CDH) a exhorté Israël mardi 9 décembre à prendre une centaine de mesures allant de la levée de son blocus de Ghaza à la libération de prisonniers arabes. Le CDH, qui regroupe 47 Etats, a adopté une liste de 99 recommandations par consensus après deux jours de discussions consacrées à Israël sous l’angle des droits de l’homme. Dans le cadre d’un examen périodique, la situation sur ce plan des Etats membres de l’Onu fait l’objet d’un bilan tous les quatre ans. Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a adopté mardi 9 décembre, un rapport qui accuse Israël d’infliger «des tortures physiques et mentales à des prisonniers arabes». «Selon Richard Falk, un effort urgent devrait être mis en oeuvre par les Nations unies pour appliquer la norme de la ’responsabilité de protéger’ une population civile soumise à une punition collective équivalent à un crime contre l’humanité. Le Rapporteur spécial a estimé que la CPI devrait enquêter sur cette situation afin de déterminer si les dirigeants civils et militaires israéliens, responsables du siège de Ghaza, ne devraient pas être inculpés et poursuivis pour violation du droit pénal international.» Dans le même temps aussi, les Etats-Unis dotent l´Etat israélien d´un système de détection de missiles de la dernière génération, ces installations seront placées dans le désert du Néguev et surveilleront, en fait, toute la région. L’allégeance du candidat Obama proclamant Jérusalem capitale d’Israël inquiète plus que l’alignement viscéral de Hilary Clinton sur la politique israélienne.
Pourtant même en Israël la politique israélienne vis-à-vis des Palestiniens ne fait pas l’unanimité.
En 1969, le diplomate légendaire d’Israël, Abba Eban, prévenait qu’un retrait des territoires occupés par son pays en juin 1967 serait un retour aux «frontières d’Auschwitz». Ce que voulait dire Eban en comparant Israël à ce camp de la mort nazi, le plus connu et le plus emblématique, est clair, il disait que les Arabes en général, et les Palestiniens en particulier, étaient des nazis, tout autant capables et désireux d’exterminer les Juifs qu’Hitler. A Hébron, pourtant, ce sont bien les colons israéliens, protégés par l’armée israélienne, qui peignent souvent sur les maisons palestiniennes des menaces telles que «Les Arabes dans les chambres à gaz».
Le défunt ministre de la Justice, Tommy Lapid, du gouvernement d’Ariel Sharon, avait provoqué un tollé en 2004 en déclarant que l’image d’une vieille femme palestinienne de Ghaza, «à quatre pattes, en train de chercher ses médicaments dans les ruines de sa maison» démolie par l’armée israélienne lui avait rappelé sa propre grand-mère qui avait péri à Auschwitz. Lapid comparait le marquage de numéros sur les armes de l’armée israélienne et sur les fronts des prisonniers palestiniens à la pratique nazie de tatouer les détenus dans les camps de concentration. «En tant que réfugié de l’Holocauste, je trouve de tels actes insupportables» a-t-il déclaré en 2002. (..) Seulement, ce raisonnement reste valable à partir du moment où l’Etat tiers ne dispose pas d’un pouvoir d’influence trop important au sein de l’UE (Cela a déjà été le cas au niveau de la politique énergétique de l’UE. (..) L’ambassadeur du Nicaragua, Miguel d’Escoto Brockmann, a récemment comparé le siège israélien de Ghaza à «un apartheid d’une époque révolue». (..) D’Escoto Brockmann a rappelé que les sanctions avaient aidé à mettre fin à l’apartheid en Afrique du Sud, ajoutant: «Aujourd’hui, peut-être que nous, aux Nations unies, devrions envisager de suivre l’attitude d’une nouvelle génération de la société civile qui appelle à une campagne non-violente similaire.» Cette campagne de boycott, de désinvestissements et de sanctions est déjà en cours et remporte de nouvelles victoires chaque semaine. Elle se renforcera, inversement proportionnellement à la complicité des gouvernements du monde, quelles que soient les justifications qu’Israël pourra avancer pour ses crimes toujours croissants.(5)
En définitive, la question est de savoir comment Israël parvient à avoir une telle capacité d’influence au sein de l’Union européenne? Comment arrive-t-elle à convaincre le Conseil de l’Union européenne alors qu’elle ne parvient pas à convaincre le Parlement européen? En d’autres termes, comment arrive-t-elle à établir une confiance plus profonde avec les exécutifs qu’avec les parlementaires européens (émanation plus directe de la volonté populaire européenne)? Peut-être que l’imaginaire européen est tétanisé à vie par le complexe de l’holocauste dont parle Aba Eban.
Le silence assourdissant des médias européens concernant la non-ingérence humanitaire à Ghaza- notamment de Bernard Kouchner si prompt à prendre son sac de riz en d’autres temps et autres lieux est à corréler avec un autre silence et pour cause cette information capitale d’admission par effraction d’Israël au sein de l’Union européenne. Pendant ce temps, on offre une Union pour la Méditerranée au rabais en demandant aux pays du Sud de s’étriper pour avoir les miettes: coprésidence, secrétariat, projets sans lendemain...Pour une fois El Gueddafi a vu juste en disant que nous ne sommes pas des chiens à qui on peut jeter «des os» du secrétariat...C’est en fait le 28e Etat de l’Union européenne à 6000km beaucoup mieux considéré que la Turquie voisine mais indésirable.

(*) Ecole nationale polytechnique

1.F.Wurtz: Lettre à MM.Sarkozy, Barroso et Solana, Négociations secrètes UE/Israël. 13/06/08
2.Jean-Paul Le Marec: Israël en passe d’obtenir un «statut spécial» Publié le 13-06-2008 http://www.europalestine.com/spip.php? article3257
3.Alain Gresh: L’Union européenne capitule devant Israël: le Monde Diplomatique 10 décembre 2008,
4.Sarkozy, les Tchèques, Merkel et les
Arabes: le document intégral Rue89: 07/12/2008 5.Ali Abunimah. Les frontières d’Auschwitz d’Israël revisitées The Electronic Intifada 11/12/2008.

Pr Chems Eddine CHITOUR (*)

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UNION POUR LA MÉDITERRANÉE : L'Algérie lorgne le poste de secrétaire général

Publié le 17/12/2008 à 12:00 par hogra
UNION POUR LA MÉDITERRANÉE : L'Algérie lorgne le poste de secrétaire général
Selon des sources diplomatiques algériennes, l'Algérie envisage de se porter candidate au poste de secrétaire général de l'Union pour la Méditerranée (UPM) voulue par Nicolas Sarkozy, révèle le quotidien L'Expression. Toujours selon ces sources, Alger avait demandé à Paris de soutenir sa candidature à ce poste en contrepartie de sa présence au sommet de lancement de l'UPM, le 13 juillet dernier à Paris.

Le quotidien estime que l'Algérie a toutes ses chances. Pour l'heure, la Jordanie est le seul pays à avoir fait officiellement acte de candidature. Mais les pays de la Méditerranée orientale sont déjà bien pourvus, puisque l'Egypte assure la coprésidence avec la France et que des postes de secrétaires généraux adjoints reviennent à Israël, à la Palestine, à Chypre, à la Grèce, à Malte et à la Turquie.
"Si la logique est respectée, note L'Expression, le poste de secrétaire général reviendra de facto à un pays maghrébin." Or la Tunisie avait préféré se porter candidate pour accueillir le siège du secrétariat général, avant de se désister en faveur de Barcelone. Quant au Maroc, il n'a jamais exprimé son désir d'occuper ce poste et, du reste, le roi Mohammed VI n'a même pas pris la peine d'assister au lancement de l'UPM.

La fragile UPM à l'épreuve de la crise financière

Publié le 14/12/2008 à 12:00 par hogra
La fragile UPM à l'épreuve de la crise financière

par Kharroubi Habib
Lancée il y a cinq mois, la construction de l'Union pour la Méditerranée risque d'être reléguée au casier des moindres soucis de ses promoteurs. Déjà que ses pères fondateurs ont porté cette Union sur les fonts baptismaux sans enthousiasme débordant pour cause de conviction mitigée sur ses chances de réussite, la voilà maintenant à l'épreuve de la crise économique mondiale qui renvoie sa construction au rang des préoccupations mineures pour la plupart de ses Etats membres.

L'on voit mal en effet ces pays en proie à cette crise se soucier de distraire au profit des projets de cette Union, des moyens financiers dont les plans de sauvetage de leurs économies respectives ont un si grand besoin. Or, c'est justement en faisant miroiter d'ambitieux projets, donc consommateurs d'importants investissements, que le président français est parvenu à rallier à son projet ses pairs de la rive Sud de la Méditerranée, pourtant échaudés par les promesses non tenues en ce domaine par le précédent cadre de dialogue et de partenariat, celui du Processus de Barcelone ayant réuni l'Union européenne et les pays du sud du Bassin méditerranéen.

L'Union européenne, qui doit en principe être le bailleur de fonds principal des projets à initier dans le cadre de l'Union pour la Méditerranée, a d'emblée marqué de la réserve à assumer ce rôle que Sarkozy lui a destiné sans manifestement avoir sollicité son agrément préalable.

La crise financière dans laquelle se débattent depuis la plupart des Etats européens, France comprise, est l'excuse idéale derrière laquelle ils pourront se retrancher pour renvoyer aux calendes grecques la réalisation des objectifs ambitionnés. Ce qui, pour les Etats du sud de la Méditerranée, signifierait un retour à l'immobilisme qui a caractérisé le Processus de Barcelone.

Décidément l'UPM, ce projet si «cher» au président français Nicolas Sarkozy, est née sous une bien mauvaise étoile. D'abord parce que à vouloir jouer au chef d'orchestre, ne réservant que l'exécution à ses autres partenaires dans cette Union, le chef de l'Etat français a semé la prévention et de la méfiance sur les buts visés à travers cette Union. A quoi s'ajoute maintenant que «le nerf de la guerre», l'argent, va manquer pour stimuler l'ardeur dans sa construction.

Dans un tel climat et contexte, il est quasi certain que le manque d'enthousiasme initial des pères fondateurs de l'Union pour la Méditerranée risque de se muer en indifférence mortelle pour la réalisation de celle-ci. Le laborieux compromis réalisé le 4 novembre dernier à Marseille par les ministres des Affaires étrangères de l'Union sur la répartition des postes au sein de son organisme de fonctionnement, pourrait devenir pour cette raison la pomme de discorde que des Etats membres prétexteront pour se désintéresser de la construction de l'institution.

Quels seront les intérêts des peuples des pays du Sud et du Nord ?

Publié le 13/12/2008 à 12:00 par hogra
Où en est l'Union pour la Méditerranée ? Quels seront les intérêts des peuples des pays du Sud et du Nord ?

par Fayçal Megherbi*
Cet article détaille les obstacles qui se dressent sur la voie de l’Union pour la Méditerranée, un projet, un défi qui exige réalisme et lucidité.

L’Union pour la Méditerranée, dont l’appellation officielle est « Processus de Barcelone: Union pour la Méditerranée », est une organisation internationale intergouvernementale à vocation régionale. Elle est fondée à l’initiative du président de la République française, Nicolas Sarkozy, le 13 juillet 2008, dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne.

Cette organisation se coule dans la structure du processus de Barcelone, un pacte liant l’Europe aux pays riverains de la Méditerranée mis sur pied en 1995, à l’initiative de Jacques Chirac.

La nouvelle institution doit prendre son essor sur six projets mobilisateurs : la dépollution de la Méditerranée, les autoroutes maritimes et terrestres, la Protection civile pour répondre aux catastrophes naturelles, une université euro-méditerranéenne, l’énergie solaire et une « initiative méditerranéenne de développement des affaires ». Son organisation est fondée sur une coprésidence entre un dirigeant de la rive nord, désigné selon les mécanismes de représentation en vigueur au sein de l’UE, et un dirigeant de la rive sud, désigné par consensus dans les États concernés. Le président égyptien et le président français sont les deux premiers coprésidents, mais cette décision fait débat. L’omission de toute référence à la démocratie et aux droits de l’Homme dans la déclaration marque une régression par rapport aux objectifs du Processus de Barcelone.

Un consensus ministériel s’est dégagé, le mardi 4 novembre dernier, pour que l’Union pour la Méditerranée siège à Barcelone et que la Ligue arabe en soit membre à part entière, en contrepartie d’un secrétariat général adjoint pour Israël.


Genèse de l’Union méditerranéenne :

À l’issue du second tour de l’élection présidentielle française, Nicolas Sarkozy lance, le 6 mai 2007, un appel pour « bâtir une Union méditerranéenne».

Le 22 octobre 2005, prenant acte de l’enlisement du processus de Barcelone (censé aider au développement des pays du pourtour méditerranéen) à quelques semaines du sommet marquant ses dix ans d’existence, Panagiotis Roumenotis, ancien ministre des Finances de la Grèce, président de l’association Calame (Centre d’analyse et de liaison des acteurs de la Méditerranée) et Jean-Louis Guigou, ancien directeur de la Datar et président de l’Institut de prospective du Calame, lancent un appel pour une Communauté du monde méditerranéen.

Nicolas Sarkozy, alors candidat, lance pendant la campagne présidentielle française de 2007 l’idée d’une Union méditerranéenne (UM).

Dans son discours de Tanger, le 23 octobre 2007, il invite tous les dirigeants des pays riverains de la Méditerranée à participer « sur un pied d’égalité » à une conférence au sommet à Paris en juin 2008, (c’est-à-dire à l’aube de la présidence française de l’Union européenne) qui devait marquer la naissance politique de cette union. Le projet français préconise la coopération entre les pays des deux rives sur des domaines consensuels comme l’eau, l’environnement, l’énergie, les transports. Israël est invité à y prendre part aux côtés des pays arabes.

En septembre 2007, le Président français nomme Alain Le Roy, Ambassadeur chargé de la mise en oeuvre du projet d’Union méditerranéenne.

Pratiquement, la France, à travers la création de cette nouvelle union, vise deux buts inavoués : arrêter les flux migratoires des pays du Sud vers l’UE et écarter la Turquie des négociations d’adhésion à l’Union européenne, tout en lui offrant une contrepartie.

La gouvernance des pays du Sud dresse de multiples obstacles au succès de ce projet. Du Maroc à la Turquie, ce ne sont pas moins de cinq conflits armés ou querelles frontalières qui empêchent toute coopération. Toutefois, la principale préoccupation des dirigeants des pays du Sud qui sont favorables à ce projet (Egypte, Maroc, Tunisie,...) « n’est pas d’intégrer un club de démocraties méditerranéennes, mais de sanctuariser leurs régimes et de maintenir leurs clans au pouvoir. Tout projet de modernisation menace leur souveraineté, leur pérennité politique. Donner la liberté à leur peuple, instaurer un État de droit ou offrir à leur jeunesse une véritable perspective, cela n’est pas à l’ordre du jour ».

Au fond, « la plupart des régimes concernés voudraient « cueillir » la contribution financière européenne sans avoir à bouleverser le quotidien de leur population, ni réformer leur gouvernance ».

Le journal Le Monde parle d’une « bienveillance américaine à l’égard du projet d’Union méditerranéenne ». Cette « bienveillance » ne suffit néanmoins pas à faire taire les critiques européennes : aucune concertation n’a eu lieu avec les partenaires européens non-méditerranéens de la France.


Les tensions franco-allemandes et les dissensions françaises :

Il est vrai que la Commission européenne et le Parlement européen sont très irrités par ce projet français, qui consacre l’échec du processus de Barcelone et qui marginalise les institutions européennes incapables de donner une impulsion crédible.

L’Allemagne fait savoir ses fortes réticences. De plus, ce projet, mené sans aucune concertation avec les pays de l’UE, brouille la politique européenne de Nicolas Sarkozy. Certains États européens « bénéficiaires nets », recevant plus de fonds européens qu’ils ne cotisent au budget de l’UE, craignent une baisse des subventions au bénéfice du Sud. Certains hauts fonctionnaires de la Commission européenne déclarent que les Français veulent « siphonner » les fonds européens au bénéfice de leur zone d’influence au Sud.

Enfin et sous la pression allemande, la révision du projet français a minima était devenue inévitable. Angela Merkel, chancelière fédérale allemande, voit dans la première version de l’UM une dynamique politique méridionale concurrente de l’UE.

Les 13 et 14 mars 2008, Nicolas Sarkozy a défendu son projet au Conseil des chefs d’État et de gouvernement de l’UE. Il a tenté tout d’abord de faire accepter son projet en le présentant à ses partenaires européens comme le double méridional du Conseil des États de la mer Baltique, dont seuls les pays riverains peuvent être membres à part entière, les autres États européens ayant le statut d’observateur. Angela Merkel, la chancelière allemande, refuse toujours, exige que l’ensemble des États membres de l’UE soient membres à part entière de l’UM et que la Commission européenne soit au coeur du dispositif.

Récemment, le 04 novembre dernier, un accord global a été trouvé à Marseille, au cours d’une réunion ministérielle, pour que l’Union pour la Méditerranée siège à Barcelone et que la Ligue arabe en soit un participant à part entière en contrepartie d’un secrétariat général adjoint pour Israël.

La déclaration finale précise que « pour le premier mandat », les cinq secrétaires généraux adjoints seront l’Autorité palestinienne, la Grèce, Israël, l’Italie et Malte.

Il peut sembler que ce que nous avançons pourrait paraître utopique voire idéaliste, mais, au-delà de ces clivages d’intérêts politiques, il est important que les Etats protagonistes commencent à s’intéresser aux intérêts de leurs peuples. L’Union pour la Méditerranée reste quand même une alternative pour un monde meilleur qui peut amener à une vie plus humaine pour les peuples du Sud et du Nord.


*Doctorant en droit et juriste d’une ONG à Paris.

Notes :

1- Elle rassemble des États riverains de la mer Méditerranée et l’ensemble des États membres de l’Union européenne. Elle compte 43 membres : les 27 de l’UE, l’Albanie, l’Algérie, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, l’Égypte, Israël, la Jordanie, le Liban, le Maroc, la Mauritanie, Monaco, le Monténégro, l’Autorité palestinienne, la Syrie, la Tunisie et la Turquie.

2- En France, Datar est un acronyme désignant la Délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale, aujourd’hui remplacée par la Délégation interministérielle à l’aménagement et à la compétitivité des territoires (DIACT).

3- Répertoire de bases de données en Sciences Humaines et Sociales.

4- www.elysee.fr

5- L’Union pour la Méditerranée entre rêve et utopie, Le Figaro, Paris, 17 avril 2008.

6- La fin du gaullisme ?, Le Monde, Paris, 5 mai 2008.


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