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Raïna Raïkoum

Paternel

Publié le 21/10/2009 à 13:30 par hogra
Paternel

par El-Guellil

Il a tenu à écrire au Guellil, sa vie. Sa tranche de vie. Très jeune, il avait commencé à faire du théatre au sein d'une troupe qu'animait son père. A la veille de son examen de sixième, il s'est vu obligé de se produire dans une pièce, le lendemain à sept heures, il se devait d'être présent au centre d'examen. Deux tracs qu'il devait surmonter grâce à l'amour que lui portait son père. Le spectacle était un succès et les résultats de l'examen l'étaient aussi. Vive l'amour paternel. Tant mal que mal, il suivait son cursus, un cursus de déménagements. Il a plus appris à démonter et transporter toutes sortes de meubles qu'à résoudre une équation mathématique. Car sa vie, toute sa vie n'était que déménagement. Il a connu des dizaines de maisons. Aucune enfance. C'est beau l'amour paternel. Appelé à faire son service national, il répond présent. Après son instruction, première permission, heureux de rentrer chez lui. Il sonne on lui ouvre la porte, au moment où il amorce l'escalier... «vous allez où monsieur ? ... Ah vous êtes sûrement le fils de... vous passez votre service militaire. Désolé mais vos parents ont déménagé. Et c'est moi qui a acheté. Ils sont installés au Maroc !». Du coup, dans sa ville adoptive il se retrouve étranger. C'est tendre l'amour paternel. Tant mal que mal des études à Alger, en internat. Diplômé, il rejoint le domicile parental. Car ils étaient revenus. De maison en maison, il finit par fonder son foyer. Un certain an, il gérait un atelier de son père. Des machines. Des ouvriers. Tant mal que mal, jusqu'au jour où son père est venu le voir lui cinglant «Barkani mennek». Il lui remet ses clés en s'effaçant sur la pointe des pieds. L'atelier a été vendu au kilo. C'est génial l'amour parental. Loi du livret de famille, de loin il apprend, le dernier, que son père avait vendu sa maison pour s'installer dans une autre maison, car une de ses filles avait un problème. Puis son domicile pour s'installer dans un autre domicile, car un de ses enfants avait un problème. Plus tard, il offre par acte notarié la moitié de ce domicile à ce même garnement. Maintenant, ils sont deux à vendre ce dernier logis. Et le dernier qui est mis au courant, c'est le guellil. C'est extraordinaire l'amour du livret de famille. Je pardonne, mais n'oublie pas!



Le mort sera une souris

Publié le 16/06/2009 à 11:58 par hogra
Le mort sera une souris

par Kamel Daoud
Le «Que sais-je ?» français est aujourd'hui une question collective algérienne. Le peuple, sa tête, ses yeux et ses sources proches ne savent aujourd'hui presque rien de ce que fait, veut et décide Bouteflika. Ou son frère. Ou son autre frère. Ou ses ministres les plus parents. On sait qu'il s'appelle Bouteflika. Qu'il a été élu par lui-même pour un 3e mandat. Qu'il n'est pas content tout le temps. Mais à part cela, c'est le vent qui fait l'information en Algérie. Le peuple en sait autant que ce que sait Belkhadem, c'est-à-dire rien.

Faute donc de mieux, on se contente de ces grands classiques qui meublent les vides estivaux de la communication institutionnelle : des listes, des enquêtes, de nouveaux généraux, un probable discours hydraulique et des nominations en stand-by. Et c'est tout. Pour le reste, achetez des journaux ou prenez un long café dans votre quartier ou regardez le JT de l'ENTV pour décrypter d'hypothétiques non-dits.

L'opacité est tellement dure aujourd'hui qu'elle frappe de ridicule les hommes du Président, c'est-à-dire ce fatras d'employés indéfinissables entre l'obligation du youyou et le devoir de faire du commentaire. Car, quand un ex-chef de gouvernement est remercié par téléphone et qu'un autre est nommé par le même appareil, il ne faut pas s'attendre à ce qu'ils en sachent plus que vous sur les intentions de cet homme qui refuse de descendre de son maquis ou de se confier à d'autres que son propre Destin.

Souffrant de l'obligation mondaine d'avoir des courtisans et des ministres, Bouteflika a toujours aimé ces exercices traditionnels de la royauté : décapiter, honorer brusquement, exclure sans raison, laisser entendre, décider seul et laisser le reste s'essouffler dans l'exercice du rattrapage. D'où cette obscurité sur ses intentions finales qui inquiète même les chancelleries les mieux informées sur nos intestins et leurs sérails.

La raison étant que Bouteflika fait partie de ce courant de néo-boumediénisme qui croit qu'il n'existe que deux entités dans un pays comme le nôtre : le peuple et son chef. Les autres, tous les autres, des Belkhadem en séries ou des opérateurs économiques, sont perçus à travers le prisme du complot permanent, de la concurrence déloyale et de la course à la tétine de l'Etat.

La seule déception dans cette fable de la monarchie rêvée, c'est qu'elle n'aboutit jamais à rien d'autre qu'à des toussotements. Bouteflika ayant l'habitude de cultiver les suspenses, de laisser grandir les attentes ou de préparer des révolutions, puis de ne rien faire d'autre que de tirer des balles à blanc en nommant un directeur des forêts à El-Bayadh, là où en attendait un rajeunissement radical de l'ANP, par exemple. La réponse à la question du «Que sais-je ?» est simple : «On sait qu'il ne fera rien».

Après l'Indépendance, fais ce que tu veux !

Publié le 15/06/2009 à 00:16 par hogra
«Après l'Indépendance, fais ce que tu veux !»

par Kamel Daoud
Selon un confrère, selon la radio, selon une émission, selon un enseignant du secondaire interviewé, le gros problème du Bac de cette année n'est pas l'Erreur mais la Triche. Le copiage, la fraude, la falsification des chances et du destin. On ne peut pas les prouver, mais certains ont pu les constater. Il y a eu des cas et des cas de triche selon le principe des vases communicants. Cela veut dire que si on triche dans des élections et dans des appels d'offres, il y a fatalement triche dans les épreuves du bac algérien par effet domino. Le bac n'étant pas une épreuve isolée du reste de la nation et n'ayant pas encore été délocalisé à Genève, il subit donc la même logique qui touche le billet de 1000 DA et les résultats de n'importe quelle consultation populaire.

Ceci étant une banalité, il reste à examiner le paradoxe éthique évoqué par cet enseignant interviewé à propos de son fils candidat au bac. Eduqué sévèrement à l'honnêteté stricte et à la morale inutile, ce lycéen serait rentré en larmes chez lui parce qu'il a été coincé par un paradoxe national qui va lui coûter gros: soit tricher et avoir une bonne note et son bac, soit se conformer à sa propre éducation parentale et échouer honorablement et avec brio et bonne conscience. Et c'est cela le paradoxe du mouton intime: devenir un carnivore et changer de règne au point de ne plus être reconnu par ses propres parents ou persister dans l'hygiène et finir par être dévoré ?

Ce lycéen typique n'est en effet pas un cas isolé mais une sorte de catégorie sociologique sans issus. Le cas se pose pour beaucoup d'Algériens à n'importe quelle heure de la journée: respecter au volant les panneaux de priorité et se faire harceler par les klaxons des gens qui sont derrière, ou griller le feu et faire comme tout le monde pour ne pas perdre son temps ? Attendre le feu vert pour traverser le long du passage piéton et être regardé comme un idiot suisse ou traverser n'importe comment comme son propre peuple le fait depuis le départ du Colon et la mort de Boumediène ? Payer une commission à la commission des appels d'offres et avoir son marché ou se cabrer contre les corruptions obligatoires et finir pauvre mais propre ? Respecter la file d'attente et être vu comme un castré par ses propres enfants ou griller la politesse et revenir chez soi avec une cuisse d'outarde entre les dents comme le bon vieux chasseur de sa propre préhistoire ? Etre un honnête idiot ou un brillant débrouillard ? Le paradoxe du mouton se pose même en terme de concurrence politique: être démocrate jusqu'au bout et ne jamais gagner une élection ou faire comme ses concurrents pour sauver la démocratie même par la triche ? Laisser le peuple voter pour qu'il élise des islamistes en armes ou recourir au coup d'Etat et à la fraude électorale pour sauver la démocratie par son contraire ?

Et le plus curieux dans cette affaire de mouton obligé de manger de la viande pour survivre ou se faire manger comme une herbe pour rester ce qu'il est, c'est que cela se passe dans une société qui cultive une religiosité non négociable avec le crime et le délit. Les Algériens trichent de plus en plus en s'islamisant de plus en plus vite. La raison ? Encore une fois la psychologie fourbe de la morale: la morale étant collective, chacun triche individuellement sous prétexte que les autres ne font pas mieux. Le contraire d'une morale individuelle qui ne se soucie pas des autres mais de son propre salut. La raison encore une fois: dans une société qui croit que Dieu regarde chacun, partout, rien de mieux que de prier chacun derrière le dos de l'autre pour s'y dérober. Ce lycéen n'est donc pas isolé. Il est seul. D'où cette conclusion injuste: pour un crime commis par tous, chacun paye à part soi. C'est ce qui laisse un gros sentiment d'injustice et d'inégalité des chances devant la chance. Le paradoxe du mouton n'a pas de solutions: dans les deux cas, on paie et on meurt. Mais dans l'un des cas, on commence à puer de son vivant, au nez de ses propres enfants.

Peuples des turbans et des babouches !

Publié le 06/06/2009 à 15:53 par hogra
Peuples des turbans et des babouches !

par Kamel Daoud
Quand on est Arabe et surtout de ce Maghreb incolore sauf par ses terrorismes et ses kidnappings, on dira que le discours d'Obama a été « un faux événement », selon la piètre expression. Quand on est un ultra israélien, ou un islamiste internationaliste, on dira qu'il « n'a rien compris », avec le soupir travaillé que l'on devine. Quand on est un modéré sous-traitant ou un laïc insulaire, on dira que ce discours est encourageant mais insuffisant. Et quand on est simplement musulman, on regardera Obama parler parce qu'il est si beau en insonore mais on n'écoute pas ce qu'il dira parce qu'il se parle à lui-même et aux siens dans l'immense narcissisme en boucle des USA. Le discours aux musulmans, prononcé du Caire, fera cependant date, mais pas comme on peut le croire : indirectement et sans peut-être volonté délibérée, une géographie et une date viennent d'être consacrées : il y a désormais l'Amérique, la France, la suisse... etc, et, à l'autre bord, il y a nous, les « musulmans », cette identité confessionnelle en vrac, ce périmètre délimité par la croyance et le turban et pas par la différence et les institutions des Etats modernes. L'Amérique vient en effet d'officialiser notre statut et a signé la fin, depuis longtemps consommée, de nos Etats-nations, des idées de territoires nationaux, de pays différents et de populations distinctes. Nous sommes les « musulmans » avec le même sens qui prévalait lorsqu'on parlait de « Maghrébins » dans les préfectures françaises, ou de « nord d'Af » et de « musulmans » à l'époque de la colonisation française. Ce n'est ni la faute d'Obama ni celle des Occidentaux : ils ne peuvent voir le monde qu'à travers les yeux du mythe de Robinson Crusoé : le reste de l'humanité ne sont pas des animaux mais pas encore des démocraties, d'où le choix de les désigner par leur turban et confession ou de les appeler « Vendredi », selon les jours de semaine. Dans les temps anciens, les Arabes donnaient même des noms de pierres précieuses à leurs esclaves.

C'est la faute à notre histoire : nous y avons consacré l'échec de l'émergence de toute idée de républiques, peuples, nations et nationalismes hors des trocs des barils et des perles. Entre régimes et déserts, Obama ne pouvait s'adresser à nous en tant qu'Egyptiens ou Algériens ou Yéménites, mais en tant que « musulmans », cette nouvelle réserve confessionnelle où nous nous sommes nous-mêmes enfermés et où nos régimes n'y sont déjà que comme des chefferies indigènes, des gardiens de limes et pas des incarnations de volontés collectives. Souvenez-vous, enfin, de la fausse et délicieuse bourde de Donald Rumsfeld, l'homme de main, de l'époque Bush, lors de sa visite en Algérie et qui nous a adressé un bon message après son départ, destiné « au peuple d'Alger ». Aujourd'hui donc, il y a l'Occident et ses nations, les « pauvres » d'Afrique, les pays dissidents et il y a nous, « les musulmans » avec notre Islam non soluble et nos problèmes d'intégration à l'humanité. Obama défend la paix, des Israéliens en profitent pour se présenter comme les défenseurs de l'Occident, nos régimes se défendent contre nous. Et là où, autrefois, les cartographes imprécis dessinaient les bords du monde avec des bestiaires d'animaux invraisemblables, aujourd'hui, on trace les limes avec les turbans et les babouches.

Les mules

Publié le 28/05/2009 à 13:12 par hogra
Les mules

par El-Guellil
On ne sait pas conduire. C'est ce qui ressort de toutes les statistiques et enquêtes menées par des diplômés des grandes écoles. C'est quoi donc la solution? Mettre en tôle tous les chauffards? ils récidiveront. Revenons donc aux moyens de bekri, c'est ce que décident les autodidactes. L'Ane. On se déplacera à dos d'âne. Comme ça, au moins, plus besoin de parking. Juste des kouris pour bourricots. Il n'y aura même pas besoin de faire des efforts d'investissement. Toutes nos villes sont bourrées de cités qui n'ont rien à envier aux kouris d'antan.

Vous ne pouvez pas savoir ce que ça va résoudre comme problèmes. Adieu les stations d'essence et le trabendo vers les pays voisins. Adieu les grèves et le chantage des syndicats à la veille des fêtes. Les urgences médicales bondées par les accidentés. Les barrages de gendarmerie. Plus de retrait de permis pour conduite en état de buveresse. Plus de pièce détachée taïwan. On butera sur l'indisponibilité des ânes, car ces animaux sont courtisés aussi par l'industrie cachère.

Ainsi, on commencera par donner des agréments à des bourrécoles où on apprendra à faire avancer et arrêter l'animal. Ces écoles, ces bourrécoles initieront les candidats à la conduite.

Mais comment yal khaoua fera-t-il l'âne du Centre pour comprendre les ordres de son maître de l'Est, si celui de l'Ouest ne parle pas la même langue que son frère du Sud, et vice-versa ? C'est très simple. Il faut opter pour une seule langue dans l'ânation. Tous les ânes se verront recycler (surtout ceux importés du Maroc ou de Tunisie, habitués à d'autres langues). Ils iront dans les écoles, ils passeront par l'apprentissage et la mise à niveau afin d'obtenir le permis de «bourricoler». On sera obligés de revaloriser les terres pour offrir de la bouffe aux ânes. Toute une industrie renaîtra. De la fabrication du chouari, au chouari de la fabrication.

C'est ainsi qu'à l'ère de l'«i-mail» nous imposerons le «i-on».

Le seul pluralisme encouragé en Algérie

Publié le 28/05/2009 à 13:08 par hogra
Le seul pluralisme encouragé en Algérie

par Kamel Daoud
Par un durable effet de doublement et de dédoublement, presque tout en Algérie a son «informel», comme autrefois les âmes des brousses avaient leur double totémique. Exemples en vrac.

Il y a les taxis et les taxis clandestins. Il y a les parkings et les parkings sauvages. Il y a de vraies Adidas et de fausses marches nationales. Il y a un vrai FLN et un faux FNA. On a, entre autres, deux têtes pour presque chaque organisation: celles des enfants de Chouhada, celle des commerçants et artisans, celles des enseignants, les droits de l'homme, les étudiants, les taxis, les transports, le PT de Louiza Hanoun, etc. On a eu deux tendances pendant la guerre de Libération, durant les événements de la Kabylie, avec les maquis islamistes, etc. On a aussi le vrai savon de Marseille, le faux. La vraie pièce détachée et la «Taïwan», vendue légalement juste à côté. Si vous allez acheter une chemise, on peut vous proposer une «made in Italy» et une autre «made in China», selon votre bourse. Pour le commerce, vous avez le commerce dans les boutiques et le commerce sur les trottoirs. Le pain du boulanger et le pain de la «rue». Chaque activité est doublée en Algérie par son totem informel: du paiement des impôts, à la Justice ou la politique.

Selon une règle générale, on autorise le pluralisme en Algérie pour casser quelque chose, pas pour démocratiser ou partager équitablement les chances et les activités. On ne vous laissera jamais créer une TV indépendante mais on vous aidera à créer une dissidence là où on a besoin de casser. Vous ne serez jamais Président, mais tout sera fait pour que vous soyez redresseur de votre propre parti et le dissident de votre syndicat. Pour n'importe quelle procédure, vous avez aussi la «formelle», celle des Suisses en pays du baobab et «l'informelle», celle de l'Intervention, de la connaissance, du parent, du lien, du client. Vous pouvez payer une infraction au code de la route, selon deux façons comme chacun le sait. Il y a les anciens moudjahidine et les faux, qui sont plus puissants, n'ont jamais déposé les fusils et ne se battent pas contre la France mais contre les archives. Il y a aussi l'appel d'offres et l'appel d'oeil. Les vraies Ray-ban et les fausses présidentielles. Le vrai billet de 1.000 DA et le faux. Il y a même plusieurs Bouteflika.

Il y a un seul Ouyahia pour le moment mais il est déjà doublé par un Belkhadem mis en attente. Il y a un seul Etat mais plusieurs Pouvoirs. Vous êtes unique, en tant que monade mais vous savez très bien que l'on peut voter à votre place en faisant signer votre double astral. Tout est en double. Tout a son faussaire. C'est le seul pluralisme encouragé en Algérie: celui de la casse.

Du beau temps pour... mourir?

Publié le 27/05/2009 à 21:36 par hogra
Du beau temps pour... mourir?

par Aissa Hirèche
D'habitude, à l'arrivée du beau temps, les gens se sentent mieux disposés et plus légers. Partout ailleurs dans ce monde, la période de soleil est fêtée et célébrée dans la bonne humeur et même dans la joie. Les vacances scolaires, c'est l'été. Le congé annuel, c'est généralement l'été, les grandes voyages, c'est aussi l'été... L'été, saison du beau temps, définitivement collée à la mer, est un moment de repos, de quiétude, de tranquillité, de bien-être.

Chez nous aussi l'été est synonyme de mer. Il a suffi que le beau temps pointe du nez pour que, par dizaines, de jeunes Algériens prennent la direction de la mer. Comme tous les jeunes de leur âge, ou presque... Mais chacun attend le beau temps à sa manière... Chez nous, ils s'embarquent pour la mort parce que, en traversant la mer avec une barque de «fortune», c'est d'abord vers la mort qu'on va. Ils s'embarquent aussi pour le risque, pour l'humiliation, et, enfin, pour une éventuelle aventure... Peu importent leurs noms. Peu importent leurs origines sociales. Peu importent les dechras desquelles ils descendent. Ils ont un même objectif et cela leur suffit pour embarquer ensemble. De Annaba, de Ghazaouet, de Beni Saf ou d'ailleurs... là où il y a des plages ou des endroits où ils peuvent mettre leurs barques à l'eau !

Ils fuient une situation qu'ils ne peuvent plus supporter. Un chômage qui a trop duré. Des mensonges qui ne rougissent plus et qui, donc, ne prennent même plus la peine de cacher leur nature. Ils fuient les nouveaux seigneurs d'une économie qui tourne au ridicule. Les kherrada d'un type nouveau. Ils s'en vont vomir ailleurs une opposition qui ne sait que danser du ventre et un régime qui n'est affairé qu'à exceller dans le mensonge et l'inapproprié.

Non, ce n'est pas le bonheur qui les pousse à quitter les leurs et leur pays. Non ! Ce n'est pas la belle vie qui les incite à s'en aller. Ils s'en vont à cause de la misère imposée par ceux qui n'ont su - ni ne savent - être à la hauteur des attentes du peuple, c'est-à-dire ceux-là mêmes qui font semblant de s'occuper à regarder ailleurs au moment où l'hémorragie des jeunes et des cadres que subit le pays est à son paroxysme.

Réprimander la harga en la traitant comme un vulgaire délit n'est certainement pas la meilleure façon de résoudre le problème car cela ne mettra jamais fin à la faim, au chômage et à la misère de ceux qui décident chaque jour de partir. Jeter en prison ceux qui se jettent à la mer pour tenter de les dissuader de récidiver est simplement une aberration, il n'y pas de punition plus forte que le suicide et que peut signifier la prison pour celui qui s'est déjà suicidé ? La solution fait justement partie, dans ce cas, des sources de problèmes. On ne gère pas que par la répression ! Il doit bien y avoir d'autres moyens.

L'Enfer d'Ibn-Dante

Publié le 25/05/2009 à 11:49 par hogra
L'Enfer d'Ibn-Dante

par Kamel Daoud
Oui, le pays est à l'arrêt. Non, le pays n'est pas à l'arrêt. Cela dépend en effet duquel : celui que vous habitez ou celui qui habite au-dessus de vous. Depuis sa réélection, Bouteflika est entré vivant dans l'éternité. Il ne semble plus rien vouloir que regarder le temps gambader, écrire mentalement ses mémoires ou choisir, vraiment de très loin, quelques créatures pour les déléguer sur notre terre. Il a atteint son but autobiographique, tout le reste n'est que sommaires et renvois en fin de pages.

Dans ses parages, ses familles. Frères en veille, proches, alliés feutrés et quelques câbles d'amarre au réel. Tout le monde veut leur place, ils veulent la place de tout le monde. Un peu plus loin, dans le cercle de l'exécution, son actuel 1er ministre-second souci, sceptique fondamental mais employé modèle. Une sorte de vizir d'entretien des mécanismes nationaux et des machines à vapeur. Il veille lui aussi, avec une nonchalance refrénée et une lassitude repoussée à 2011, à ce que le pays ne soit pas démonté comme une tente après une circoncision et le fait avec un mystérieux sourire au coin des lèvres. Un peu plus bas, dans le cercle suivant, les gens qui ont fabriqué notre Etat EURL des deux dernières décennies, et qui ne savent plus quoi dire ni penser de leur forfait. Ils s'occupent eux aussi de leurs enfants, ont des avis partagés sur le retour infini de Bouteflika. Quelques-uns d'entre eux se font de l'argent en prévision de l'après-pétrole, d'autres, vraiment fatigués, se replient vers la contemplation et la réflexion antigravitationnelle.

Le cercle suivant est celui des armées civiles de Bouteflika qui ont été mobilisées magnétiquement lors des dernières élections. Là, c'est le désarroi, ce beau mot français, synonyme de Sahara en arabe. Après une si intense activité nuptiale, les hommes et femmes de ce cercle commencent à douter individuellement, en mode vibreur. Ils regardent à gauche et à droite. Se baladent d'un comité à l'autre. Se rencontrent. Parlent du 9 avril en le datant du 5 juillet 1962. Attendent et collectionnent de petites rumeurs. Encore plus loin, dessiné par des pistes pour ânes dressées, le cercle des gens qui encerclent malgré eux les autres cercles. Vous, moi, le pays et son peuplement. Là, on s'organise chacun comme on peut. Les administrés se tordent et louvoient. Les administrateurs exécutent, s'exécutent, mangent et continuent de se balancer. L'argent y vient sans but et sans justice et se consomme sans effort et sans obligation de résultat. Des gens y prennent la retraite. D'autres lisent des journaux. D'autres prennent de l'âge et prient Dieu avec l'idée d'un logement social dans la tête plutôt que celle d'une vision mystique.

Enfin, et encore plus loin, le cercle qui n'est pas un cercle. Là, le pays n'est pas à l'arrêt. Il n'existe même plus. Selon la règle, la fin d'un Etat commence dans la perte du contrôle de ses frontières. Cela se passe donc dans une ville des frontières, là où l'Etat est privatisé, les «postes» administratifs et de contrôle se vendent et s'achètent et les corruptions font pousser des forêts.

Lu hier : la voiture achalandée d'un contrebandier saisie par des gendarmes sera reprise de force par la famille et les amis de celui-ci. Selon un collègue qui a rapporté l'information, le cortège de ces pirates rentrera en ville avec des klaxons et des feux de détresse pour signaler une victoire sur l'Etat, ses gendarmes et la Loi.

Un autre Etat s'organise donc, en montant par le bas. Il a déjà sa force, ses lois, son argent et ses institutions. L'Etat de Bouteflika y est dans la position de la caserne isolée. C'est une autre époque qui commence, celle d'un Pouvoir qui ne peut même plus dégager les trottoirs ou interdire les stationnements sauvages. Tout juste s'offrir un lifting puis tourner le dos à tout le monde pour recompter les étoiles des galons célestes.

C'est le dernier cercle qui encercle. C'est la nouvelle armée des frontières contre la nouvelle zone autonome d'Alger.

Hout yakoul hout

Publié le 24/05/2009 à 16:56 par hogra
Hout yakoul hout

par El-Guellil
Ces pêcheurs qui bravent chaque jour la mer. Apporter du poisson. Voilà leur mission quotidienne. Terrienne. Ces poissons faiseurs de vie pour leur famille. Le bonnet vissé sur la tête. Le regard aiguisé sans lunettes de protection. Aiguisé d'avoir trop navigué à travers les bleus du ciel et de la mer sans jamais s'être perdu. Toutes les couleurs dérivées du bleu primaire. Parfois mêlées du rouge donnant une tertiaire proche de la mort. Ils ont appris et dompté. L'œil s'est habitué depuis très longtemps. La beauté du lieu ne lui fait plus l'effet des premiers instants. Celui des sirènes ensorceleuses. Leurs bras sculptés de nervures tracées par de nombreuses aventures vécues sur les flots. Le visage tels les récifs transformés par l'écume. Leur regard toujours projeté au loin pour garder le cap. La tête relevée. Au milieu de la Méditerranée, ils ont l'impression que le monde leur appartient. Sans sécurité aucune. C'est leur liberté qu'ils vont chercher tous les jours en gagnant le large. Quelquefois ils perdent la vie en voulant la gagner. Habillés de guenilles pour ne pas abîmer leurs vêtements du civil, ils sont pourtant magnifiques. Car ils savent être majestueux. C'est la mer, mère de tout apprentissage. Ne la fréquente pas qui veut. Croyez-moi. Il faut mériter son accueil. Elle forge le caractère. Loin des villes, ils sont confrontés à un monde dont les codes sont un partage entre les valeurs de l'homme et celles de la nature. Là, la mer impose sa suprématie. Faisant des pêcheurs des acteurs du monde universel. Une fois, le bateau chamarre, arrimé sur la plage. Les pieds à peine posés sur le sol. Les marins au contact des autochtones deviennent laids. De trop d'empressement, ils quittent leur cargaison au profit de gargotes où seuls les estomacs sont maîtres. Avec des règles de marché imposées aux pêcheurs perdants. Hout yakoul hout. Qui sait que demain sera la même journée ? Il ira prendre un peu de bonheur au loin pour faire face au malheur du monde. Sale et sans poésie. Dieu seul sait. Dieu seul sait pourquoi la sardine pendant des mois était introuvable sur nos marchés.

Local

Publié le 22/05/2009 à 11:13 par hogra
Local

par El-Guellil
Un goût de cendre s'annonce pour des jeunes avec des rêves plein la tête. Chaque année, l'école vomit des milliers de nouveaux hitistes... Adossés aux murs des quartiers qui les ont vus naître, ils sont là toute la journée, se confondent avec le paysage. Ils se cotisent pour se payer un «café moitié-moitié» et se passent le mégot comme en tôle.

Nombreux sont ceux qui ont emprunté l'unique issue offerte, le trabendo à petite échelle, un portable par-là, une chemise ou paire de godasses par-ci. Le système D. Plus nombreux vont au plus simple : la tabla de cigarettes.

D'autres, bercés par les sons des sirènes du désespoir et des révoltes, ont emprunté un chemin conforme aux chimériques promesses d'un autre monde meilleur.

Quelques-uns ont tenté la clandestinité d'un voyage qui les a menés vers d'autres galères qui ont fait les unes et les manchettes de journaux.

Pourtant, les discours et les mesures régulièrement annoncées ne manquent pas de «remèdes». L'emploi de jeunes, encadré par de nombreux fonctionnaires et experts, devrait être un instrument puissant de mobilisation de «débouchés» pour les jeunes à travers les différentes lois et facilités bancaires. Il est vrai que beaucoup ont bénéficié de ce créneau... Micro-entreprise, micro-crédit... Coopératives de jeunes...

Mais, fallait-il qu'ils aient un local. Du coup, les jeunes, adossés aux murs, ont plus froid «dans les smayames» de l'administration.

Car, au fait, quel est le jeune qui a un local ? Si ce n'est celui qui, - justement - n'a pas besoin de l'aide de l'emploi des jeunes pour créer son petit commerce...
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