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Annaba : Tentative de suicide et arrestation de 19 harraga

Publié le 11/08/2008 à 12:00 par hogra
Annaba : Tentative de suicide et arrestation de 19 harraga

En dépit de la criminalisation de l’acte d’immigration clandestine, sous le règne du chef de gouvernement Ahmed Ouyahia, les jeunes Algériens continuent toujours à fuir leur pays.


Ainsi, hier, une unité semi-rigide des gardes-côtes des eaux territoriales de Annaba en patrouille a intercepté, à 6h15, une embarcation de fortune dans laquelle avaient pris place 19 jeunes harraga. Agés de 20 à 33 ans, ces jeunes infortunés naviguaient à 2 miles marins au nord de Ras El Hamra et tentaient d’atteindre les côtes de la rive européenne, notamment la Sardaigne.

Ils sont venus de Annaba, d’El Tarf, de Guelma et de Jijel avec la ferme intention de quitter l’Algérie et rejoindre les centaines de jeunes compatriotes déjà arrivés sous d’autres cieux « plus cléments ». Ils ont embarqué à partir de Sidi Salem (El Bouni), une plage déserte qui ceinture une cité coloniale distante de 5 km du chef-lieu de wilaya, caractérisée par la désolation et la malvie. Parmi ces émigrants clandestins, un jeune de Chbaïta Mokhtar (El Tarf) qui n’a pas résisté à la déception de l’arrestation et a tenté de se suicider en ingurgitant de l’essence. A son arrivée au port de Annaba, il a été pris en charge par le médecin de la Protection civile et a subi les soins nécessaires. Contacté, Zaïdi Abdelaziz, le chef de la station maritime principale du groupement des gardes-côtes de Annaba, a confirmé l’information en ajoutant que l’embarcation a été saisie, mais sans moteur, « car les jeunes harraga ont préféré le jeter en mer que de le laisser être saisi par la marine ». Après les formalités d’usage, ils ont été présentés en début d’après-midi devant le procureur de la République près le tribunal de Annaba.

Comme d’habitude, ils ont bénéficié d’une citation directe pour le 13 octobre 2008. Selon un décompte officiel, depuis le début de l’année en cours, plus de 250 jeunes ont été interceptés, poursuivis, arrêtés et présentés devant la justice. 25 000 harraga auraient réussi à atteindre les côtes européennes, non sans dégâts puisqu’une dizaine d’entre eux a perdu la vie dans l’aventure. A vrai dire ni la criminalisation de l’acte ni la répression et encore moins la sensibilisation n’ont de portée devant la fermeté de ces jeunes à quitter l’Algérie. La solution est donc ailleurs.


Par M. F. G. EL WATAN 6 AOUT 2008

une course poursuite en haute mer

Publié le 11/08/2008 à 12:00 par hogra
Arrestation de 12 harraga dans une course poursuite en haute mer
Un réseau national s’installe à Annaba

Ce jeudi à 6h, les éléments des garde-côtes de la station maritime de la façade est de Annaba ont intercepté une embarcation artisanale de 6 mètres à bord de laquelle ont pris place 12 jeunes harraga.


Annaba : De notre bureau

Ils naviguaient à 15 miles marins au nord du Cap Rosa de la wilaya d’El Tarf. Ils sont venus de Annaba (1), d’El Tarf (7), de Jijel (3) et de Constantine (1), pour tenter de rejoindre les côtes italiennes, notamment l’île de la Sardaigne. En patrouille en haute mer, les unités de la garde maritime sont intervenues et ont réussi à mettre fin à leur « rêve ». Agés entre 22 et 30 ans, ces jeunes ont largué les amarres la veille à partir de la plage de Sidi Salem, commune d’El Bouni, à 5 km du chef-lieu de wilaya. Ne voulant pas obtempérer à l’ordre de stopper leur embarcation, les unités de la marine ont lancé une course poursuite qui s’est soldée par l’arrestation des malheureux harraga et leur reconduction au siège de la station maritime des garde-côtes. Après la visite médicale, ils ont été entendus sur PV par la police et devront être présentés à 15 h devant le procureur près le tribunal de Annaba. Ce sont des chômeurs qui, sans espoir de bâtir leur avenir en Algérie, ont tenté le risque mortel de l’aventure. Après une visite médicale, ils ont passé la nuit dans les locaux des gardes maritimes pour être présentés, la même journée, devant le procureur près le tribunal de Annaba. Il faut dire que cette dernière ville est devenue une plaque tournante en matière de harraga, où un véritable réseau s’est installé et dont les ramifications s’étalent aux quatre coins du pays. Rappelons qu’en moins d’une semaine, les éléments des garde-côtes de Annaba ont réussi à intercepter et arrêter au total 44 harraga. Ceux qui ont réussi à passer à travers les mailles des gardes-côtes sont plusieurs fois plus importants que les chiffres officiels.


Par M. F. G. EL WATAN 28 JUIN 2008

Algérie : Trop de corruption aux impôts

Publié le 13/08/2008 à 12:00 par hogra
Algérie : Trop de corruption aux impôts

La direction générale s’engage à “nettoyer les services fiscaux locaux”
lundi 17 juillet 2006.

En Algérie, la corruption des agents des impôts est dans le collimateur de l’état, la direction générale s’engage à “nettoyer les services fiscaux locaux”.

Complicités avec des commerçants, collusions d’intérêt avec des hommes d’affaires qui se permettent même de placer leurs hommes à la tête de structures fiscales, fuite d’informations, tels sont l’objet des accusations.

Les inspections des impôts dans certaines wilayas ont été carrément “squattées” par des opérateurs économiques et/ou commerçants qui seraient allés jusqu’à placer leurs propres hommes à la tête de ces structures fiscales. Ce constat n’émane pas des opérateurs économiques qui seraient mécontents des agissements du fisc.

Il provient du directeur central des opérations fiscales, Mohamed Guidouche, cité par l’APS, lors d’une réunion qui a regroupé, hier, à Alger, la direction générale des impôts avec les directeurs des impôts dans les régions sous la présidence du nouveau directeur général des impôts, M. Abderrahmane Raouya. Ces propos, prononcés par un responsable de la DGI, connaissant parfaitement le fonctionnement de cette administration, prennent alors l’allure d’accusations graves.

Il s’agit, ni plus ni moins, d’un cas de corruption qui ne ronge pas seulement l’administration des impôts. M. Mohamed Guidouche a prononcé un véritable réquisitoire contre ceux qu’il qualifie “de fiscalistes véreux”. Il a dénoncé les complicités qu’auraient tissées certains gros commerçants avec ces fiscalistes véreux et qui se traduisent le plus souvent, a-t-il dit, “par des manques à gagner importants au détriment du Trésor public”.

Certaines directions régionales des impôts, fait observer le directeur central des opérations fiscales, “excellent dans la fermeture des locaux des petits commerçants, mais épargnent des importateurs pourtant à l’origine de tout le circuit de l’économie informelle”. Plus grave encore, le directeur de la Vérification approfondie de la situation fiscale d’ensemble (Vasfe) parle de délit d’initié, en évoquant le recours au procédé de la “fuite d’informations de la part d’inspecteurs fiscaux complices qui aviseraient ainsi les contribuables concernés de l’enquête avant qu’elle ne se produise”. Le directeur de la Vérification approfondie de la situation fiscale d’ensemble (Vasfe) a regretté le “faible engagement” et les “enquêtes légères” menées par les vérificateurs fiscaux locaux.

Ceux chargés notamment d’enquêter ou de mener des recherches chez les contribuables, dont les revenus déclarés au fisc apparaissent bien en deçà de leur patrimoine, de leur train de vie et de leurs signes extérieurs de richesse. Pour rappel, M. Saïdani de la direction recherche et vérification, au cours d’un séminaire sur le contentieux fiscal, organisé en juin dernier, avait annoncé que 900 personnes ont été contrôlées dans le cadre du contrôle de revenus, des personnes qui ont acquis des biens immobiliers ou étalé des signes extérieurs de richesse ou déclaré des revenus qui ne concordent pas avec ceux générés par une activité fiscalisée par l’administration.

Sur la base de ces constats qui, pour le moins qu’on puisse dire, ternissent l’image de l’administration fiscale la Direction générale des impôts (DGI), semble décider d’assainir ses rangs. Elle envisage de renforcer son dispositif pour tenter de mettre de l’ordre dans les différents services des impôts des wilayas, notamment en écartant ses agents locaux impliqués dans les affaires de fraude fiscale et de détournements de fonds. Aucune précision cependant n’a été donnée sur le nombre des agents impliqués. “Nous allons nettoyer les rangs des services fiscaux locaux”, avertit M. Guidouche, cité par l’APS.

Le directeur général des impôts, quelques jours après sa prise de fonctions, dévoile sa feuille de route. Élargissement de l’assiette fiscale et élimination des exemptions et des régimes spéciaux, il a insisté sur l’élargissement de l’assiette fiscale, deux axes de réforme que le fisc va introduire.

M. Abderrahmane Raouya souligne qu’en dépit des avancées enregistrées par la législation algérienne dans ce domaine, “il n’en demeure pas moins que des comportements négatifs sont constatés dans l’octroi des avantages fiscaux, sources de distorsions et de concurrence déloyale entre les entreprises économiques”.

Conséquences : érosion de l’impôt et fausser l’allocation de ressources. M. Raouya explique aussi la nécessité de prendre en charge d’autres gisements fiscaux actuellement inexploités à travers l’élargissement de l’assiette fiscale. Abordant la taxation des revenus salariaux, le DGI a proposé qu’une étude approfondie de la pression fiscale soit entreprise conjointement avec le partenaire social et les associations patronales.

Meziane Rabhi — Liberté http://blog.france2.fr/hogra/

Le fléau en chiffres

Publié le 13/08/2008 à 12:00 par hogra
Le fléau en chiffres

Selon l’OMS, un médicament sur dix serait un faux, c’est-à-dire un produit ne contenant aucun principe actif ou sous-dosé, voire contenant des substances toxiques. Afin de lutter contre ce fléau, l’organisation des Nations unies a décidé de composer un groupe de spécialistes de la lutte anti-corruption et d’experts des médicaments provenant d’organisations internationales et de différents pays pour promouvoir une plus grande transparence, sachant que le marché des produits pharmaceutiques a atteint la somme de 50 milliards de dollars par an et, de ce fait, est « très exposé à la corruption ».


Selon l’OMS, avant de parvenir aux personnes qui en ont le plus besoin, les médicaments passent par plusieurs intermédiaires, et près de 25% seraient perdus dans la chaîne de production et de distribution : donc les complexités de ces circuits peuvent favoriser les corruptions de toutes sortes. Rappelons qu’en avril 1999, 771 cas de médicaments de qualité inférieure avaient été répertoriés dans la base de données de l’OMS sur les contrefaçons, dont 77% concernaient des pays en développement. L’analyse des données a montré que dans 60% des 325 cas, un principe actif faisait défaut. Il ressort d’une récente étude, parue dans The Lancet, que jusqu’à 40% des produits supposés contenir de l’artésunate (le meilleur médicament disponible aujourd’hui contre le paludisme chimiorésistant) ne contenaient pas en fait de principe actif, et n’avaient aucun effet thérapeutique. En 2002, GlaxoSmithKline a découvert aux Etats-Unis des flacons suspects supposés contenir 60 comprimés de Combivir (lamivudine plus zidovudine) qui contenaient en fait un autre médicament, le Ziagen (abacavir).

La société a pu déterminer que des étiquettes contrefaites de comprimés de Combivir ont été placées sur deux flacons de Ziagen, les étiquettes sur deux autres flacons étant suspectes. Les deux médicaments sont utilisés dans le cadre d’associations médicamenteuses contre l’infection au VIH et peuvent provoquer des réactions d’hypersensibilité potentiellement mortelles chez des patients qui prennent d’autres médicaments. De nombreuses infractions similaires ont été découvertes à travers le monde et des boîtes de médicaments contrefaits ont été vendus dans des pharmacies en Angleterre et en en Allemagne. Au cours de l’épidémie de méningite au Niger en 1995, plus de 50 000 personnes ont reçu des faux vaccins provenant d’un don d’un autre pays qui les croyait sûrs. Cette contrefaçon a été à l’origine de 2500 décès. La consommation de sirop contre la toux, contenant du paracétamol préparé avec du diéthylène glycol (un produit chimique toxique utilisé comme antigel), a provoqué 89 décès en Haïti en 1995 et 30 décès de nourrissons en Inde en 1998. Sur le million de décès annuels par paludisme, 200 000 pourraient être évités si les médicaments disponibles étaient efficaces, de bonne qualité et correctement utilisés. Une étude, effectuée en Asie du Sud-Est en 2001, a révélé que 38% des 104 antipaludéens en vente en pharmacie ne contenaient aucun principe actif et avaient provoqué des décès évitables.


Par Djamila Kourta EL WATAN 29 JUIN 2008

Mains propres et mains sales

Publié le 13/08/2008 à 12:00 par hogra
Mains propres et mains sales

Constantine est-elle à l’abri du phénomène des pots de vin et des dessous de table qui entachent la gestion des marchés publics ?


Difficile de le croire d’autant que dans son rapport annuel, rendu public il y a à peine quelques semaines, l’association algérienne de lutte contre la corruption (AACC), affiliée à Transparency International, n’a pas fait d’exception dans son chapitre consacré aux wilayas. Dans une de ses déclarations au lendemain des élections locales de novembre 2007, et réagissant au retard dans l’installation de l’assemblée communale, le wali avait stigmatisé les nouveaux élus en menaçant : « S’ils croient qu’ils sont là pour se servir, ils se trompent ». A. Boudiaf savait bien de quoi il parlait. Il est vrai qu’avant, pendant et après cette élection, des noms de candidats ont circulé, auxquels était collée cette méprisable étiquette de corrompus aux intentions très étroites. Il ne s’agit pas d’anticiper sur les mœurs et l’honnêteté de ces cadres, mais l’expérience a montré qu’il vaut mieux prévenir. Et pour éviter justement la dilapidation de l’argent public, l’Etat a institué l’obligation de déclaration du patrimoine pour les nouveaux élus à travers la loi n° 06-01 du 20 février 2006 relative à la prévention et à la lutte contre la corruption, notamment dans l’article 6 qui stipule que « la déclaration du patrimoine des présidents et des membres élus des assemblées populaires locales s’effectue devant l’organe et fait l’objet de publicité par voie d’affichage pendant un mois au siège de la commune ou de la wilaya ». Or, le processus de déclaration du patrimoine des élus locaux semble avoir échoué puisque l’organe cité dans l’article, en l’occurrence l’agence gouvernementale de lutte contre la corruption, n’existe toujours pas. Est-ce un prétexte pour fuir cette initiative ? La déclaration du patrimoine est un moyen de garantir la transparence de la vie politique et administrative. C’est aussi un gage de bonne volonté nécessaire pour établir un minimum de confiance entre ces représentants mal élus et une population qui n’est pas prête à donner du crédit après avoir perdu foi en ces assemblées suite à des mandats exemplaires en matière de gabegie et de concussion.


Par Nouri Nesrouche EL WATAN 22 JUIN 2008

Les cadres, ces parfaits boucs émissaires

Publié le 13/08/2008 à 12:00 par hogra
Les cadres, ces parfaits boucs émissaires
Ils sont à la merci du pouvoir politique et subissent toutes sortes de pressions
Les cadres, ces parfaits boucs émissaires

Sur son « tableau de chasse », achalandé de noms ramenés avec « zorna et bendir » puis biffés de ses tablettes, Algérie Télécom est en passe de détenir le triste record national en termes de disgrâces. Trois ex-PDG et pas des moindres ont été déjà poussés à la porte de sortie en moins de 24 mois. Lamentablement.


Il s’agit de Brahim Ouarets, écroué pour une affaire de dilapidation de biens publics en mai 2006, Kheireddine Slimane, exclu pour, dit-on, ses « contre-performances » en décembre 2007 et tout récemment l’infortuné Mouloud Djaziri. De l’intempestif limogeage de ce dernier, les gazettes ont fait leur chou gras. C’est que l’homme a refusé la muselière. D’ailleurs, ses vérités ont fait bougrement mouche et surtout lézardé la « sérénité olympienne » des pouvoirs décisionnels. A la lumière de cette polémique qui demeure étrangement entourée d’un épais secret de l’alcôve, des interrogations se posent et pèsent sur la façon peu orthodoxe avec laquelle les pouvoirs publics en Algérie « traitent » les gestionnaires des EPE et autres cadres. Aujourd’hui, les PDG ou DG des EPE sont-ils choisis selon des critères de compétences et d’aptitudes hautement avérés ? Qui prime dans les choix de ces mêmes cadres : le C.V. bardé de diplômes ou le clientélisme et la cooptation ? Jouissent-ils d’une totale autonomie de gestion consacrée, d’ailleurs, par le code de commerce ? Ont-t-ils, en trois mots, les coudées franches ?

Autres temps… mêmes mœurs !

Ouvert à une concurrence tous azimuts, mondialisation oblige, le marché économique national traîne à son pied comme un boulet une noria de pratiques « contre nature », nées au lendemain des années Boumediène. Les propos de Djilali Hadjadj, journaliste et président de la section algérienne de Transparency International, ONG de lutte contre la corruption, basée à Berlin en Allemagne, sont révélateurs de la prédominance au plus haut niveau de l’Etat du clientélisme et de l’allégeance au prince du moment. Selon lui, la gestion des carrières des dirigeants d’EPE n’obéit pas aux lois en vigueur, mais répond beaucoup plus à des « tractations et des luttes intestines au sein du pouvoir et des décideurs ». Dans ce contexte, il est utile de rappeler un fait saillant qui semble s’inscrire dans le cadre de ces luttes muettes « in vitro » de l’appareil de l’Etat. Mars 1996, l’Algérie, alors exsangue, voit désespérément ses « cerveaux » prendre la direction d’autres cieux bienveillants. L’ancien chef du gouvernement, Mokdad Sifi, promulgue une circulaire portant la mise en place d’un système de sélection sur la base de candidature. Objectif : constituer un fichier dans lequel sera puisée l’éminence grise nationale. La directive n’a pas longtemps survécu après son départ. Son successeur l’a annulée illico presto sans véritables raisons. Voulait-on placer d’autres personnes plus sûres ? Rien n’est moins sûr ! M. Hadjadj pense que les personnes à la tête des EPE n’ont jamais eu les coudées franches pour diriger d’une manière autonome et sans interférences leurs entreprises. D’après lui, la soumission et l’allégeance sont la clé de voûte pour se voir déployer le tapis rouge de la reconnaissance officielle. S’il est avéré que certains PDG, DG ou cadres, souvent laudateurs, courbent docilement l’échine devant la pression, il se trouve que certains « électrons libres » réprouvent ce genre d’immixtions. D’où parfois des coups de sang inattendus et bruyants.

« Autonomie de gestion virtuelle »

M. Benyounès, président de l’Union nationale des entrepreneurs publics (UNEP), parle pour sa part, d’une forme « d’interventionnisme » qui ne dit pas son nom. « Les Sociétés de gestion des participations (SGP) doivent agir normalement par le biais de l’assemblée générale de l’entreprise. Or, entre une assemblée générale et une autre, il y a des interventions directes via les SGP ou le ministère. L’autonomie n’a pas été exercée complètement », déplore-t-il. Mieux encore, il avoue que les lois portant autonomie des EPE instituées en 1988 n’ont pas été appliquées. « Les entreprises étaient sous le monopole. Ce passif lourd n’a pas été pris en compte au moment de l’entrée en autonomie », explique-t-il. M Benyounès ira jusqu’à dire que l’autonomie de gestion, quoique consacrée par la loi, est virtuelle. Il déplore le fait que les chefs d’entreprises soient l’objet d’une « suspicion étouffante ». A ses yeux, l’ordonnance n°07-01 du 1er mars 2007, relative aux incompatibilités et obligations particulières attachées à certains emplois et fonctions ou de l’extension des missions de l’IGF (Inspection générale des finances), ne permet pas aux gestionnaires des EPE de travailler librement. « On est amenés à prendre mille précautions », dira-t-il. Il faut relever, par ailleurs, que les pouvoirs publics assistent les yeux mi-clos à une saignée à blanc des entreprises économiques. Le ver est-il dans le fruit ? Certainement ! Surtout à voir de plus près les scandales à répétition qui n’en finissent pas de ternir l’image de marque de l’Algérie. Les mécanismes de lutte mis en place pèchent par « l’absence de volonté manifeste », estime le représentant de TI en Algérie.

Dire ou taire le mal ?

Importante et nécessaire à la fois, l’implication de la société civile dans la dénonciation de la corruption est réduite à sa plus simple expression dans la loi de 2006. Une épée de Damoclès trône sur la tête des dénonciateurs de cas avérés de corruption. De quoi désespérer le plus probant et consciencieux des responsables. En effet, au lieu d’inciter les services concernés à diligenter des commissions d’enquête sur les faits liés à la corruption, celle-ci (la loi) privilégie plutôt des sanctions contres « les dénonciations calomnieuses ». De nombreuses personnes, qui croyaient naïvement défendre l’intérêt de leur entreprise, n’ont pas hésité à tirer le diable par la queue. Résultat : sont-ils nombreux à être épargnés ? Echantillon : ancien responsable syndical et cadre à l’Etablissement national de navigation aérienne algérienne (Enna), Tahar Bououni, a été chassé de son entreprise comme un « vulgaire malfrat », dira-t-il, et ce, pour avoir dénoncé le détournement et la dilapidation de biens publics au sein de l’Enna. La machine répressive, se souvient-il, n’a pas tardé à actionner son bras. Licenciement et représailles. Selon lui, il a même passé 17 jours à la prison d’El Harrach pour une action en justice qui avait été intentée à son encontre pour une affaire d’agression, de surcroît sans témoin sur un agent de sécurité de l’Enna. « Une affaire cousue de fil blanc », dénonce-t-il. M Bououni n’a pas été épargné par la « vendetta administrative ». Il s’est retrouvé sur un autre chemin de croix pour bénéficier des avantages de sa retraite. Cet épisode témoigne, si besoin est, sur l’exercice périlleux de prendre le chemin de la dénonciation en Algérie. En somme, il ne faudrait pas s’étonner si des responsables et cadres des entreprises ou d’institutions étatiques gardent, la mort dans l’âme, la langue dans la poche. Mouloud Djaziri, qui a dégainé la sienne vitriolée, a-t-il versé dans la dénonciation calomnieuse ou a-t-il vu juste ?


Par Hocine Lamriben EL WATAN 14 JUIN 2008

Les harraga : délinquance ou quête du bonheur ?

Publié le 13/08/2008 à 12:00 par hogra
Les harraga : délinquance ou quête du bonheur ?

De nombreux Algériens sont déterminés à quitter le pays. Les cadres sont aspirés par l’Amérique du Nord et les étudiants partent pour des post-graduations en Europe pour ne plus revenir. Ces continents les accueillent avec empressement parce qu’ils veulent se repeupler, et tant qu’à faire, autant que ce soit avec des jeunes gens diplômés.


Les sujets sans qualification, grandes victimes de la mal-vie et « laissés-pour-compte », tournent leur regard vers un Occident mythique qui ne veut pas d’eux, et rêvent. Leur rêve et leur vie sont ailleurs. Un ailleurs inconnu mais imaginé, fantasmé. C’est pourquoi ils veulent quitter le pays, se « casser d’ici », même au péril de leur vie. Pour où n’a aucune importance. Le sésame (le visa) est, pour ces personnes, impossible à obtenir. 60% des harraga ont demandé, au moins une fois, un visa qu’ils n’ont pas obtenu. Alors, ils tentent l’inimaginable. La « harga ». Voici un passage à l’acte qui survient au bout de la désespérance. Quelle signification donner à ce comportement, la harga ? Quelle lecture faut-il en faire ? D’aucuns pensent, les médias en ont maintes fois fait allusion, qu’il peut s’agir d’une conduite suicidaire. D’autres évoquent un comportement qui s’inscrit dans le registre de la délinquance. Nous pensons en particulier aux pouvoirs publics qui argumentent cette hypothèse - assertion (?) en mettant en avant ce que dit le code maritime. D’autres enfin imaginent dans la signification de ce passage à l’acte extrême, la volonté et le désir de vivre, une quête de bonheur. Ce comportement, la harga, ira en prenant de l’ampleur parce que de plus en plus de jeunes, et de moins jeunes d’ailleurs, émargent chaque matin au désespoir et à l’humiliation. La pauvreté et la misère sociale sont bien sûr les principales motivations invoquées par les candidats à l’émigration clandestine, pour justifier cette démarche. Les jeunes Algériens, il est vrai, sont particulièrement exposés et de façon « chronique » aux problèmes de la vie. Nombreux sont ceux qui font très tôt l’expérience de la galère.

Exclus de l’école, sans métier, ils se retrouvent dans la rue. 500 000 élèves quittent chaque année l’école. 15% de ceux qui sont inscrits dans les centres de formation professionnelle abandonnent et nombreux sont les étudiants qui laissent tomber leurs études universitaires. Sur 100 élèves inscrits en première année primaire, seuls 5 arrivent à terminer leurs études universitaires. Tous ceux qui sont rejetés par le système scolaire viennent grossir le contingent des personnes qui sont déjà dans la rue et/ou les files d’attente sur le marché du travail. Il n’y a pas de travail. Le jeune Algérien sait qu’il n’en aura peut être jamais. Autour de lui, ses frères et sœurs, ses voisins, ses amis, tous sont dans la même situation.

L’avenir lui apparaît bouché. Avoir un logement, une voiture, des loisirs, pouvoir voyager... tout cela est impossible. La misère le guette, il en a la certitude. Les frustrations sont quotidiennes et les conduites toxicomaniaques constituent souvent les seuls moments d’évasion. Haschich, alcool, psychotropes ... sont les moyens utilisés pour oublier et/ou pour trouver le bien-être et le bonheur, aussi fugaces soient-ils. Partir au plus vite de ce pays constitue alors « la solution » et la seule perspective d’avenir. Toutefois, la misère sociale et le chômage ne sont pas les seuls responsables de la détermination des sujets à « se jeter à la mer ». Nous pensons que ces raisons sont les moins importantes. Les jeunes Algériens ont soif de vivre. Ils sont au chômage, ils sont pauvres. Mais ils mènent aussi une vie de privation de toutes choses. Il n’y a pas de cinéma, le cinéma fait rêver. Il n’y pas de possibilités de faire du sport, le sport crée des liens et les renforce, le sport est source de détente, d’apaisement et d’épanouissement. Il n’y a pas d’espaces culturels, le théâtre et la mise en scène permettent au génie populaire de s’exprimer, de réduire les tensions intérieures et les tensions entre les’ individus. Le théâtre donne l’illusion de la liberté.

La musique adoucit les mœurs. C’est là une vérité qui ne trouve pas de prolongement dans le quotidien des jeunes de notre pays. La misère culturelle, fait encore plus de dégâts que la misère sociale. Que font les ministères de la Jeunesse et des Sports et celui de la Culture. Le premier est un ministère du « football ». Les ministres successifs qui ont occupé ce portefeuille n’ont eu que le souci de cette discipline sportive. Même de ce côté-là, il faut le dire, les résultats sont lamentables. Les stades sont devenus des arènes et les compétitions de foot sont, pour les jeunes, une occasion pour crier leur désespoir et exprimer dans la violence la haine qu’ils éprouvent pour les pouvoirs publics et la société. Les dernières émeutes d’Oran sont venues nous le rappeler. Depuis qu’elle est à ce poste, la ministre de la Culture a investi son énergie dans une entreprise de prestige qui est loin des préoccupations quotidiennes de la jeunesse algérienne, « Alger capitale de la culture arabe ». Elle continue à tourner le dos à la vie culturelle nationale et s’apprête à organiser le Festival panafricain, un gouffre qui va engloutir, selon ce que dit la presse nationale, 5 milliards de dinars ... Le terrorisme crée un climat d’insécurité.

Il a une part de responsabilité dans l’exode des Algériens. La vie s’est arrêtée dans de nombreuses régions du pays, notamment dans les campagnes et les petites villes qui en ont été les victimes. Les citoyens de ces régions ont côtoyé la mort au quotidien. Ces situations ont engendré, en particulier chez les plus jeunes, l’extinction de l’étincelle de la vie. La rallumer est illusoire dans le même espace physique, surtout quand ce dernier (cet espace physique) est empli de deuils impossibles à faire. Les plus chanceux (entre guillemets) trouvent encore quelque ressort et essaient de la raviver (l’étincelle) dans un ailleurs lointain. De l’autre côté de la mer. Il n’est pas inutile de rappeler que ce sont ces régions victimes de la violence terroriste qui subissent également celle (la violence) de la pauvreté, de la misère sociale et culturelle. Ce n’est pas un hasard que les harraga mais aussi les terroristes, il faut le dire, soient pour la plupart issus de ces zones rurales. L’Algérie est classée, en matière de paix (GPI : Global Peace Indice), selon le Centre d’études pour la paix et les conflits (CPCS) à la 107e position, loin derrière notre voisin de l’est, la Tunisie, qui est en 39e position. Les critères de classement sont, entre autres, le niveau de démocratie, le bien-être matériel, la violence interne ou externe, le niveau de l’éducation, l’absence de peur, la tolérance, la pauvreté, etc. Le constat concernant l’Algérie est éloquent. Il fait meilleur vivre en Tunisie. Quant aux pays occidentaux, destination préférée de nos harraga, c’est sans commentaires. L’absence de paix sociale est donc à l’origine de la fuite de nombreux Algériens. Le constat est unanime, il ne fait pas bon vivre dans notre pays. C’est pourquoi, le désir d’abandonner a traversé au moins une fois l’esprit de chacun de nous. Nous sommes tous des harraga potentiels. Si le départ n’est pas toujours clandestin au sens de la loi, il est une fuite, déchirante, non assumée et. coupable. Additionnées, ces violences créent un concentré de désespoir, de ressentiment et de haine de la société et du pays.

Voici fabriqué le terreau où se recrutent tous les comportements extrêmes. La harga en est un. Sans doute, le moins dangereux de tous pour la société. Le citoyen algérien, en particulier le jeune, parce que plus vulnérable, est dans une impasse. Il a le sentiment que ses compétences sont inutiles et que ses initiatives sont impossibles. ll souffre parce qu’il n’a pas la possibilité de faire des choix et d’exercer son libre arbitre. Il est malheureux parce qu’il a forgé la certitude qu’il n’aura jamais l’initiative sur son destin et qu’il ne pourra pas se réaliser dans son pays. Il est désespéré parce qu’il a conscience que son bien-être n’est pas la préoccupation des pouvoirs publics et que ces derniers n’ont pas de projet pour lui. Pris au piège, le sujet tente de s’en sortir. L’un se réfugie dans la drogue pour oublier, l’autre se jette à l’eau pour s’en aller, le plus désespéré met fin à ses jours. Toxicomanie, suicide, harga mais aussi émeutes récurrentes et recrutement terroriste, sont des comportements extrêmes et des signaux sociaux qui alertent, de toute évidence en vain, les décideurs de ce pays. Les jeunes qui ont choisi de partir ont le désir de vivre. Ils sont les plus déterminés et les plus aptes à réussir même si d’aucuns considèrent qu’il s’agit là d’une entreprise suicidaire. Certains journalistes n’ont pas hésité à qualifier ce comportement de suicide collectif. Ils pourraient être dans le vrai. Pourquoi ? Parce que le risque pris par ce projet migratoire est trop grand et que l’idée de rencontrer la mort durant le voyage semble une donnée intégrée et acceptée. « L’espoir est ailleurs, seule la mort nous en dissuadera » ou encore « Je préfère finir dans le ventre d’une houta plutôt que dans celui d’une douda ». Dans les deux cas la mort est au rendez-vous. Ces propos tenus par des récidivistes de l’émigration clandestine sont significatifs de l’état d’esprit dans lequel se trouvent les jeunes Algériens, ils témoignent de leur détermination à prendre le risque.

Si la mort doit arriver, il s’agit d’une formalité à accomplir, sans plus. Près de 200 cadavres de harraga ont été repêchés depuis le début de l’année 2007. Une hécatombe qui va certainement continuer au regard du nombre d’embarcations qui quittent les bourgades côtières de l’est et de l’ouest du pays. Les jeunes qui recourent à cet acte ultime, la harga, n’ont pas le choix et leur volonté de quitter le pays peut se mesurer aussi aux récidives qu’ils commettent. 7% des sujets sont, selon les dires des services de sécurité, de nombreuses fois récidivistes. Partir est, pour les voisins, les enfants du quartier, un acte héroïque. Des vidéos qui vantent et louent le courage de ces jeunes harraga circulent sous le manteau ou d’un téléphone portable à un autre. Elles montrent des jeunes qui ont atteint les rives européennes et qui ont réussi à avoir des papiers et du travail.

Faillite du système

Des héros de la cité ... et des exemples à suivre. L’irruption des harraga dans le débat social a mis à nu l’incapacité des pouvoirs publics à redonner espoir à la jeunesse algérienne et à lui apporter des solutions appropriées à ses problèmes. Malgré les richesses importantes dont dispose aujourd’hui le pays, 130 milliards de réserves de change et un baril de pétrole à près de 140 dollars. Cette émigration massive de jeunes - un exode, des boat people, il faut le dire - assombrit l’image du pays. Elle marque la faillite du système en même temps qu’elle disqualifie tous les discours prometteurs dont sont abreuvés depuis quelques années les citoyens. « Un pays riche, un peuple pauvre ». Parce qu’il considère les harraga comme des délinquants, l’Etat propose, en guise de solution au problème, la répression. Que dit la loi à ce sujet ? L’embarquement clandestin sur des navires marchands à destination de l’étranger est un délit. « Est puni d’un emprisonnement de 6 mois à 5 ans et d’une amende de 10 000 à 50 000 DA toute personne qui s’introduit frauduleusement sur un navire avec l’intention de faire une traversée », art 545 modifié par l’article 42 de la loi 98-05 du code maritime. S’il est vrai que la loi doit s’appliquer à chaque fois que cela est nécessaire, il faut convenir que dans ce cas de figure, la répression n’est pas la solution adaptée, même si les peines de prisons infligées aux candidats à l’émigration clandestine sont assorties d’un sursis. Voici des propos tenus par un harraga récidiviste à un journaliste du Soir d’Algérie : « …avant cette tentative avortée, j’avais tenté une première fois mais notre emharcation est tombée en panne puis j’ai vécu ma deuxième tentative ... après ma sortie de prison j’ai tenté une troisième fois, nous nous sommes perdus et nous avons été secourus et là j’envisage la quatrième ... ».

Ces propos sont révélateurs de la ferme volonté des sujets à partir et montre que la réponse, uniquement répressive, des pouvoirs publics est inadaptée, dérisoire. Une avocate qui s’exprimait au forum d’El Moudjahid a affirmé, en ce qui concerne les procès intentés aux harraga, qu’il « y a un vide juridique » en la matière et que les jugements rendus à leur encontre sont « illégaux et irrationnels » (El Watan du 29 avril 2008). L’avocate s’interroge aussi sur la pertinence des procédures judiciaires actionnées par l’Etat : « Quels crimes ont-ils commis ? Au lieu de sanctionner, il faudrait essayer de comprendre les sources du mal ... », elle ajoute : « ... quand on devient très pauvre, tout est permis ... . » Punir mais aussi culpabiliser sont ainsi les deux options que les pouvoirs publics ont choisies pour répondre à la détresse des jeunes. Pour cela, ils n’hésitent pas à faire appel à des associations « satellites » et à recourir aux mosquées. Le secrétaire général de l’Association de la solidarité et de lutte contre les fléaux sociaux a, lors d’une conférence-débat organisée au siège de la dite association, condamné les jeunes harraga. Ils portent atteinte, selon lui, au prestige de la nation. Il préconise plus de répression, il plaide pour des sanctions encore plus fermes et préjuge qu’ « un jeune qui s’offre plusieurs millions pour l’opération ne peut être pauvre et il contribue à financer les réseaux maffieux », (Le Jeune Indépendant, 08 avril 2008). Rien que cela. Tristes propos pour un responsable d’association qui prétend promouvoir la solidarité et lutter contre les fléaux sociaux.

Propos qui témoignent, s’il en est, du dérisoire tissu associatif qui existe dans notre pays. Le ministère des Affaires religieuses a, quant à lui, préparé une fetwa et ordonné à toutes les mosquées d’Algérie d’évoquer le phénomène des harraga. Une campagne de sensibilisation. nous-dit-on. Une contribution salutaire si elle se limite à son objet, la sensibilisation et si elle ne s’abîme pas dans la culpabilisation ou l’inquisition. L’émigration clandestine n’est pas assimilable - comme l’a suggéré le cheikh Abou Abdeslam, président de la commission des fetwas - à une tentative de suicide, geste qui est, selon cet honorable cheikh, « contraire aux préceptes de l’Islam », Le cheikh Chemseddine, probablement plus libre, tient un discours différent, plus proche de la tragique réalité vécue par tous ces jeunes. Il dit ceci : « Ce jeune qui a bravé les dangers de la mer n’a rien d’un suicidaire. Au contraire, il s’agit d’une personne qui aspire à la vie. » Ces dispositifs n’ont pas apporté les résultats attendus et n’on trompé personne.

Tous les jeunes demandeurs d’emploi n’y ont pas eu accès et ceux qui ont eu cette chance (?) considèrent qu’il ne s’agit nullement d’un vrai travail. Au mieux une forme d’assistanat pour certains, au pire un esclavage pour d’autres. Pour les spécialistes du travail. il s’agit d’une fausse solution à un vrai problème de société. Les jeunes Algériens veulent quitter leur pays parce qu’ils y sont malheureux et parce qu’ils ne l’aiment plus. Ils s’y sentent méprisés. Les pouvoirs publics doivent œuvrer à restaurer l’espoir perdu et à donner du bonheur aux citoyens. Avec une paillasse de près de 130 milliards de dollars, nous le disions, cela ne doit pas être difficile. 25 millions d’Algériens ont moins de trente ans. La vitalité de la nation et l’avenir du pays. Un chiffre qui devrait aussi empêcher les décideurs de dormir. Les jeunes représentent 50% de la population en âge de travailler et le chômage augmente. selon le FMI (Fonds monétaire international), de 3,4% chaque année. Toujours selon cet organisme international, l’Algérie est le pays qui a le plus fort taux de chômage parmi les pays africains et du Moyen-Orient. 21 % en 2006. Presque le double de celui (12%) avancé, pour la même année,. par M. Ould Abbès, ministre de la Solidarité nationale. Les jeunes Algériens sont nombreux à occuper les places publiques en attente de vendre leur main-d’œuvre au noir et à bas prix. Une inhumaine exploitation, et pour certains, un véritable esclavage. Ceux qui n’acceptent pas cette situation, sont jetés par le chômage dans des activités à la limite de la légalité, le commerce informel, le trabendo. Cette activité occupe une très grande partie de nos chômeurs et nourrit plusieurs familles. Ainsi, les jeunes sont au mieux abandonnés aux activités informelles et au travail au noir, au pire. Ils sont livrés à la misère et à tout ce qu’elle charrie comme désillusions, sentiment d’injustice et comportements extrêmes tels que les conduites délinquantes, les émeutes, la harga, le terrorisme, etc.

La harga se nourrit des mêmes causes - la misère, la pauvreté, la hogra et l’exclusion - que le suicide, la toxicomanie, les émeutes mais aussi le terrorisme. Ces fléaux sociaux constituent des passages à l’acte d’une extrême gravité qui concernent presque exclusivement le jeune Algérien. Une vie pénible et humiliante peut amener l’individu à se donner la mort, à s’adonner à la drogue. ou à risquer sa vie dans un projet migratoire impossible. Ce passage à l’acte s’introduit dans l’esprit du sujet quand ce dernier, en proie au mal-être, rumine une existence marquée par des carences et/ou un mépris-hogra difficilement compatibles avec un minimum de dignité. Car il s’agit de cela. Parce qu’une mauvaise gouvernance et un dysfonctionnement de la société en fait des victimes. Les jeunes Algériens n’aiment pas ou plus leur pays. Ils n’y sont pas heureux. Ils veulent le quitter, chacun à sa façon, même de manière violente. Il est, dès lors, aisé de comprendre les motivations qui amènent les Algériens à l’exil. Ils ne veulent pas vivre « pauvres dans un pays riche », un pays qui sommeille sur une paillasse de plusieurs dizaines de milliards de dollars. C’est cela que les décideurs devraient comprendre. Il ne sert donc à rien de multiplier les séminaires et la création de commissions. Le désespoir des Algériens est là, il faut en faire le point avec lucidité et avoir l’audace nécessaire pour apporter les solutions appropriées. Il faut bien sûr la volonté politique. Force est de constater que ce n’est pas le cas aujourd ’hui. Rien ne freinera les tentatives d’émigration clandestine.

La jeunesse, le grand enjeu

Ni l’opprobre, ni la répression. 25 harraga viennent d’être « repêchés » au large d’Oran et de Mostaganem (Le Soir d’Algérie. 15 juin 2008). Les solutions à ce problème sont donc ailleurs. Dans tous les cas, les personnes qui tentent la traversée doivent être considérées non pas comme des délinquants ou des criminels mais comme des victimes des inégalités sociales, d’une marginalisation et de la hogra, « Harraga, haggara, une proximité sémantique » relevée à juste titre par Ali Bensaïd (El Watan 16 mars 2008), mais aussi une proximité et une relation dialectiques certaines.

« En jetant en prison les harraga,. le pouvoir pense qu’il va décourager les jeunes alors qu’il ne fait que confirmer son incompétence à gérer la malvie et la misère sociale ... rapine, corruption généralisée, course à la rente banalisées par le système ... les harraga n’aspirent qu’à aller tenter leur chance et réussir ailleurs, ce qu’on leur refuse dans leur propre patrie. » La destination finale a été et sera toujours l’Occident ... cela nous amène à conclure que c’est la liberté avec un grand L de cet Occident qui les intéresse ... il n y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ». Cet écrit d’un jeune citoyen, paru dans la rubrique de Bouhamidi, du Soir d’Algérie, confirme s’il en est, du dérisoire de la solution répressive. Il confirme également la certitude du sujet. probablement plus à raison qu’à tort, du désintérêt manifeste des pouvoirs publics à son égard. Que fait l’Etat pour réduire la « hogra » dont sont victimes ces jeunes gens ? Sans doute rien. Un journaliste a, à juste titre, écrit ceci : « On fait tout pour empêcher les jeunes de partir mais on ne fait rien pour les retenir ». Les pouvoirs publics admettent que le phénomène des harraga est un réel problème de société mais ils ne proposent aucune solution concrète et immédiate pour le réduire. - Le ministre de la Solidarité nationale a organisé, il y a deux années environ, - au moment fort de la médiatisation des harraga - un séminaire national pour tenter de comprendre pourquoi les jeunes Algériens fuient leur pays.
- Le président de la République a reconnu, à l’occasion de son allocution d’ouverture de la conférence gouvernement-walis, consacrée à la jeunesse, l’échec des actions menées en direction de cette frange de la population. Il a admis que les « politiques menées jusque-là n’ont pas été à la hauteur des attentes des jeunes » et la responsabilité de cette faillite incombe, selon lui. à « l’incohérence et à l’absence de concertation qui ont caractérisé le fonctionnement des différentes institutions chargées des problèmes de la jeunesse ».
- La troisième rencontre a eu lieu il y a quelques mois sous l’égide du ministère du Travail. Il a été question d’allocation chômage, de création d’emplois et de mesures incitatives à la création d’emplois, etc. Les problèmes de la jeunesse sont toujours là. Le chômage de ces derniers est devenu un enjeu autour duquel une lutte sans merci, entre le ministre de la Solidarité nationale et celui du Travail et des Affaires sociales, se déroule derrière le rideau. Il faut dire que les dispositifs de pré-emploi et des crédits d’aide à l’insertion des jeunes brassent des sommes d’argent considérables. Une manne, une puissance financière. Ce qui a été dévolu au ministère de l’Emploi, et c’est sa vocation, par la loi des finances 2008 s’est retrouvé - par la magie des décrets signés par le chef du gouvernement - gommé et attribué au ministère de la Solidarité. Ces rivalités de sérail paralysent les actions de l’Etat et rendent invisible le désespoir des jeunes auquel les pouvoirs publics ont résolument décidé de tourner le dos. Ces dispositifs de pré-emploi et de micro-crédits à l’investissement ont été gérés durant plusieurs années par le ministère de la Solidarité nationale (de 1997 à 2007). Ils ont été utilisés à souhait pour manipuler les taux de chômage en Algérie et donner l’illusion que l’Etat se préoccupe du jeune citoyen. Les harragas ont été culpabilisés, parce qu’ils « ne sont pas assez patriotes et qu’ils ne ressemblent pas à leurs aînés de Novembre 1954 ». Ils ont été condamnés par les pouvoirs publics parce qu’ils sont les témoins de leur mauvaise gouvernance. « Je n’aime pas le mot harraga », a dit à Tiaret, Ould Abbès, ministre de la Solidarité nationale. Il voulait certainement dire qu’il n’aime pas les harragas. Cela est normal. Un grain de sable, une scorie qui vient déranger le ronron paisible de sa vie quotidienne et sa permanente satisfaction du devoir accompli. Ils ont enfin été voués aux gémonies parce qu’ils sont la cicatrice hideuse de la société et parce qu’ils « ternissent l’image du pays ». Mais il ne leur a été apporté aucune solution à la mesure de leur détresse et de leur désir de vivre, Il ne leur a été apporté aucune solution alternative à leur volonté d’émigrer... quel que soit je prix à payer. Pour ces jeunes, partir c’est aussi risquer de mourir. Car dans ce cas, la mort, la vraie, peut être au bout du voyage. Toutefois, elle ne fait pas peur parce qu’elle est seulement probable. Rester dans le pays est, pour ces personnes en désespérance, une mort certaine. « Vous pouvez tirer, nous sommes déjà morts ». Un graffiti, sur les murs de la ville de Tizi Ouzou durant les émeutes du printemps noir. Sur les murs de n’importe quelle ville. Un graffiti qui hantera longtemps les esprits. Il a été effacé par le temps mais il peut à nouveau être réécrit, de toutes les façons, si l’avilissante réalité quotidienne des jeunes Algériens persiste.

L’auteur est psychiatre, docteur en sciences biomédicales, député RCD


Par Dr Mahmoud Boudarène EL WATAN 3AOUT 2008

Suicide, toxicomanie, émeutes, harraga, jeunesse et désespérance (3e partie et fin)

Publié le 13/08/2008 à 12:00 par hogra
Suicide, toxicomanie, émeutes, harraga, jeunesse et désespérance (3e partie et fin)

Ces jeunes voulaient mourir. En tous cas, ils n’avaient pas peur de la mort. Voici un des graffiti qu’ils ont écrit sur les murs de la ville de Tizi Ouzou : « Vous pouvez tirer, nous sommes déjà morts ».


Paradoxalement, cette région, considérée comme celle ayant le plus fort taux de suicides en Algérie, a vu décroître le nombre de décès par mort volontaire entre 2000 et 2003. Tout semble, en effet, s’être passé comme si les émeutes avaient engagé les sujets dans une « aventure collective » qui a permis de différer la détresse individuelle au profit d’un projet commun, la révolte. Les désirs et les frustrations personnels sont passés au second plan. Le sujet s’est investi dans une action communautaire qui le met, en tous cas, momentanément à l’abri du passage à l’acte suicidaire individuel. L’agressivité tournée vers soi a trouvé un objet en dehors, un ennemi extérieur ; ici, les institutions publiques et les symboles de l’autorité de l’Etat. Cette hypothèse est d’autant plus plausible que ce dernier (l’Etat) est désigné par les jeunes émeutiers comme le responsable de leur « malvie ». A ce titre, il aurait été intéressant de savoir si cette régression du nombre de suicides a été observée dans le reste du pays durant ces dernières années, à la faveur notamment de l’irruption du terrorisme. De telles observations ont été rapportées surtout à l’occasion de crises sociales ou sociopolitiques graves, et en particulier en temps de guerre.

- 4-L’émigration clandestine, la « harraga » :

Depuis quelques mois, les jeunes Algériens se jettent à l’eau pour joindre les rives nord de la Méditerranée. Faute d’obtenir un visa pour la France, l’Angleterre ou le Canada, ils décident d’émigrer clandestinement, la « harraga ». Ce néologisme, à la consonance « francarabe » dans le langage de ces jeunes, veut dire à la fois « resquiller » et « brûler ». Resquiller pour bien signifier qu’ils veulent émigrer dans la clandestinité. Brûler pour bien dire qu’ils sont prêts à risquer ou à brûler leur vie. Un pari qui confie son destin propre à une embarcation de fortune et au hasard. De nombreux algériens veulent ou plutôt sont déterminés à quitter le pays ? Les cadres les plus chanceux, hommes ou femmes, sont aspirés par le Canada, et les étudiants partent poursuivre leurs études en France pour ne plus revenir. Ces pays les accueillent avec empressement parce qu’ils veulent se repeupler et tant qu’à faire, autant le faire avec des jeunes gens diplômés. « Emigration choisie ». Les sujets sans qualification, grandes victimes de la « malvie » et « laissés pour compte », rêvent, quant à eux, tantôt des pays d’Europe, tantôt du Canada ou de l’Australie. Leur seul but est de « se casser de ce pays », pour où n’a aucune importance. Le sésame (le visa) est, pour ces personnes, impossible à obtenir. Le passage à l’acte extrême est au bout de la désespérance. La « harraga ». Ce comportement extrême, de décision individuelle mais habituellement de réalisation collective, est le résultat de la perte de l’initiative du sujet sur sa propre existence, sur son destin. La galère et une vie humiliante au quotidien sont les raisons évoquées par les candidats au départ. Prisonnier de cette existence, l’individu n’a pas la possibilité de faire des choix et d’exercer son libre arbitre. Il souffre. Et il y a une relation dialectique entre la souffrance de l’individu et l’équilibre de la société. A chaque fois que la souffrance apparaît, il y a un risque pour la santé du sujet mais aussi pour l’équilibre et la paix sociale. Les comportements extrêmes, violents, à l’instar des émeutes, des toxicomanies, des suicides et de l’émigration clandestine, en sont les exemples édifiants. De nombreux médias ont réalisé des reportages sur ce phénomène nouveau qu’est la « harraga ». Certains journalistes n’ont pas hésité à évoquer des comportements de suicides collectifs. Nous adhérons à cette hypothèse. Pourquoi ? Parce que le risque pris par ce projet migratoire est trop grand et que l’idée de rencontrer la mort durant le voyage semble, de toute évidence, une donnée intégrée et acceptée. « L’espoir est ailleurs, seule la mort nous en dissuadera. » Ces propos tenus à un journaliste du Soir d’Algérie par un récidiviste de l’émigration clandestine montre bien la détermination du sujet à prendre le risque. Les jeunes Algériens n’ont même plus la possibilité de rêver dans leur pays. Leur vie comme leur rêve sont ailleurs. Vivre mieux, c’est vivre dans un ailleurs inconnu mais imaginé, fantasmé. C’est pourquoi tous ces jeunes veulent quitter le pays, même au péril de leur vie. Voici ce qu’écrivait, il y a quelques semaines, un journaliste d’El Watan : « … Il y a une différence entre l’émigration des années 1980 et celle d’aujourd’hui. Les jeunes préparaient la fuite avec la complicité des matelots. Une traversée coûtait 30 millions (de centimes). Aujourd’hui, ils jouent avec la mort… » Du 1er janvier au 30 octobre 2006, 377 jeunes ont été sauvés par les gardes-côtes et 42 cadavres ont été repêchés. « …Tous des jeunes de 18 à 35 ans qui voulaient fuir le chômage et la misère. » Toujours selon le quotidien national El Watan, 147 cadavres de jeunes ont été repêchés ces trente derniers mois. Une hécatombe, en effet, qui va continuer au regard du nombre d’embarcations qui quittent les bourgades côtières de l’est et de l’ouest du pays. Et comme pour banaliser la mort qui attend en haute mer, des vidéos qui vantent et louent le courage de ces jeunes « harraga » circulent sous le manteau ou d’un téléphone portable à un autre. Ces vidéos montrent des jeunes qui auraient atteint, avec succès, les rives européennes et réussi à avoir des papiers et du travail. Quitter le pays est également une solution privilégiée par les jeunes filles. Ce désir est de plus en plus manifeste chez un grand nombre d’entre elles. Certaines réussissent à partir, notamment par le biais d’une inscription dans les universités étrangères. Celles qui n’ont pas cette chance essaient de trouver des maris, quelquefois par Internet, de l’autre côté, en attendant pour les autres de faire comme leurs compatriotes masculins, tenter l’émigration clandestine. Cela ne saurait tarder à se produire. Comme toujours en situation dangereuse, le génie populaire fait dans la dérision : « Plutôt finir dans le ventre d’une houta que dans celui d’une douda », disent ces jeunes candidats au voyage clandestin. Un pari, bien conscient, qui inscrit le sujet dans une démarche suicidaire individuelle et qui engage l’avenir dans l’incertitude d’une aventure collective où solidarité et courage puisent leur substance de l’angoisse commune de l’inconnu et de l’imprévisible. Mais ont-ils seulement le choix, ces jeunes qui recourent à cet acte ultime ? De toute évidence, non. En tous cas au regard de leur détermination à quitter le pays. Nombreux, en effet, sont les sujets récidivistes qui ont fait la tentative plusieurs fois. Quand l’échec a été au bout du voyage. 700 tentatives d’émigration clandestine ont avorté ces deux dernières années, selon le quotidien national Le Soir d’Algérie. Les pouvoirs publics, qui semblent insensibles à la détresse de tous ces jeunes, proposent la répression quand le projet migratoire a momentanément échoué. Appliquer la loi, juger et condamner, même si les peines de prison sont souvent assorties de sursis. « … Avant cette tentative avortée, j’avais auparavant tenté une première fois mais notre embarcation est tombée en panne, puis j’ai vécu ma deuxième tentative… Après ma sortie de prison, j’ai tenté une troisième fois, nous nous sommes perdus et nous avons été secourus et là, j’envisage la quatrième… ». Ce sont là, des propos tenus par un « harraga » récidiviste au journaliste du Soir d’Algérie. Edifiant sur la ferme volonté des sujets à partir. La réponse des pouvoirs publics est inadaptée, dérisoire. La solution à ce problème est bien ailleurs. Et pour cause. « Mais comme on fait tout pour les empêcher et rien pour les retenir, ce n’est qu’une question de temps », a écrit à juste titre un journaliste du quotidien El Watan.

- 5- Conclusion :

Suicide, toxicomanie, émeutes, harraga sont des passages à l’acte extrêmes qui concernent presque exclusivement le jeune Algérien. Si nous pouvons trouver quelques explications à ces comportements dans le registre de la psychopathologie individuelle, notre regard doit également se tourner vers celui (le registre) de la psychopathologie sociale. Des désordres psychiques peuvent en effet amener l’individu à se donner la mort, à s’adonner à la drogue, ou à risquer sa vie dans un projet migratoire impossible. Toutefois, une vie pénible et humiliante peut précipiter le passage à l’acte ou l’immiscer progressivement dans l’esprit du sujet quand ce dernier, en proie au mal-être, rumine une existence marquée par des manques ou des carences difficilement compatibles avec un minimum de dignité. Car, il s’agit de cela. Parce que le dysfonctionnement de la société en fait des victimes, les jeunes Algériens n’aiment pas ou plus leur pays. Ils n’y sont pas heureux. Ils veulent le quitter, chacun à sa façon, même de manière violente. Mais cette violence tournée vers soi peut également se muer, nous le disions, en une violence tournée vers la société. Il ne faut pas minimiser la signification et l’impact des émeutes observées un peu partout dans le pays. Les pouvoirs publics devraient les appréhender avec moins de répression et beaucoup plus d’attention. L’unanimité est faite autour des facteurs et/ou des raisons qui amènent les jeunes algériens à ces actes de désespoir. Le logement, le travail, les loisirs, etc. Des députés ont, à l’occasion de la présentation du programme du gouvernement devant l’Assemblée nationale, interpellé le chef du gouvernement sur ces « fléaux sociaux ». Ce dernier, qui a admis qu’il s’agit là d’un réel problème de société, a pris acte des interpellations mais n’a proposé aucune solution concrète et immédiate pour réduire ces phénomènes. Le président de la République a, lors de sa visite au « quartier des planteurs », quartier oranais secoué il y a peu par de violentes émeutes, reconnu l’urgence de la prise en charge des préoccupations des jeunes. Le pouvoir s’est ému de la grande abstention aux dernières élections législatives. Pourquoi les Algériens n’ont pas voté ? La réponse est dans cette phrase d’un « harraga » au journaliste du Soir d’Algérie : « Voter. Plutôt mourir au fond de l’océan. On se sent plus citoyen en prenant le large qu’en allant voter. » Une leçon que les pouvoirs publics devraient méditer. L’Algérie est forte d’une réserve de change de 100 milliards de dollars. Les moyens ne manquent donc pas. Il ne reste plus qu’à mobiliser la volonté politique et à ouvrir les chantiers nécessaires. Ces derniers sont évidents. Un plan spécial à l’adresse de la jeunesse ? Créer un vrai ministère de la jeunesse (sans les sports !...) ? Rien n’indique, à la lecture du programme du gouvernement présenté en juillet dernier devant les députés, que les pouvoirs publics ont pris la mesure de la gravité de la situation. Aucun plan de prise en charge spécifique à l’adresse des jeunes n’est proposé. C’est pourtant une nécessité absolue. C’est une urgence.

L’auteur est Psychiatre, député RCD


Par Docteur Boudarène EL WATAN 1 OCTOBRE 2007

Suicide, toxicomanie, émeutes, harraga, jeunesse et désespérance (2e partie)

Publié le 13/08/2008 à 12:00 par hogra
Suicide, toxicomanie, émeutes, harraga, jeunesse et désespérance (2e partie)

Les familles sont nombreuses ; filles et garçons n’ont pas d’intimité pour des raisons de promiscuité dans les logements.


Les frustrations sont permanentes et les parents, débordés, n’arrivent plus à exercer le contrôle et l’autorité sur des enfants qui passent la majeure partie de leur temps dans la rue. Les tentations sont multiples. Les conduites toxicomaniaques constituent souvent les seuls moments d’évasion, en groupe. Haschich, alcool, psychotropes, solvants de peintures, etc. sont utilisés même par les plus jeunes, pour trouver le bien-être et le bonheur, aussi fugaces soient-ils. Ces jeunes se révoltent quelquefois contre la société et deviennent violents. Des conduites antisociales sont alors observées et l’abus de substances illicites (de stupéfiants) inscrit le sujet, qui est progressivement marginalisé, dans une logique à la fois d’autodestruction et de transgression des interdits sociaux. Nous y reviendrons. Parce que le suicide est aussi le résultat de la conjonction des problèmes de la vie, il n’est pas considéré comme faisant partie d’une histoire individuelle. Durkheim, qui a défendu cette idée, a dit que « … le suicide n’est pas un phénomène individuel relevant d’un choix… il doit être considéré comme un fait social ». Le passage à l’acte suicidaire solitaire et individuel, causé ou précipité par des considérations sociales, financières ou par le chômage, est aussi le fait d’individus plus âgés. Dans notre pays, le monde du travail vit dans l’incertitude. Des centaines d’usines ont été fermées par l’administration pour non conformité aux normes de gestion imposées par les institutions internationales, FMI ou OMC. Des milliers de pères de familles ont perdu leur emploi et vivent dans la crainte du lendemain, mais très nombreux sont ceux qui sont au chômage depuis toujours. De plus, ces pères de familles sont particulièrement exposés, socialement, à l’ambition et à la réussite. Ils doivent, dans ces conditions, subir la vie au quotidien. Ils n’ont pas ou plus de pouvoir d’achat et ne peuvent pas nourrir leur famille dignement sans avoir, tous les matins, le sentiment que la vie va à nouveau les humilier. Ils ont l’obligation du résultat, et l’échec professionnel ou familial signifie pour eux échec social. La honte et le déshonneur qui en résultent amènent quelquefois ces sujets à mettre fin à leurs jours. L’alcoolisme est souvent observé dans ces cas. Exutoire au début, il devient progressivement un équivalent suicidaire qui vient compliquer les choses et qui peut, en définitive, favoriser l’émergence du désir de mort et pousser au passage à l’acte. Le sujet de sexe féminin est moins exposé socialement à l’échec. C’est sans doute à cause de cela que le suicide y est moins fréquent (deux à trois hommes pour une femme). Les tentatives de suicides sont, toutefois, plus nombreuses et le ratio hommes/femmes est inverse (trois femmes pour un homme). Il est semblable à celui rapporté dans les données internationales. Ici, le geste suicidaire n’a pas valeur de désir de mort. Il concerne essentiellement les jeunes filles et est témoin d’une souffrance certaine et de la difficulté à trouver les moyens de l’exprimer. Les conduites toxicomaniaques, qui sont de plus en plus nombreuses chez les jeunes filles, sont une révolte déguisée contre une société qu’elles considèrent fermée et contre des conditions sociales qu’elles jugent restrictives de leur liberté.

2- La toxicomanie ou la pharmaco-dépendance

Le suicide et la toxicomanie se côtoient et sont deux pendants du mal-être généré par les difficultés quotidiennes des citoyens. Les conduites toxicomaniaques (ou conduites addictives) compliquent bien sûr la vie des sujets et précipitent souvent, nous le remarquions dans notre propos, le passage à l’acte suicidaire. L’individu, qui ne peut plus assumer la précarité de sa condition, « refuse de vivre socialement ». La conduite toxicomaniaque constitue dans un premier temps, pour le sujet, une alternative au passage à l’acte suicidaire. Le sujet est physiquement présent, il n’est pas mort. Au plan social, il est exclu, marginal. Il n’existe plus. Il s’agit de situations régulièrement rencontrées par les praticiens de terrain, en particulier s’agissant des alcooliques. Le résultat de l’intoxication chronique à l’alcool est lamentable. La déchéance et l’indignité dans lesquelles l’alcool plonge l’« alcoolique » sont fatales pour son avenir psychologique, mais aussi social et familial. Le sujet le sait bien, mais il ne peut rien y faire. Il dit lui-même qu’il ne vit plus. L’abus de substances toxiques est par certains aspects un équivalent suicidaire, même si une première lecture de cette conduite peut témoigner de la recherche d’un plaisir impossible sans la substance. La consommation de drogues reste avant tout une transgression des interdits sociaux. Au-delà de l’agression volontaire à laquelle le sujet soumet sa santé et qui peut s’avérer être l’équivalent d’un suicide physique, la conduite d’intoxication aux drogues constitue assurément une forme de suicide social. Comme le suicide, le phénomène de la toxicomanie a fait brutalement irruption dans le débat social. Cependant, aucun diagnostic précis n’est fait et les pouvoirs publics semblent tétanisés par cet autre fléau qui est, et c’est une certitude, en constante augmentation. La drogue est dans nos quartiers, devant ou dans nos écoles, dans la société. C’est inquiétant. Mais ce qui l’est le plus encore, c’est le fait qu’un nombre important de jeunes consomment de temps en temps, occasionnellement, nous dit-on, ces substances. « C’est normal, c’est banal, c’est dans les mœurs (?). » Les parents le découvrent souvent à leurs dépens et trop tard. Les sujets qui consultent parce qu’ils « veulent arrêter de se droguer » sont de plus en plus nombreux. Sont plus nombreux encore, ceux qui viennent chez le médecin pour « renouveler leur ordonnance ». Ces derniers ne veulent pas arrêter. Ce sont ceux qui posent le plus de problèmes, car ils sont consommateurs et pourvoyeurs des substances psychotropes. Ils peuvent souvent compter sur la complaisance de certains médecins et pharmaciens. Un grand nombre des toxicomanes décompensent. Ils développent des troubles psychiques graves, notamment des pharmaco-psychoses, suite à la consommation de substances psychotropes et plus particulièrement du cannabis (le haschich). Le voyage dans la psychose est, chez les plus jeunes et les plus fragiles, souvent sans retour. La psychose chronique, la schizophrénie, est souvent au bout de ce voyage. C’est aujourd’hui une certitude. Toutes les publications scientifiques sont unanimes pour affirmer le rôle du cannabis dans l’éclosion, chez un grand nombre de sujets, de la schizophrénie. Nous connaissons le coût social et les retombées de cette maladie sur l’individu, les familles et la société. Cela devrait suffire à alerter les parents mais aussi les pouvoirs publics. La presse a, à l’occasion de l’année internationale de la lutte contre les pharmaco-dépendances, largement fait état, cette année, de ce phénomène. C’est ainsi que nous avons appris que des champs de cannabis sont découverts dans nos campagnes et que des plantations de pavot ont été détruites dans le sud du pays. Nous apprenons aussi, par les services de police, que des milliers de comprimés de psychotropes et des centaines de kilogrammes de résine de cannabis sont régulièrement interceptés et détruits. Concernant les victimes de ce fléau, nous n’avons malheureusement aucune donnée épidémiologique. Les seules informations que nous avons à notre disposition, nous arrivent, par le biais de la presse ou des services de sécurité. Quels types de substances fleurissent sur le marché ? Nous savons que le haschich et les médicaments psychotropes occupent les étals, nous connaissons aussi l’usage des substances volatiles comme les solvants de colle et de peinture. Concernant les drogues dites « dures », l’héroïne et les dérivés, les drogues de synthèse à base notamment d’amphétamines, les praticiens de terrain que nous sommes, n’avons aucune information exacte à ce sujet. Nous pensons pourtant qu’il n’y a aucune raison pour que ce type de substances ne soit pas en circulation dans notre pays. La situation géographique de l’Algérie en fait un espace privilégié pour le transit de ces drogues, et pourquoi pas pour la consommation locale. Les échanges réguliers de notre émigration avec le pays d’origine constituent aussi, accessoirement il est vrai, un élément qui doit être pris en considération dans le risque d’introduction des drogues dites dures dans cette rive de la méditerranée. La législation concernant le commerce et le trafic de drogues a été durcie. C’est tant mieux. Est-ce, cependant, suffisant pour prévenir les dégâts qu’occasionne ce fléau ? Sans doute non. Et cela est vrai tant en ce qui concerne l’efficacité de la répression, que la prise en charge de ce problème de santé publique. Concernant ce deuxième aspect du problème, un certain nombre d’actions ont déjà été initiées. Elles sont largement insuffisantes. Deux organismes ont l’ambition de lutter contre les toxicomanies. Le comité de lutte contre la toxicomanie, qui dépend du ministère de la santé et l’office national de lutte contre la toxicomanie, dépend du chef du gouvernement. Pourquoi un tel bicéphalisme ? Nous n’en savons rien. Ces organismes célèbrent chaque année la journée mondiale de lutte contre la toxicomanie et organisent quelquefois des journées d’information destinées au public médical. Sur le terrain, il existe actuellement deux centres de cures pour « désintoxiquer » les sujets pharmaco-dépendants, un à Blida-Frantz Fanon et un à Oran- Sidi Chami. Il y a aussi quelques centres intermédiaires de soutien aux toxicomanes disséminés sur le territoire national. Quelques centres d’écoute, résultats d’initiatives citoyennes, sont présents dans quelques grandes villes. Tout cela reste insuffisant. Dans le nouveau programme du gouvernement, il est prévu la réalisation de quinze grands centres de désintoxication et de cinquante trois centres intermédiaires de prise en charge des toxicomanes. Ce sont là des actions en aval. Elles ont le mérite d’être mises en projet. Mais dans ce programme, il n’est, à aucun moment, fait allusion à une politique intégrée de lutte contre la toxicomanie. Peut-on, en effet, agir si un vrai diagnostic de la situation n’est pas fait ? Quelles actions sont prévues en amont ? Quelle place est réservée à la prévention et quelle stratégie doit être mise en place pour lutter notamment contre les facteurs qui concourent à asseoir le lit de la toxicomanie. Le chômage, l’oisiveté, l’absence de loisirs, la promiscuité dans les logements. Quel programme pour mettre fin à la « la malvie… » des algériens. Le ministère de la santé ne peut, à lui seul, résoudre ce problème. Les ministères de la jeunesse, de la culture, du travail, de l’Education, de la solidarité, etc. doivent y être impliqués. Ils ont, comme le ministère de la justice, de l’intérieur et de la santé, un rôle important à jouer. Un observatoire permanent pour les toxicomanies pourrait constituer l’organisme autour duquel vont venir se cristalliser toutes les actions à mener, d’audit, de prévention et de prise en charge, et dans lequel pourraient s’additionner les actions des différents ministères concernés.

3- Les émeutes :

La révolte contre la communauté s’exprime d’autres fois par des manifestations de violence collective, à l’instar des émeutes et autres explosions sociales qui éclatent ici ou là à travers tout le pays. La presse en rapporte tous les jours. Une distribution de logements dans une commune, une coupure ou plus souvent une pénurie d’eau, une route mal ou non faite, etc. Tout est prétexte, aujourd’hui, à descendre dans la rue et à manifester. Les citoyens, qui ont la conviction d’avoir été oubliés par les pouvoirs publics, espèrent que cette démarche collective est le rapport de force qui apportera une réponse à leurs revendications. Bien sûr, cela fait désordre et les pouvoirs publics, sans doute plus à tort qu’à raison, réagissent par la répression pour faire valoir l’ordre institutionnel. Les affrontements avec les services de sécurité sont la règle dans ces cas. Le sentiment de frustration s’aggrave toujours et la violence de l’émeute prend des proportions encore plus grandes. Les jeunes émeutiers, car il s’agit toujours de sujets jeunes, et les services de sécurité deviennent des belligérants presque naturels. L’Etat est vécu comme un persécuteur contre lequel il faut se défendre. L’absence d’une vraie organisation de la société, à même de canaliser la protestation, permet l’agitation et facilite les manipulations. La paix sociale peut s’en trouver menacée. De nombreux Etats, nous pensons notamment aux démocraties occidentales, ne sont plus confrontés à de telles manifestations de violence depuis des années. Leur modèle de gouvernance et de gestion des affaires de l’Etat en est certainement la raison. L’exercice de la démocratie et de la liberté qu’ont les citoyens de s’associer et de s’organiser librement pour gérer les affaires de la cité, pour agir sur l’environnement social et physique, est un des aspects de cette bonne gouvernance. En effet, l’exercice du libre arbitre permet à l’individu de prendre conscience qu’il a la possibilité de choisir et de contrôler son destin. Or, la souffrance vient du sentiment de la perte du contrôle, du sentiment de ne pas avoir une emprise sur les événements. Cette dernière, la souffrance, se répercute non seulement sur tous les pans de la vie du sujet, sur sa personne d’abord, mais aussi sur ses relations à sa famille, à son travail, à la cité, etc. Bien sûr, ces conséquences sont visibles plus globalement non seulement sur l’économie du pays, mais aussi sur la paix sociale et, en corollaire, sur la vie politique qui est alors dans l’instabilité. Aurions-nous vécu la tragédie de ces quinze dernières années si les citoyens algériens avaient eu la possibilité de décider pour leur destin ? Sans doute, non. Les organisations et associations de la société civile permettent de renforcer les liens entre les individus et d’abaisser les tensions à l’intérieur de la communauté. Les conflits sont amortis et l’expression de la violence est réduite. Des valeurs de solidarité et d’entraide se construisent, tandis que des interdits se structurent et balisent les limites que chacun doit respecter. Le soutien social s’élargit de la famille vers le voisin, le quartier, la cité, le milieu du travail, la corporation, etc. La solidarité et le partage réduisent la souffrance et la détresse générées par les tracas quotidiens et participent à la mise en place de l’ordre et de la paix sociale. La violence terroriste et les dérives qu’elle a engendrées n’auraient pas existé dans ce cas, et beaucoup de jeunes gens ne seraient pas montés dans les maquis algériens ou n’auraient pas été grossir ceux d’Afghanistan ou d’Irak. Il est vrai que cette vision des choses n’explique pas à elle seule le phénomène du terrorisme. D’autres facteurs aussi importants entrent en ligne de compte. Mais là n’est pas le but de notre propos. Il est bien évident que la paix sociale est l’affaire de la communauté, de tous, de chacun de nous et de notre capacité à nous organiser, à nous associer. C’est aussi l’affaire des hommes politiques et de l’Etat. Mais une société bien organisée est aussi un contre-pouvoir…Les explosions de violence sont une forme de réponse collective à la détresse de l’individu, lorsque la collectivité se reconnaît dans la détresse de chacun. Les émeutes du « printemps noir de Kabylie », qui ont duré plusieurs mois, en sont un exemple concret. Il est indispensable de rappeler que ces émeutes, qui ont opposé les jeunes de cette région du pays aux gendarmes, ont fait 124 morts et plus de deux mille blessés avec de lourds handicaps. Tous des jeunes gens qui ont affronté avec leurs poitrines nues, les forces de l’ordre. Ces comportements extrêmes, qui ont mis en danger la vie des sujets, pourraient être considérés, et nous n’hésitons pas un instant à évoquer cette hypothèse, comme des comportements ou des équivalents suicidaires. ( A suivre)

L’auteur est : Psychiatre, député RCD


Par Docteur Boudarène EL WATAN 30 SEPTEMBRE 2007

Suicide, toxicomanie, émeutes, harraga, jeunesse et désespérance

Publié le 13/08/2008 à 12:00 par hogra
Suicide, toxicomanie, émeutes, harraga, jeunesse et désespérance

Les médias algériens font état, depuis plusieurs mois, d’une augmentation du nombre de décès par suicide, d’un accroissement important du nombre de toxicomanes, des émeutes qui éclatent ici ou là et enfin, d’un phénomène nouveau qui prend de plus en plus d’ampleur dans le pays, l’émigration clandestine ou « harraga ».


Le battage médiatique autour de ces événements, qui rythment la vie sociale et qui sont de l’avis général en relation avec les difficultés existentielles des citoyens, est bienvenu. Il est nécessaire et participe d’une bonne intention : attirer l’attention des pouvoirs publics sur la dégradation des conditions de vie des familles. L’Algérie, faut-il le rappeler, traverse, depuis maintenant une quinzaine d’années, une grave crise économique et sociale. La pauvreté s’est installée dans les foyers. Le chômage, en particulier celui des jeunes, a atteint des proportions inquiétantes, et les inégalités sociales sont flagrantes. Tous les ingrédients pour l’émergence de la violence sociale sont réunis. Pourtant, le pays n’est plus endetté, le pétrole n’aura jamais atteint un tel coût, et les réserves financières sont, nous dit-on, plus que confortables. Plusieurs dizaines de milliards de dollars… Suicide, toxicomanie, émeutes ou émigration clandestine sont des passages à l’acte qui témoignent, s’il en est, du désespoir d’un sujet qui a perdu l’initiative sur son existence et qui n’a, de toute évidence, pas d’autre solution pour s’extraire de sa détresse psychologique. Ce passage à l’acte extrême est associé par le journaliste aux problèmes sociaux des citoyens et au désarroi généré par les problèmes de la vie. Une vulnérabilité particulière et/ou des troubles psychiques sous-jacents peuvent, toutefois, être rencontrés chez certains sujets, en particulier dans les cas de suicide et/ou de toxicomanie.

1- Le suicide :

Les médias y manifestent un intérêt soutenu. Ils tirent, depuis plusieurs mois, la sonnette d’alarme sur ce qui est désormais devenu un « fléau social ». Le suicide est en augmentation dans notre pays, c’est une certitude. Pour autant, nous pensons que les chiffres avancés ici ou là sont en deçà de la réalité. Nous y reviendrons.La récurrence de l’information autour du suicide a amené des observateurs à évoquer un possible phénomène de contagion et/ou d’épidémie. Il n’y a pas de contagion, et encore moins d’épidémie en la matière. Les ingrédients sont néanmoins réunis pour faire du passage à l’acte suicidaire, un événement qui peut se généraliser dans notre pays et confiner à l’épidémie. « L’épidémie est un fait social, produit de causes sociales… », avait écrit, justement, Emile Durkheim. Les causes sociales sont identifiables et le phénomène de généralisation, dont elles pourraient être responsables, donne toute leur signification aux passages à l’acte suicidaire solitaires et individuels, mais aussi aux passages à l’acte collectifs, tels que les jacqueries ou autres émeutes qui, encore aujourd’hui, émaillent régulièrement le quotidien des citoyens. De nombreuses rencontres autour du suicide ont été organisées dans le pays. Ce qui devait en soi être une bonne chose a, par un effet pervers incompréhensible, accentué la cacophonie ambiante et amplifié la « guerre des chiffres ». Loin de rassurer, ces séminaires et rencontres ont donné lieu à des articles de journaux de plus en plus confus et de plus en plus alarmants. Les annonces, souvent en première page, ont rivalisé de vocabulaires, et chaque rédaction s’est ingéniée à trouver la formule appropriée pour faire sensation ou alarmer. Le rôle du journaliste est bien sûr d’informer. Celui-ci doit cependant maîtriser son information et le message qu’il veut véhiculer doit répondre à des règles. Faute de quoi, l’information peut susciter dans le lectorat des réactions inattendues et néfastes.

Quelle est la réalité du suicide en Algérie ?

De nombreux chiffres sont avancés ici et là. Ils ne sont pas officiels et ne sont pas utilisables pour un diagnostic sérieux de la situation. Le désintérêt des pouvoirs publics pour le phénomène est manifeste. Malgré les nombreux articles de journaux faisant état d’une augmentation du nombre de suicides et la multiplication de séminaires et rencontres autour de ce phénomène, aucune enquête nationale n’a été commandée en dehors de celles réalisées à Tizi Ouzou et Béjaïa. Les raisons de ce désintérêt demeurent obscures. D’aucuns affirment que le tabou concernant le suicide paralyse toute initiative des services concernés. Un quotidien national indépendant titrait, il y a plusieurs mois, en première page : « Un suicide en Algérie toute les 12 heures ». Cela fait 728 décès par an. Rapporté à la population du pays (30 millions d’habitants environ) le taux est de 2,4/100 000 habitants. Un rapport de la gendarmerie nationale, rendu public en février 2006, fait état de 192 décès par suicide durant l’année 2005, soit 0,64/100 000. Une autre source, se prévalant des services de police, annonce 210 suicides (0,70/100 000) pour l’année 2004 et 244 suicides (0,81/100 000) pour l’année 2005. 4571 sujets ont mis fin à leurs jours de 1995 à 2003 (soit en 9 ans). Ce chiffre est annoncé en février 2005 à l’occasion d’un séminaire national sur le suicide organisé par le Forem (fondation pour la recherche médicale). Cela fait en moyenne 508 suicides/an, soit 1,68/100 000 habitants. Ces données, qui se revendiquent d’une étude épidémiologique, ne semblent pas, de l’avis même du président du Forem, refléter la réalité. Ces chiffres sont fantaisistes et, en tout cas, non officiels. Les rapports faits ici et là par les services qui traitent directement des cas de suicides (gendarmerie, services de police, protection civile, etc.) ne possèdent pas les informations complètes et indispensables à un diagnostic précis du phénomène. La moyenne nationale habituellement évoquée est de 2 à 3/100 000. Elle n’est certainement pas réaliste. Même si le nombre de suicides en Algérie est en augmentation, nous pensons, et cela peut sembler paradoxal, que ces chiffres sont en deçà de la réalité. Ainsi, pour « alarmante » qu’elle soit, l’information, rapportée par les journaux concernant le suicide dans notre pays, est très loin de la vérité. Le taux de suicides devrait être plus élevé.

Regardons les chiffres ailleurs dans le monde

En France, il y a un suicide toutes les 40 minutes. Soit 12 000 suicides/an. En moyenne, 20/100 000 habitants. En Italie, le taux est de 8/100 000 habitants, il est de 8 en Espagne, de 24 au Danemark et de 13 aux USA.Nous ne connaissons pas la réalité du suicide chez nos voisins du Maghreb (Tunisie et Maroc). Aucun chiffre officiel n’est donné. Comme en Algérie, il semble qu’il n’y ait pas eu de recherches sérieuses dans ces deux pays. Un taux de 3 à 4 suicides/100 0000 habitants est officieusement avancé. Dans le monde, il y a un suicide toutes les 40 secondes. Une tentative de suicide toutes les trois secondes. Un million de personnes sont décédées par suicide en 2001. 1,4% de la morbidité mondiale. Le suicide tue dans le monde plus que les homicides (500 000/an) et les guerres et autres attentats terroristes (230 000/an) réunis. Ce chiffre passera à 1,5 million en 2020. Des statistiques officielles existent dans les pays développés. Elles sont publiques. Elles ne reflètent pas toujours la réalité avec exactitude. « Elles ne sont ni justes ni fausses, ce sont des points de vue », disent les spécialistes. mais elles ont le mérite d’exister et de servir de base de travail et de réflexion aux pouvoirs publics des pays concernés. Les raisons invoquées concernant les erreurs statistiques sont notamment la dissimulation du suicide par les familles et son camouflage en accident ou en mort naturelle. A l’inverse, quelquefois, des homicides sont déclarés comme suicides, pour des desseins faciles à comprendre. Ce cas de figure est plus rare. La dissimulation du suicide est particulièrement observée dans les familles et les communautés conservatrices où l’interdit religieux rythme la vie quotidienne. C’est une donnée universelle. Elle reste valable en Algérie, pays musulman, où le poids des traditions et de la religion est très important.

Pourquoi se suicide-t-on ?

Si le passage à l’acte suicidaire est une affaire privée, il n’engage pas moins le groupe social dans son organisation, dans sa culture et dans ses mécanismes régulateurs. Le suicide marque non seulement le déséquilibre et le dysfonctionnement de la communauté, mais aussi l’échec de ses stratégies d’équilibre. C’est pour cela que le suicide est aussi un problème de société et qu’il interpelle la conscience de chacun. Toutes les religions interdisent le suicide et le suicidé jette la honte sur sa famille qui est vouée au mépris public. L’Algérie est un pays musulman, traditionnellement imprégné des valeurs islamiques. C’est pourquoi le passage à l’acte suicidaire s’y produit, a priori, moins souvent. Dans tous les cas, il est socialement moins visible car quand il se produit, il est tu par les familles qui y sont frappées. En réalité, aujourd’hui, les religions, ciment et régulateur social, n’empêchent plus le suicide, mais elles continuent encore à le taire. C’est pourquoi il n’est pas toujours aisé pour les pouvoirs publics, quand ils en ont la volonté, de prendre connaissance des cas de suicides et d’en faire la comptabilité exacte. C’est pourquoi aussi, des spéculations à la coloration moralisatrice et quelquefois inquisitrice, ont tenté, dans notre pays, de polluer le débat concernant ce problème. Les uns et les autres ont voulu impliquer la religion dans l’origine de la crise psychologique qui amène le sujet à cet acte ultime. La comptabilité morbide égrenée par les médias concernant le suicide en Kabylie a amené des acteurs de la vie politique nationale à interpréter celui-ci (le suicide), comme le résultat d’une carence de la foi dans cette région du pays. Les sujets qui sont passés à l’acte sont stigmatisés, culpabilisés, blâmés et parfois, excommuniés. Le suicidé est ici spolié de son acte en tant qu’initiative individuelle, pour devenir un acte qui engage toute la collectivité. Une manipulation du suicide qui confirme, s’il en est, son caractère social. Il s’agit là, bien sûr, des effets pervers d’une médiatisation exagérée (?) du phénomène du suicide. C’est ainsi que nous avons eu à entendre, ici ou là, que le passage à l’acte suicidaire est le fait de sujets agnostiques, athées, communistes, alcooliques, évangélisés et que sais-je encore ? Des jugements de valeurs et des propos infamants ont été ainsi proférés, en particulier par des hommes politiques non seulement à l’endroit des suicidés, mais aussi à l’endroit des régions où une supposée augmentation du meurtre de soi est constatée. De semblables anathèmes ont été proférés dans la Russie (URSS) des années 1920/30 nouvellement communiste, à l’égard des suicidés. Les Bolcheviks attribuaient le suicide « à des classes sociales mourantes et à l’influence de leur idéologie décadente ». Quand le suicide a contaminé — le pouvoir politique d’alors avait évoqué une épidémie de suicide — les membres des jeunesses ouvrières communistes, les responsables du parti s’étaient empressés de dire que les suicidés n’avaient « pas de racine dans la vraie jeunesse ouvrière et révolutionnaire ». Enfin, Staline, en personne, a vite renié son propre fils lorsque ce dernier a tenté de mettre fin à ses jours. « Dis à Yakov de ma part qu’il s’est conduit comme un hooligan et un maître chanteur avec qui je ne peux plus rien voir de commun », avait-il écrit à sa femme. Il est bien sûr inacceptable et est irresponsable de réduire le problème du suicide et les souffrances des sujets à des préjugés moralisateurs, religieux ou politiques. Cela est d’autant plus irresponsable quand ceux-ci (les préjugés) s’habillent de la compétence médicale pour jeter le doute sur la moralité du sujet qui met fin à ses jours. « A Tizi Ouzou, entre deux bars il y a un bar », disait, pour donner du sens au passage à l’acte suicidaire, un confrère psychiatre dans un commentaire concernant le suicide en Kabylie. De tels propos sont contraires à l’éthique, et traiter avec dérision et une telle désinvolture « le meurtre de soi » constitue une tromperie intellectuelle et une faute professionnelle. Réduire le passage à l’acte suicidaire à la quantité de bière consommée ou à l’assiduité avec laquelle est fréquentée une taverne, n’est pas admissible. Cela jette, à titre posthume, l’opprobre et le discrédit sur un sujet dont la détresse est disqualifiée, au profit d’une supposée perversion de ses mœurs.

Qui se suicide ?

« Chaque société est prédisposée à fournir un contingent déterminé de morts volontaires… » Si nous adhérons à cette thèse de Durkheim, il y a bien évidemment des suicides en Algérie. Et ils devraient être très nombreux. Tous les ingrédients y sont réunis. Les sujets les plus jeunes sont les plus vulnérables. Dans l’absolu, le nombre de décès par suicide, ainsi que celui des tentatives de suicide, devrait aller crescendo.

Pourquoi ?

Parce que la population algérienne est très jeune. Plus de 70% des sujets ont moins de 30 ans. Les maladies psychiques les plus graves surviennent avant cet âge. Nous pensons notamment à la psychose schizophrénique, qui apparaît entre 14 et 30 ans, et aux états dépressifs. Même si la grande majorité des personnes souffrant de maladie mentale ne meurent pas par suicide, il demeure que ce passage à l’acte est, dans la majorité des cas, en relation avec une pathologie psychique ou des troubles de la personnalité. Des études réalisées en Europe et aux USA ont montré que 90% des personnes suicidées présentaient un trouble mental. Y sont compris, les troubles liés à l’alcoolisme et aux toxicomanies. Il faut savoir, les psychiatres, eux, savent bien, que le suicide vient parfois révéler une dépression jusque-là méconnue par l’entourage. Le passage à l’acte suicidaire est inaugural. Il en est de même concernant le suicide du schizophrène, l’acte immotivé que rien ne pouvait, a priori, prévoir et justifier. C’est dans ces cas que l’incompréhension fait dire à la famille et au journaliste que le suicidé était jusque-là normal et en bonne santé. Durkheim avait écrit : « … il y a aussi des facteurs de suicide qui font sentir leur action sur l’ensemble de la société… le taux de suicide est le produit de ces facteurs… » Ceci voudrait dire que les problèmes de la vie constituent des éléments qui viennent modifier, au-delà de la vulnérabilité propre à l’individu, le destin des sujets et de la collectivité à laquelle ils appartiennent. Tout le monde ne se suicide pas pour des raisons sociales et/ou économiques. Il est aisé d’imaginer le désastre que cela ferait dans un pays comme le notre, où les problèmes et tracas de la vie sont endémiques. Les événements de la vie et le stress que ceux-ci gênèrent peuvent, toutefois, amener les personnes vulnérables et/ou malades à cette situation extrême. Chez des sujets malades, le passage à l’acte suicidaire est précipité par le handicap social surajouté qui les empêche de vivre en harmonie avec la communauté. Trouver du travail, un logement, un conjoint (une femme ou un mari) est déjà un exploit pour une personne en bonne santé, il est facile d’imaginer la difficulté que cela constitue pour cette catégorie de malades. Les sujets jeunes sont particulièrement exposés et de façon « chronique » aux problèmes de la vie. Nombreux sont ceux qui font très tôt l’expérience de la galère. Exclu de l’école, sans métier, le jeune algérien se retrouve dans la rue. « Se casser » au plus vite de ce pays qu’il n’aime plus, constitue la seule perspective d’avenir. Et pour cause, il n’a pas de travail. Il sait qu’il n’aura pas de logement, il voudrait voyager, avoir une voiture, des loisirs. Tout cela est impossible. Vingt millions d’individus ont moins de trente ans en Algérie, cela fait beaucoup. 30% des sujets en âge de travailler — le chef du gouvernement a, quant à lui, avancé, il y a quelques semaines, le chiffre de 11% — ne trouvent pas d’emploi, en dehors de ceux qui se sont investis dans le trabendo, ce commerce informel qui occupe une bonne partie de nos jeunes chômeurs. Ces derniers, qui ont généralement un niveau scolaire bas, n’ont aucune qualification et travaillent sans couverture sociale. Selon l’office national des statistiques (ONS), 53% de la population occupée, soit quatre millions et demi de sujets, travaillent sans assurance sociale. ( A suivre)

L’auteur est : Psychiatre, député RCD


Par Docteur Boudarène EL WATAN 29 SEPTEMBRE 2007


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