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Date de création : 22.07.2008
Dernière mise à jour :
23.11.2009
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Je me permets de m’adresser à vous à la veille de l’anniversaire du déclenchement de la révolution algérienne. Une date choisie par des hommes pour déclencher la lutte armée. Certains d’entre eux connus et glorifiés et d’autres tombés inexplicablement dans l’oubli.
En cette date symbolique, je me suis retrouvé à dresser un bilan de tout ce qu’on a réalisé depuis le recouvrement de notre indépendance. Si la réponse coule de source, je me permets une seconde fois de vous interpeller pour, comme dit-on, vider le sac ou bien tout ce qui me pèse sur le cœur.
Monsieur le Président, je n’ai pas voté pour vous ni pour aucun autre candidat à la dernière présidentielle ; cela ne veut nullement dire que j’ai fui mon devoir de citoyen. Ai-je d’abord cette qualité dans un pays qui se débat dans mille et un problèmes ? J’ai refusé d’aller aux urnes parce que tout simplement ma conscience me l’a interdit. Pourtant j’avais, et j’ai toujours foi en mon pays. En ses hommes et en leur compétence. Seulement, cette dernière n’est malheureusement plus un critère pour aspirer à des postes stratégiques où la «moubayaâ» s’est érigée en mode pour les très convoités strapontins.
Monsieur le Président, en cette date symbolique, qui nous renvoie cinquante cinq ans en arrière, Mostefa Benboulaïd, Larbi Ben M’hidi, Didouche Mourad, Krim Belkacem, Rabah Bitat et enfin Mohamed Boudiaf se retournent dans leur tombe. De peine et de chagrin bien sûr. Monsieur le Président, sans enlever de votre mérite d’avoir au moins tenté de faire bouger les choses, comme d’avoir désendetté le pays et d’avoir également lancé des mégaprojets de la grandeur de l’autoroute est-ouest, il est, en revanche, regrettable qu’on n’accorde aucune importance à l’humain, la première richesse du pays. Pour preuve, Monsieur le Président, cette tendance de notre jeunesse à se donner la mort en se suicidant ou en prenant le large pour partir clandestinement en quête de cieux plus cléments. Il n’est nullement ici question de remettre en cause votre politique ni d’y porter un quelconque jugement, mais lorsque la réalité et le quotidien sont amers et lorsque l’avenir est des plus incertains, il est de notre devoir de vous interpeller dans l’espoir d’actions d’envergure de votre part pour réinstaller un tant soit peu la confiance parmi les citoyens.
Monsieur le Président, depuis quelques jours, plusieurs ministères ont été secoués par des scandales qui en cachent certainement d’autres. Des secteurs névralgiques éclaboussés par des affaires scabreuses et qui coûtent au Trésor public plusieurs dizaines voire des centaines de millions de dollars.
N’est-ce pas là l’image d’un pays ternie par la corruption, la mauvaise gestion et la dilapidation des deniers publics. Si des enquêtes ont été déclenchées suite à vos instructions, cela ne pourrait que vous honorer, mais ça reste tout de même insuffisant puisque ce mal ronge notre société et la corruption la gangrène. C’est la raison, à mon avis, qui fait fuir les investisseurs étrangers, en plus, bien sûr, des tracasseries administratives. Il est vrai que la gestion d’un pays comme l’Algérie n’est pas aussi aisée qu’on ne le pense et c’est vrai aussi que le redressement de la situation est très difficile. Mais la bonne volonté existe ; on peut remettre le pays sur ses pieds et placer l’Algérie dans la liste des pays émergents. Ne dit-on pas que vouloir, c’est pouvoir. Hélas, mille fois hélas ! Cette volonté nous manque terriblement, d’autant plus que gouvernants et gouvernés se regardent comme des chiens de faïence. Excusez l’expression, mais le commun des Algériens dresse le même constat. Celui de l’échec. N’ayons pas honte de le dire, sinon notre pays n’avancera pas et stagnera à jamais dans le sous-développement, ennemi de toutes les nations.
Monsieur le président, le taux de croissance du Rwanda, ce pays qui, hier, était en proie à une guerre civile des plus meurtrières de l’histoire contemporaine, est de loin meilleur que le nôtre. Les exemples foisonnent, laissant les Algériens perplexes, eux qui ont l’espoir que leur pays se fraiera une place parmi les grands de ce monde.
Les Algériens ont trop souffert et souffrent toujours en silence, même si leurs visages sont expressifs. Ils souffrent pour leur pays et n’hésitent aucunement à exprimer leur joie lorsque l’Algérie remporte des victoires, qu’elles soient politiques, économiques ou sportives. Les derniers résultats de notre équipe nationale en sont la preuve. Combien de victoires a-t-on remporté depuis le recouvrement de l’indépendance ? Là aussi, Monsieur le Président, la réponse coule de source.
Tous les secteurs sans exception fonctionnent au ralenti pour ne pas dire ne fonctionnent pas du tout alors qu’on nous fait croire le contraire. L’administration cale, le chômage atteint des proportions alarmantes, le logement fait défaut malgré votre ambitieux projet de 1 million de logements, notre système éducatif bat de l’aile, le métro d’Alger est encore renvoyé aux calendes grecques, sans parler de l’autoroute est-ouest qui connaîtra certainement un retard, et je ne sais quoi encore.
Oui, c’est la triste réalité. Le peuple est résigné à son sort. Il a baissé les bras et ne fait que constater les dégâts alors que les autres nations avancent à pas de géant. Rien, mais absolument rien ne se dessine à l’horizon. Ce même horizon scruté par les jeunes, mais de l’autre côté de la Méditerranée. Combien sont-ils à périr au large rien que pour atteindre l’autre rive où l’espoir est permis. L’est-il en Algérie ? Si c’est le cas, pourquoi alors tentent-ils le diable ?
Monsieur le président, j’ai presque tout dit, même si je ne suis pas en mesure d’énumérer tous les maux qui rongent notre pays.
Que font les adeptes de la moubayaâ pour que notre pays progresse ? Je leur laisse le soin de répondre.
Quant aux autres, ils aiment leur pays en silence et dans la douleur. De grâce, donnez-leur un brin d’espoir !
Zoubir Khelaïfia